Dimanche 24 août 2008 7 24 08 2008 13:38

S’étendant sur deux kilomètres carrés , traversé par une voie ferrée qui sépare deux rangées de maisonnettes en bois plus précaires les unes que les autres, le quartier de Boeng Salang sublime l’âme du district de Russey Keo, au Nord de Phnom Penh, la capitale.

Dès ma première visite il y a deux ans, ce lieu m’avait tout de suite séduit. Par ses couleurs, ses odeurs et les visages que l’on croise en déambulant tout le long de cette dérobée de rails métalliques dont on a peine à croire qu’ils supportent quotidiennement des trains de fuel provenant de la station de pétrole Sokimex jouxtant le bidonville.

Je dois l’avouer : je l’aime ce quartier. Nous y avons aménagé une petite salle d’école entièrement redécorée aux couleurs de l’association qui dispense 25 heures de français par semaine à quelques 70 élèves motivés et volontaires de se familiariser avec la langue de Molière.

Si, un jour, vous venez au Cambodge, ne manquez pas de faire un détour dans ce village hors du commun. Il vous faudra marcher 300 mètres sur la voie ferrée pour atteindre notre petite école. Avant d’y accéder, vous serez rejoints par une horde de bambins vous hélant des bonzour bonzour à n’en plus finir, si fiers de vous saluer en français, et pour certains d’entamer la conversation. Attendez vous toutefois à être questionné sur votre âge, votre situation maritale et tout un tas de questions un tant soit peu indiscrètes pour nous, mais complètement naturelles pour un enfant cambodgien.

Et puis, si vous prenez le temps de flâner dans le quartier, vous aurez alors l’occasion de découvrir ci et là des visages susceptibles de vous émouvoir.  Ils sont souvent souriants et chaleureux, acceptant de bon cœur d’être photographiés.

Je me demande toujours ce qui se cache derrière le sourire khmer surtout pour ces hommes et femmes âgés , victimes ou bourreaux de la triste période khmère rouge  qui a décimé le tiers de la population du Cambodge au milieu des années 70. Le pays se relève doucement de cette sombre histoire. Le procès des khmers rouges ne va commencer que le mois prochain, en septembre, quasiment trente ans après la fin du régime sanglant instauré par Pol Pot et les siens.

A Boeng Salang, j’ai l’impression qu’on ne se soucie guère de l’issue d’un tel procès. On se préoccupe plutôt de savoir ce que l’on va bien pouvoir manger ce soir et si on aura suffisamment d’argent pour envoyer ou non à l’école son petit fils le lendemain.  C’est pour cela que Taramana soutient, grâce à son programme de parrainage  une centaine d’enfants de ce quartier en leur procurant riz, aide à la scolarisation, soins médicaux et dentaires et prochainement des cours de rattrapage scolaire. L’éducation et l’accès au savoir restent une priorité absolue pour les enfants de l’association.

Sans nous le dire, les grands parents l’ont bien compris.

 

 

Par Taramana
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 07 2008 20:50

 

 

Depuis plus d’un mois, Dina et son petit frère Kakada sont parrainés par l’association. Certes, ils vivent toujours à deux pas du quartier de Boeng Salang dans leur petit local insalubre de 4 m² mais Taramana n’a ni la vocation ni les moyens, en tout cas à ce jour, de reloger les enfants et leurