Jeudi 19 mars 2009
 

Le 24 janvier dernier, un événement un peu particulier s'est déroulé en plein cœur du bidonville de Boeng Salang. En présence du chef de village, des « sages » du quartier et de nombreux parents des enfants parrainés, le Centre Taramana a été le théâtre d'une cérémonie à laquelle il aurait été bien dommage de ne pas assister.


Par croyance religieuse, les khmers apprécient qu'un lieu de vie quel qu'il soit soit béni par les bonzes de la pagode au cours d'une cérémonie dite du bonheur. Elle consiste à chasser les mauvais esprits et les fantômes (tout le monde y croit là-bas) pour n'attirer que bonheur et sérénité au sein de l'endroit ainsi béni. Prêchant un œcuménisme tolérant, je ne voyais pas d un mauvais œil l'opportunité d'une telle bénédiction. Et puis c'est tout de même bien normal de respecter les traditions ancestrales d'un pays dont le bouddhisme est la religion maîtresse.


Les bonzes avaient été conviés à 16h en ce samedi un peu grisâtre. Président de l'association et responsable du Centre, on m'avait prévenu que je ne pouvais me dérober à la cérémonie; par contre, on avait oublié de me dire que je devais me placer au premier rang, juste en face des bonzes, et que la cérémonie ne démarrerait pas sans moi.

Pris dans un embouteillage de tuk-tuk, me voilà arrivant avec 15 minutes de retard au Centre. J'avais fait savoir par texto qu'ils pouvaient commencer sans moi, prévoyant que je rentrerai discrètement, me tenant en retrait du rite religieux. En fait, je voulais purement et simplement éviter de rester une heure ou plus en position tailleur, ce que de toute façon je n'arrive pas à faire ne serait ce qu'une minute.


Malheureusement pour moi, sous le regard amusé de la foule réunie pour l'occasion, je suis conduit au premier rang, juste en face des 4 bonzes qui ne montrent aucun signe d'irritation qu'aurait pu causer mon retard. Je suis déconfit. Portant un jean un peu trop serré ce jour là, je n'arrive même pas à croiser les jambes. Le cauchemar ne fait que commencer. J'essaie de trouver une position digne de la cérémonie. Je me mets sur le côté droit puis le gauche puis à genoux mais la tradition nous invite à ne pas dominer les religieux. Tout le monde autour de moi me fait signe de ne pas rester assis ainsi en me montrant des positions que je suis bien incapable d'imiter. Il est vrai que je n'ai jamais été bien souple. Les enfants commencent à sourire en me voyant gesticuler dans tous les sens pour adopter une position confortable et acceptable. Du sourire, cela passe à la franche rigolade. Même les bonzes esquissent une mimique amusée me voyant plus qu'embarassé de mon inconfort et de mon impossibilité manifeste à me tenir comme je le devrais. J'aurais payé cher le droit d' avoir une chaise, même un petit tabouret. Moi qui, je l'avoue, aime bien normalement me donner en spectacle, je suis devenu bien involontairement le « clown malgré lui », ne sachant comment arrêter ce numéro très peu amusant pour ma personne.


Devant durer plus d'une heure, les bonzes ont écourté la séance ayant vraiment pitié de moi. Ils ont toutefois réussi l'essentiel de la cérémonie à travers un très mélodieux chant de tonalité sanscrit en envoyant à la volée fleurs et eau bénie qu'ont pu recevoir les invités du premier rang. Oubliant un temps les souffrances de mes genoux et de mon dos, je priais pour que le Centre continue à vivre en paix et en harmonie dans le quartier pour le plus grand bien être des enfants.




S'il y a un souvenir que je ne suis pas prêt d'oublier, c'est bien cette cérémonie! Que du bonheur...


J.D

Par Taramana
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Mercredi 18 mars 2009

 

Ce gamin n’a rien pour être promis à un brillant avenir. Il vit avec ses parents, ses 2 grandes sœurs et son petit frère dans une cabane en bois de 20 mètres carrés le long de la voie ferrée du bidonville de Boeng Salang. Le père est cordonnier et la mère vendeuse de gâteaux sur le marché de proximité, leurs revenus cumulés ne dépassant guère les 50 dollars par mois. Quand on enlève le loyer et l’électricité, il ne reste que 30 dollars * pour faire vivre la famille. Autant dire que Meng ne doit pas être trop exigeant sur ses tenues vestimentaires.

En niveau 4 **, fréquentant l’école Russey Keo situé à un bon kilomètre du quartier, Meng a tout juste les 500 riels *** qu’il doit donner tous les jours à son professeur pour pouvoir entrer en classe. L’école est officiellement gratuite, mais avec un salaire gouvernemental avoisinant les 30$ par mois, les instituteurs se voient contraints de demander une modeste contribution journalière de tous leurs élèves pour gagner, bon an mal an, 100 à 120 dollars par mois. Pas de quoi pavoiser…


La maison de Meng fait peine à voir ma
is elle n’est pas la seule dans le quartier, loin de là. Quand on s’aventure à l’intérieur, il faut emprunter un petit passage en bois assez étroit en prenant garde de ne pas perdre l’équilibre sous peine de tomber un bon mètre plus bas face contre terre, ou plutôt face contre purin. Car la plupart des maisonnettes en bois sont construites sur des sortes de pilotis précaires au dessus d’un marécage boueux, plus ou moins odorant, alimenté par les pluies tropicales qui s’étendent au Cambodge de mai à novembre. La porte franchie, ne cherchez pas à vous asseoir, il n’y a pas de chaise. Pas de table non plus. Moi qui ne supporte pas la position en tailleur plus d’une minute, je sais d’avance que je ne vais pouvoir honorer très longtemps l’invitation de la maman qui vient tout juste de débarrasser une natte de quelques détritus. Un discret ventilateur à qui il manque la grille de protection tente de faire fuir les nuées de moustiques qui ont accaparé les lieux via les trous béants qui jalonnent les lattes en bois du plancher. En l’espace d’une minute, une chaise en plastique en provenance d’un voisin et un ventilateur de meilleur aspect me sont gentiment offerts. Me voilà ainsi soulagé; pas longtemps en fait lorsque que je m’aperçois que Meng me tend un grand verre de thé ou d’une infusion pour le moins douteuse. Par politesse, je le remercie de son geste et fais mine d’y tremper les lèvres, convaincu à ne pas boire ce breuvage où surnagent ci et là toutes sortes de petits coquillages et autres larves de je ne sais quel insecte. Si je devais le renverser malencontreusement, ça ne servirait à rien, on m’en resservirait un autre dans la seconde. Je ne trouve rien de mieux que d’y retremper furtivement les lèvres et de le poser discrètement par terre en priant que personne ne me fasse remarquer mon oubli volontaire. Si je venais à boire cet élixir, il y a fort à parier que je ‘’tiendrais le siège’’ une bonne semaine.


Meng a toujours le sourire. C’est ce qui me frappe chez ce genre de gamin à qui il manque tout mais qui ne se plaint de rien. A 10 ans, il porte toujours les mêmes habits et marche le plus souvent pieds nus. Ses pantalons lui arrivent aux genoux, ses chemises à l’origine blanches, sont d‘un gris sableux avec quasiment autant de trous que n’en compte le plancher de son cabanon. . Il n’a aucune pièce réservée à ses études si ce n’est par terre sur une natte à la lumière de l’unique néon du plafonnier de la pièce. Ne pouvant prétendre seule l’éclairer pour faire ses devoirs, il ne peut donc décemment pas lire ou écrire après 18h30, à la nuit tombée.


Et pourtant. Sans être un excellent élève, il fait partie des plus assidus au Centre Taramana,
devenu un peu, sa deuxième maison. Même malade, il n’y raterait pour au rien au monde une seule journée de classe. Toujours au premier rang, Meng fait preuve d’une volonté sans faille pour participer activement au cours de français. La détermination de ce gamin à vouloir apprendre la langue de Molière contraste avec le scepticisme que l’on serait tenté de développer à ce sujet. Considérant les conditions de vie dans lesquelles il évolue, il serait étonnant qu’il ait les moyens de poursuivre de longues études; plutôt plus enclin à suivre le chemin de sa grande sœur qui a abandonné sa scolarité à 12 ans, maintenant vendeuse de gâteaux sur le marché local aux côtés de sa mère.

Meng est une figure dans le quartier. Tout le monde l’apprécie. Toujours poli, il se rend serviable à tout moment avec le sourire qui illumine sa sympathique petite bouille de chinois. Si vous passez à Boeng Salang et que vous l’apercevez, il ne manquera pas de se précipiter vers vous et de vous saluer… en français s’il vous plaît, sa nouvelle langue favorite.


Quand à savoir si vous accepterez un verre de thé chez lui, libre à vous…





* 20 euros          ** CM1             *** 10 centimes d’euro



J.D

Par Taramana
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Mardi 17 mars 2009

Le 3 novembre dernier, le Centre éducatif Taramana a ouvert ses portes dans le quartier de Boeng Salang. Grâce à l’appui de la fondation américaine Pearson qui a permis le démarrage de ce projet, ce sont près de 160 enfants qui se rendent quotidiennement du lundi au vendredi au Centre. L’école publique ne dispensant que 4 heures de cours par jour (matin ou après-midi en alternance un mois sur deux), les enfants du bidonville peuvent ainsi profiter des cours établis à leur intention plutôt que d’aller vagabonder dans les ruelles du quartier.


Le Centre est situé à deux pas de la voie ferrée en plein cœur du bidonville. Parmi les 12 membres que compte le nouveau staff, cinq professeurs ont la charge d’enseigner le khmer, la langue officielle du pays, mais aussi l’anglais et le français. Un programme a également vu le jour le mois dernier destiné à familiariser les plus grands à l‘outil informatique. Tous les cours sont entièrement gratuits pour les enfants, eux mêmes étant volontaires pour venir fréquenter l‘établissement.



Le centre dispose de 3 salles de classe qui tournent à plein régime de 7h30 à 16h30 et 3 nouvelles seront prochainement aménagées sur la terrasse de l’immeuble. Le bâtiment dispose en outre d’une petite infirmerie fonctionnelle qui se verra agrandie et climatisée d’ici peu.

Au rez-de chaussée, jouxtant les bureaux administratifs et la réception, une bibliothèque et une salle de jeux se sont vite transformées en véritables lieux de prédilection pour les enfants. Et pour cause : la plupart d’entre eux n’ont jamais eu accès à des livres autres que ceux dispensés à l’école.
Sans même tout comprendre (ouvrages en anglais et en français oblige…) pouvoir tourner les pages de bandes dessinées et suivre les aventures de leur héros favori est déjà un régal si on en juge leurs mines réjouies. On s’étonne de voir des adolescents de 13 – 14 ans (voire plus), passer des heures à jouer aux Lego ou à construire un puzzle. Quand on a rien eu d’autre dans sa petite enfance que des cailloux ou une boite d’élastiques en guise de jouets éducatifs…


Le Centre Taramana se veut être un modèle de propreté et d’hygiène. Ici, pas question de jeter les papiers par terre comme les enfants ont l’habitude de le faire chez eux. Des cours de valeurs éducatives ont été mis en place pour les sensibiliser à l’importance de l’hygiène corporelle.
Conscient de l’histoire récente et traumatisante du pays, tout est fait au Centre pour que les enfants apprennent que la violence sous toutes ses formes, l’exploitation de l’autre, la maltraitance ou l’abus des plus faibles est à bannir de façon systématique.
On découvre parfois hélas, que derrière le masque souriant de certains enfants se cache une réalité douloureuse. Gageons que le Centre Taramana leur fasse oublier les soucis du quotidien et entrevoir, toutes proportions gardées, un avenir espérons-le, meilleur.





J.D



Par Taramana
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Jeudi 9 octobre 2008

 

Un jour, sur ses deux pattes, allait on ne sait où, le piéton au teint blanc attifé pour deux sous. Il voulait traverser Monivong³. La circulation y était dense ainsi qu’aux plus beaux jours. Sa Majesté Lexus dévalait l’avenue avec sa commère la Camry.

Le petit piéton enhardi souhaitait gagner l’hôpital tout proche. Il empruntait les passages cloutés. Un flot de mobylettes venant à contre sens faillit de le renverser. « Une mobylette, mais elle ne s’arrête donc jamais ? ».

Le petit piéton allait vite déchanter. La Camry a fière allure et ne prêtait  guère plus attention au malheureux intrépide. Car s’aventurer sur Monivong aux heures de pointe relevait d’un acte de bravoure que nul n’ignore à Phnom Penh. Il lui fallait faire deux pas en retrait pour ne pas finir écrasé. « Une Camry, mais pour qui se prend-elle ? ».  Chez moi, on irait  pour 3 fois moins que ça en prison. »  Le petit piéton commençait à croire que la traversée du boulevard prenait des allures de cauchemar. « Si au moins, il y  avait un pont ! ».

A peine avait il fini ses mots, qu’une Lexus rutilante aux lumières éclatantes fonçait vers lui, toutes sirènes hurlantes. Il n’en f
allût d’un rien pour que le téméraire sur deux pattes ne finisse directement projeté à l’hôpital les deux pieds devant. « Une Lexus, mais elle se croit donc tout permis ? Je vous revendrai tout ca pour les mettre à vélo! ».
Le petit piéton fut tout heureux et tout surpris de joindre le trottoir toujours en vie.

 

Moralité : plus grosse est la voiture au Cambodge, plus on peut faire n’importe quoi.

 

¹ Lexus : modèle de voiture des gens riches au Cambodge

² Camry : modèle de Toyota des classes moyennes

³ Monivong : Une des principales artères de Phnom Penh, la capitale.


J.D

Par Taramana
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Dimanche 14 septembre 2008

 Depuis 8 ans que je viens régulièrement au Cambodge, je me dis  avoir tout vu et tout entendu. Et ben non, mesdames et messieurs : au Cambodge, TOUT est possible.

 

Voici un exemple de plus.

J’avais repoussé mon départ de Phnom Penh pour la France fin juin afin d’accueillir 5 étudiants en 3ème année de médecine du Kremlin Bicêtre venus proposer leurs services à la cause des enfants de Taramana.. Il n’aurait pas été sympathique de les laisser se dépatouiller tous seuls les premiers jours dans une ville comme Phnom Penh qui demande un minimum de prise en charge et de conseils si je ne voulais pas les voir repartir 48 heures après avoir posé le pied sur le sol cambodgien.

 

Composé de 4 filles pour un garçon, le groupe avait des allures de Club des Cinq. Fougueux, impétueux et gonflés à bloc pour donner le meilleur d’eux-mêmes, ils allaient vite se rendre compte que Phnom Penh, ce n’est pas Paris et qu’on ne fait pas ce qu’on veut avec le staff khmer certes très gentil, mais à mille lieux de notre sens de l’organisation à la française.

Le bilan de leur action sur un mois mérite toutefois un réel coup de chapeau car ils sont arrivés à sensibiliser les enfants sur les MST, revoir les règles d’hygiène surtout dentaire, et renforcer l’animation dans le quartier de Boeng Salang où la majorité des enfants parrainés demeurent.

 

Mais les estomacs parisiens ne sont pas tous préparés aux miasmes des arrière-cuisines des restaurants de Phnom Penh. J’avais déposé le Club des 5 au Golden Fish River, agréable petit restaurant au bord du Tonlé Sap où on sert un succulent amok, poisson cuit dans des feuilles de bananier.

 

Il est 4h00 du matin. On tambourine à ma chambre à la Rega Guest house où je réside. Je suis invité à me rendre au chevet du pauvre Clément qui vomit tripes et boyaux dans sa chambre d’hôtel basé à deux pas. Le diagnostic est vite vu : il fait une toxi-infection alimentaire probablement à staphylocoque doré. Un autre diagnostic est fait : le cuisinier du Golden souffre d’un petit panaris au doigt  qui a dû baigner dans le poisson du amok…Toujours est-il que je n’ai pas les injectables sous la main pour soulager ce pauvre Clément qui fait peine à voir.

Décision est alors prise de se rendre aux Urgences de  l’hôpital d’en face pour « piquouze » salutaire.

Il est à peine 5 heures, avec un peu de chance, il n’y aura pas trop de monde et on sera plus vite recouché.

 

Mauvaise pioche : le service est rempli. Je lance un rapide un coup d’œil général autour de moi : des fractures de jambe ouvertes, du polytraumatisé avec contusions multiples suite à un probable accident de moto, une dame en  insuffisance respiratoire aigue intubée ventilée. Mes yeux s’arrêtent sur des clignotants  qui s’allument de partout avec cette même dame à la peau un peu trop bleutée à mon goût me faisant penser qu’il y avait un petit souci avec le réglage de la machine. Quatre autres personnes dont deux adolescents gisent sur leur lit en attendant que quelqu’un vienne s’occuper d’eux. On ne peut pas dire qu’il y ait une grande effervescence car je ne vois aucun médecin s’affairer autour des patients. Pas plus d’infirmière d’ailleurs. Je ne suis pas habilité à intervenir. Les proches des malades attendent dans le plus grand silence, sans broncher, sans se rendre vraiment compte de ce qui se passe autour d’eux. En France, si cela devait se passer de la sorte aux Urgences, au mieux, les licences de médecin seraient suspendues, au pire, les kalachnikov seraient de sortie, brandies par les familles.

 

Après 3 minutes d’attente, je commence à me dire qu’on est là pour la journée au rythme où vont les choses. N’étant pas à ma première visite dans cette pièce, j’avais repéré l’armoire à injectables. Pour soulager Clément, il me faut récupérer deux produits : un antispasmodique et un antivomitif. J’arrive à distinguer à travers l’armoire en verre de la pharmacie la boite de Spasfon° et de Primperan°. Après 3 bâillements successifs et ne voyant toujours pas arriver la moindre blouse blanche, je me hasarde à me rapprocher d’une dame en blouse bleue avachie dans son fauteuil  dont je ne sais toujours pas si elle est infirmière ou aide soignante.

 

Avec mon plus beau sourire et deux ou trois phrases baragouinant français, anglais et khmer dans une soupe dont j’ai le seul le secret, j’obtiens la permission de prendre les 2 ampoules injectables qu’il me faut. La dame me donne même une seringue et une aiguille stérile. Me voilà donc à préparer devant les yeux médusés des familles des blessés l’injection pour Clément. En deux temps, trois mouvements, je me retrouve à pratiquer une intramusculaire lorsque surgit d’on ne sait où le médecin de garde des Urgences. Même pas surpris de faire son boulot sans qu’il eût donné son accord préalable. Je vais le saluer en suivant, et expliquer le pourquoi du comment. En France, on m’aurait expulsé manu militari sans aucune autre forme de procès. Ici, le médecin de garde m’a remercié et m’a fait signe que « c’est cadeau ».

 

10 minutes à peine après avoir franchi le seuil des Urgences, nous étions sortis et avons pu réintégrer nos pénates.

 

Après avoir été ramené par un policier en guenilles sur sa moto alors que j’avais de l’eau jusqu’aux genoux (cf « Inondation au Wat Phnom : ça c’est Cambodge »), il n’y a plus grand chose dans ce pays qui soit susceptible de me surprendre. Et pourtant, quelque chose me dit que ce n’est pas fini…

 

A suivre donc.


 

J.D

Par Taramana
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Samedi 13 septembre 2008

 
Une envie d’organiser un voyage humanitaire, et de découvrir le Cambodge … et c’est ainsi que nous, 5 étudiants en médecine, sommes partis à la recherche d’une association. C’est par internet que nous avons découvert Taramana. De mails en coups de fil avec Jocelyn, les quelques mois d’organisation du projet sont bien vite passés et nous voici déjà mi juin en route pour le Cambodge.

 
Tout a commencé à l’aéroport de Phnom Penh. Dès notre sortie de l’avion, cinq enfants de l’association et leur professeur d’anglais étaient là pour nous accueillir. Et quel accueil !!! Difficile de ne pas les remarquer, ils étaient tous habillés avec le T-shirt et la casquette Taramana ! En cadeau de bienvenue ils nous ont offert à chacun un bracelet de jasmin.

 

Dans le minibus sur le chemin de l’hôtel, les enfants nous étonnent à chaque minute un peu plus. Ils sont tous capables de se présenter en anglais et pour les plus grands en français aussi. Après nous avoir posé tout un tas de question, commence alors une séance de chant comme on n’aurait jamais pu l’imaginer à tant de kilomètres de chez nous.

Les enfants ont un répertoire de chansons françaises et anglaises qui, on peut le dire, nous a laissé sans voix pendant quelques minutes. Ils étaient tous fiers de nous montrer leurs connaissances et en profitaient déjà pour nous enseigner quelques mots de khmer.

 

A peine arrivés à l’hôtel, Tinath nous propose de venir visiter dès l’après midi les locaux de l’association.

C’est avec beaucoup d’émotion que nous arrivons à Boeng Salang, quartier construit de part et d’autre d’une voie ferrée. Une chose est sûre, tout cela était très loin de ce que nous avions pu imaginer. Nous sommes accueillis par les sourires des habitants et surtout des enfants, ainsi que des« hello » et des « bonzour » qui fusent de tous les côtés alors que Tinath nous emmène vers la maison sur pilotis qui sert de salle de classe à l’association.

 

Lors de notre arrivée un cours de français se termine, Tinath prend la suite avec un cours d’anglais auquel il nous propose d’assister. Les enfants sont vifs, bon nombre de mains sont levées à chaque question posée par le professeur. A la demande de Tinath et à la plus grande joie des enfants, Raphaëlle prend la suite du cours pendant quelques minutes les interrogeant sur le texte qu’ils viennent de lire. Difficile de choisir parmi tous ces « tcher » !!! (Interjection qu’utilise les élèves pour appeler leur professeur : teacher en anglais). Il faut l’avouer nous sommes particulièrement bluffés par leur niveau  général d’anglais.

 

A la fin du cours d’anglais il fait déjà nuit noire et les enfants rentrent chez eux en nous saluant malicieusement d’un « à demain à deux pieds ».

 

Suite au succès de Raphaëlle, Tinath nous propose d’assurer quelques cours de français. Au vu de nos interventions qui ne pourront se dérouler que sur un mois nous décidons de créer un Pictionnary pour enrichir leur vocabulaire français/anglais à travers des images d’objets du quotidien. Le dessin est une langue universelle! (Enfin tout dépend de celui qui dessine…)

Chacun y va de son imagination, des tongs au ventilateur en passant par la noix de coco!

 

Voici finalement un jeu assez polyvalent. Chaque heure est consacrée à l’apprentissage de la prononciation et de l’orthographe d’une série de mots et se termine de façon ludique. Les enfants s’opposent par équipe. Un beau dessin reconnu par les coéquipiers est un point de gagné ! 

Le premier dimanche (seul jour de la semaine où il n’y a pas cours), nous avons organisé notre première matinée d’animation, pour apprendre à connaitre les enfants. Tous nous attendaient et étaient impatients de commencer. Tinath ne pouvant être présent toute la matinée, il a rapidement fallu trouver des moyens pour expliquer les règles des nouveaux jeux que nous voulions introduire. Nous nous en sommes sortis avec quelques mots d’anglais et quelques gestes, les plus grands réexpliquant aux jeunes les règles en khmer. C’est fantastique de voir combien ils comprennent vite !

 

Au programme : les chaises musicales, des parties de jungle speed, de dominos, de chat perché, de chef d’orchestre, 123 soleil… et bien sûr, à la demande des enfants, la salle de classe s’est transformée en boite de nuit (ah la Macarena et le Madison !!!).

Après cinq heures d’animation et un bon nombre de litre d’eau en moins, les enfants en demandaient encore alors que nos corps ne suivaient plus (il faut dire que venant de la région parisienne, nous ne sommes pas super résistants à la chaleur).

Quelques jours plus tard, Jocelyn retourne en France. Son départ nous laisse dans un premier temps quelque peu désemparés. Même s’ il nous avait fait part en quelques jours d’un bon nombre de ses connaissances sur l’association et la culture cambodgienne, la communication avec Tinath n’a pas été facile. Le « non » n’existant pas au Cambodge, il est difficile de savoir si notre interlocuteur nous a compris ! C’est pourquoi dans les premiers temps, plusieurs de nos idées sont tombées à l’eau.

Afin de vraiment prendre part au quotidien des enfants Tinath nous a proposé de l’accompagner avec neuf enfants de Taramana dans l’association australienne Cambodia World Family. Celle-ci procure gratuitement des soins dentaires à un grand nombre d’enfants déjà pris en charge dans différentes associations de Phnom Penh.

Sur place nous avons pu constater les limites des soins dentaires dispensés aux enfants : en France, pour soigner un abcès, on donne des antibiotiques pendant deux jours avant d’intervenir. Ici, ce n’est pas réalisable et le dentiste arrache la dent directement !

Malgré l’anesthésie, ces soins sont très douloureux pour les enfants qui font preuve d’un grand courage. Il faut préciser que chacun des enfants s’est fait arracher au moins une dent. A une dent par visite on espère juste qu’ils ne vont pas trop souvent chez le dentiste ! Tinath quant à lui se trouve une nouvelle vocation de dentiste et, les outils en main (un marteau et une pince) nous propose gratuitement ses services.

Cette visite nous a fait prendre conscience de l’état catastrophique de leurs dents. Mais ce n’est pas tout. Leurs habitudes alimentaires sont elles aussi déplorables : sur les trajets aller et retour en tuk tuk, nous avons vu défiler un nombre de bonbons incalculable!

C’est alors que nous avons décidé de reprendre avec les enfants les gestes simples qu’ils peuvent faire pour protéger leurs dents.

S’organise alors un grand brossage de dents collectif qui devient un rituel à chacun de nos passages à Taramana.

 

Mais c’est en cherchant à monter un projet de prévention Sida que nous avons été le plus confrontés a des problèmes d’organisation. Nous ne pouvions rien commencer de sérieux sans avoir un minimum de support en khmer. Pour se faire nous avons contacté diverses associations s’occupant de ce problème au Cambodge (FRIENDS, PSF, RHAC, Marie Stopes, la Croix Rouge française…).

Le temps d’obtenir un rendez vous dans chacune de ces associations et de récupérer questionnaires, affiches et conseils, notre première séance de prévention a mis du temps à se mettre en place.

Mony, interne en pédiatrie, nous fut d’une précieuse aide en traduisant le contenu des documents et, lors de la  préparation de la première séance, en choisissant avec nous les thèmes principaux sur lesquels nous allions centrer la prévention.

Cela n’a pas été une mince affaire car notre message devait être adapté aux jeunes de Taramana entre 13 et 16 ans.

Notre séance de prévention a finalement eu lieu le dimanche 7 juillet, jour de distribution du riz aux enfants de Taramana. Nous avons alors organisé tout un programme (brossage de dent, prévention Sida, animation,…), mais c’était sans compter les traditionnels imprévus de dernière minute!

 

Après bon nombre de péripéties, nous mettons en place deux groupes, d’un côté les plus jeunes qui font des activités ludiques avec Mélanie et de l’autre les adolescents pour la prévention avec l’aide de notre chère Mony.

Les jeunes sont très réceptifs. A notre grande surprise les filles se prennent au jeu et participent beaucoup plus que les garçons. Certains posent de nombreuses questions, d’autres sans doute plus timides se contentent d’écouter. Pour conclure cette séance, nous proposons une petite démonstration de la pose d’un préservatif sur les bananes que nous avions achetées au marché. Contrairement à ce que nous pensions, il y a eu peu de rires moqueurs et de gênes ; certains courageux garçons et filles vont jusqu'à essayer à leur tour !

.

Cet enthousiasme chez les enfants, nous l’avons rencontré à maintes reprises notamment lorsqu’on leur a proposé d’entrer dans la peau d’un photographe.

En effet, profitant de démarches auprès de nos mairies pour des subventions, nous avons établi un échange entre une classe de CM1 de Cachan (94) et les enfants de Taramana.

Dans ce cadre nous avons pensé créer un album retraçant les différents moments de la journée type d’un enfant français, les photos ayant été prises par les enfants avec l’aide de leur institutrice. Par ailleurs cet album a été laissé dans la salle de classe de Taramana.

Les enfants ont aussi participé à l’élaboration d’une valise découverte, en faisant une liste d’objets et en offrant chacun un stylo provenant de leur trousse pour les enfants de Boeng Salang.

En retour nous avons fait la même chose au Cambodge, les enfants étaient ravis de photographier divers moments de leur journée grâce à deux appareils photo jetables que nous leur avions confiés.

Nous ne savions pas vraiment si le message était bien passé et nous craignions un peu le résultat… Il fut au delà de toutes nos espérances.

Pour que chacun puisse prendre pleinement part à l’élaboration de l’album qui retournerait en France, les enfants ont ensuite commenté les photos prises par leurs camarades et Tinath nous a gentiment transmis une traduction en anglais de chacun des commentaires.

Quel mois intense !!! Que ce soit pour l’organisation qui ne fut pas toujours facile ou sur le plan émotionnel… nous ne sommes pas prêts de l’oublier ! Un petit pas pour Taramana mais un grand pas pour nous. Dans tous les sens du terme d’ailleurs : on peut en effet dire que nous sommes passés maître en la pratique du Madison khmer que nous avons longuement expérimenté lors des fêtes qui ont fait vibrer Taramana.

 

Nous remercions les enfants de nous avoir accueillis et acceptés pendant un mois faisant preuve envers nous d’une réelle affection. Merci aussi à Jocelyn d’être resté quelques jours de plus avec nous, de nous avoir paternés, briefés sur les habitudes cambodgiennes dans lesquelles nous allions être immergés pendant un mois. Et bien sûr merci a toute l’équipe de Taramana.

 

 

Mélanie Desangles

Marie Brousse

Raphaëlle Varennes

      

Clément Cousin

Violaine Delabar

 

 

Par Taramana
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Dimanche 24 août 2008

S’il y a bien deux individus qui ne passent pas inaperçus dans le quartier de Boeng salang ou Taramana a installé son QG, ce sont les deux petits jumeaux homozygotes (vrais jumeaux) répondant aux noms de Kemara et Kemarak. Il faut une oreille avertie pour différencier leur nom. Bien plus encore pour les distinguer physiquement.  Ma sœur Fabienne, médecin et marraine des deux jumeaux, vient deux fois par an me donner un coup de main pour visites médicales et séances de vaccinations. Elle m’a fait justement remarqué que l’un portait un petit grain de beauté sur la joue droite et avait des oreilles un peu plus pointues. Autant dire qu’il faut bien se mettre de face avant d’appeler l’un ou l’autre sinon on a une chance sur deux de se tromper.

Les 2K comme on les appelle, sont des personnages incontournables du quartier. A 8 ans, ce sont les petits clowns de service et on les retrouve dans tous les bons coups…Si vous passez dans le quartier, ils vont forcément vous saluer et arriver à vous placer tout de go : « Bonjour, je m’appelle Kemara, j’ai 8 ans, je suis cambodgien et je parle un peu français. »

A l’école Taramana, ils ne manqueraient pour rien au monde un seul cours de français. Ils font partie des meilleurs élèves et culminent dans les 5 premiers aux petits examens écrits passés à chaque fin de mois.  Il faut les voir en classe, toujours en alerte pour répondre en premier aux questions des professeurs en criant des « Moi, moi !! ». Parfois, quand ils se sentent trop frustrés de ne pas être choisis par le professeur qui n’a que l’embarras du choix devant le nombre de doigts levés, un des 2K se hasarde à prendre la parole malgré tout. Lorsque je suis au poste de professeur, je feins de ne pas avoir entendu pour ne pas cautionner un tel comportement. Mais ils reviennent vite à la charge. J’essaie dans la mesure du possible de faire participer tout le monde, y compris les plus timides qui connaissent les réponses mais n’osent se manifester.

Il n’y a pas qu’à l’école qu’ils se font remarquer. Lorsqu’on organise des petites fêtes dans le quartier, on peut être certain à l’avance que les 2K vont assurer l’animation. Ils n’ont pas peur de monter sur scène pour chanter ou danser. Le 14 février dernier, on avait organisé un grand spectacle de play back sur la voie ferrée juste en face de notre petite école. Une vingtaine de prestations par groupe de 2 ou 3 enfants ont défilé devant plus de 200 habitants du village médusés  qui n’avaient encore jamais vu autre chose qu’une locomotive sur ces rails. Alors, une scène avec spots multicolores, orchestre et sono, il fallait pas rater ça. En trio avec un autre personnage de Taramana que tout le monde connaît sous le nom de Mister Meng, les 2K ont assuré le spectacle et ont terminé deuxième ex æquo. Qu’ils étaient fiers de recevoir une jolie coupe et d’être sur le podium. On n’était pas aux Jeux de Pékin mais pas loin… 

Par Taramana
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Dimanche 24 août 2008

Je ne peux résister à l’envie de vous faire connaître une dame hors du commun. Il s’agit de Mme Kun Sithan, professeur des écoles dans le village de Kompong Speu, à 60 km au Sud de Phnom Penh, sur la route de Sihanoukville.

Mme Sithan n’est autre que la mère adoptive de Séthara, le « Tara » de Taramana. J’ai eu l’occasion de rencontrer pour la première fois cette dame à l’ONG « Pour Un Sourire d’Enfant » (PSE) qui œuvre pour sortir de la misère quelques 6000 enfants chiffonniers de la décharge de Stung Mean Chey dans le Sud de Phnom Penh.

Elle a  réintégré depuis quelques années son village natal de Kompong Speu où elle vit avec son fils Séthara dans une petite maison en dur avec un  jardin où quelques manguiers côtoient en parfaite harmonie leurs cousins bananiers. Son salaire de professeur, qui ne dépasse guère les 60 dollars par mois (soit à peine 40 euros), ne lui permet pas de faire de grandes folies. A l’instar de la grande majorité des cambodgiens qui vivent à la frontière du seuil de pauvreté, 80% du budget est consacré à l’alimentation.

Si la situation socio-économique de Mme Sithan n’a rien d’extraordinaire au Cambodge, je m’empresse d’ajouter que je suis fier et heureux de la connaître. J’ai envie de dire que c’est un ‘’monstre’’ de générosité tout comme l’était Mme Nay Sath, la maman de Maryna (la « Mana » de Taramana) avec qui j’avais eu la chance de travailler à l’infirmerie de PSE avant qu’elle ne nous quitte malheureusement il y a quelques années.

Je ne peux vous raconter dans ce blog le passé douloureux de Mme Sithan, toutes ses souffrances endurées sous Pol Pot et même après. On a beau avoir lu des tonnes de livres sur ces 30 années de guerre avec les bombardements américains, le génocide khmer rouge et l’occupation vietnamienne qui en a suivi, on ne peut pas imaginer ce qu’on vécût les survivants de cette période sombre du Cambodge. Je n’ai personnellement jamais eu la faim au ventre et que des cafards ou des rats à manger. Je n’ai jamais subi de violences physiques ou d’humiliations qui me permettent de comprendre une seconde le ressenti de ces personnes rescapées de l’enfer.

J’ai une grande admiration pour Mme Sithan que je n’entends jamais se plaindre de quoi que ce soit, qui fait tous les sacrifices pour le bien être de son fils et qui fait preuve de surcroit d’une discrétion et d’une pudeur qui forcent le respect.

Mme Sithan est la Présidente de l’association Taramana au Cambodge. Elle a en charge, avec l’aide de Maryna et Séthara, le contrôle des familles et la supervision de la distribution des sacs de riz chaque premier dimanche du mois.  Toujours avec le sourire, le geste de compassion, la main tendue à tout le monde. Ça fait du bien de vivre et travailler aux côtés de gens comme cela. J’ai honte de faire parfois parler mon individualisme pour me plaindre de petits problèmes insignifiants. Toutefois, j’ai l’impression que je commence à réfléchir à deux fois avant de râler pour rien. De là à ce que vous ne m’entendiez plus …

C’est aussi grâce à des gens comme Mme Kun Sithan que je ne me lasse pas de revenir au Cambodge pour partager toutes ces valeurs de respect et d’humilité qui tendent à disparaître dans nos contrées dites civilisées.

 

Quand je vous aurai dit que Mme Sithan fait le meilleur amok du pays…

(Amok = plat typique à base de poisson cuit dans des feuilles de bananier et de jus de noix de coco servi avec du riz).

 

 

 

 

Par Taramana
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Dimanche 24 août 2008

S’étendant sur deux kilomètres carrés , traversé par une voie ferrée qui sépare deux rangées de maisonnettes en bois plus précaires les unes que les autres, le quartier de Boeng Salang sublime l’âme du district de Russey Keo, au Nord de Phnom Penh, la capitale.

Dès ma première visite il y a deux ans, ce lieu m’avait tout de suite séduit. Par ses couleurs, ses odeurs et les visages que l’on croise en déambulant tout le long de cette dérobée de rails métalliques dont on a peine à croire qu’ils supportent quotidiennement des trains de fuel provenant de la station de pétrole Sokimex jouxtant le bidonville.

Je dois l’avouer : je l’aime ce quartier. Nous y avons aménagé une petite salle d’école entièrement redécorée aux couleurs de l’association qui dispense 25 heures de français par semaine à quelques 70 élèves motivés et volontaires de se familiariser avec la langue de Molière.

Si, un jour, vous venez au Cambodge, ne manquez pas de faire un détour dans ce village hors du commun. Il vous faudra marcher 300 mètres sur la voie ferrée pour atteindre notre petite école. Avant d’y accéder, vous serez rejoints par une horde de bambins vous hélant des bonzour bonzour à n’en plus finir, si fiers de vous saluer en français, et pour certains d’entamer la conversation. Attendez vous toutefois à être questionné sur votre âge, votre situation maritale et tout un tas de questions un tant soit peu indiscrètes pour nous, mais complètement naturelles pour un enfant cambodgien.

Et puis, si vous prenez le temps de flâner dans le quartier, vous aurez alors l’occasion de découvrir ci et là des visages susceptibles de vous émouvoir.  Ils sont souvent souriants et chaleureux, acceptant de bon cœur d’être photographiés.

Je me demande toujours ce qui se cache derrière le sourire khmer surtout pour ces hommes et femmes âgés , victimes ou bourreaux de la triste période khmère rouge  qui a décimé le tiers de la population du Cambodge au milieu des années 70. Le pays se relève doucement de cette sombre histoire. Le procès des khmers rouges ne va commencer que le mois prochain, en septembre, quasiment trente ans après la fin du régime sanglant instauré par Pol Pot et les siens.

A Boeng Salang, j’ai l’impression qu’on ne se soucie guère de l’issue d’un tel procès. On se préoccupe plutôt de savoir ce que l’on va bien pouvoir manger ce soir et si on aura suffisamment d’argent pour envoyer ou non à l’école son petit fils le lendemain.  C’est pour cela que Taramana soutient, grâce à son programme de parrainage  une centaine d’enfants de ce quartier en leur procurant riz, aide à la scolarisation, soins médicaux et dentaires et prochainement des cours de rattrapage scolaire. L’éducation et l’accès au savoir restent une priorité absolue pour les enfants de l’association.

Sans nous le dire, les grands parents l’ont bien compris.

 

 

Par Taramana
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Lundi 28 juillet 2008

 

 

Depuis plus d’un mois, Dina et son petit frère Kakada sont parrainés par l’association. Certes, ils vivent toujours à deux pas du quartier de Boeng Salang dans leur petit local insalubre de 4 m² mais Taramana n’a ni la vocation ni les moyens, en tout cas à ce jour, de reloger les enfants et leurs familles.

Toutefois, ces derniers reçoivent désormais 25 kg de riz par mois, ce qui couvre largement leurs besoins quotidiens en l’indispensable céréale, une enveloppe d’argent mensuelle de participation aux frais scolaires et, dès la rentrée prochaine, 2 uniformes neufs et le matériel dont ils auront besoin au cours de l‘année.

 

Dina a commencé un protocole de vaccinations complet qui va s’étendre sur un an.

Les soins médicaux (médicaments, frais hospitaliers…) dans la limite de ce que nous pouvons nous permettre, sont entièrement pris en charge par Taramana.

Au Cambodge, il n’y a aucune sécurité sociale et tout soin doit se payer cash et à l’avance.

On fournit par ailleurs  brosses à dents et dentifrices mais aussi une cure trimestrielle de déparasitage intestinal couplée à des compléments vitaminés. Une association australienne avec qui nous travaillons en étroite collaboration, quant à elle, s’occupe des soins dentaires.

 

Une petite victoire a été obtenue : Dina ne va plus ramasser les ordures dans la rue. Mieux encore, il se rend tous les jours du lundi au samedi aux cours de français dispensés dans notre petite école de quartier. Ce n’est certainement pas sa priorité et on serait tenté de penser qu’il vaudrait déjà mieux qu’il consolide ses bases dans les matières fondamentales telle sa langue natale. Je m’étais aperçu lors du tournage du nouveau film de Taramana,  qu’il avait d’énormes difficultés à lire et à écrire en khmer. J’avais cependant été ému de constater que ses camarades, sensibles à ses conditions de vie, l’aidaient toujours en classe ou pour ses devoirs. Il est vrai que jusqu’à maintenant, il lui était bien difficile d’étudier faute de temps et qu’il devait faire ses devoirs à la bougie après avoir passé plusieurs heures en ville à ramasser bouteilles plastiques et canettes en aluminium.

 

A la rentrée prochaine, nous avons l’ambitieux projet d’ouvrir deux ou trois salles de classe pour dispenser des cours de soutien scolaire (khmer, mathématiques, histoire, sciences,…)

 

Dina et Kakada se sont parfaitement intégrés aux autres enfants du quartier de Boeng Salang mais cela n’a rien d’étonnant : quand on est pauvre, discret, respectueux en toutes circonstances, que l’on demande juste la possibilité d’étudier pour prétendre avoir un autre métier que celui de chiffonnier, il est bien évident que tout le monde vous accepte.

 

Nous organisons souvent des petites fêtes dans le quartier de Boeng Salang. Quel bonheur de les voir s’amuser comme des enfants de leur âge ! Pendant quelques heures, ils oublient leurs soucis, leur passé. A les voir ainsi, rigoler, chanter et danser, on se dit qu’il ne faut pas grand-chose pour redonner un peu de joie de vivre à des enfants qui ne sont pas tombés dans le « chaudron » chance depuis qu’ils sont nés.

 

En démarrant cette aventure il y a à peine deux ans, je me suis fixé deux objectifs : essayer de redonner le sourire et un avenir un peu moins sombre à quelques dizaines d’enfants de ce quartier et tenter de sensibiliser un maximum de personnes pour leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. Bien sûr, des dizaines de millions d’enfants ne mangent pas à leur faim et survivent en ramassant les déchets dans la rue, mais des solutions existent !

 

 Il faut continuer à faire bouger les mentalités de nos sociétés individualistes et donner aux jeunes générations de ces pays dits  défavorisés les moyens de se prendre en charge. L’éducation et l’accès au savoir restent donc des priorités absolues.

 

« Vivre, c’est aider les autres à vivre ».

                      (Raoul Follereau)

 

 

J.D

 

 

Par Taramana
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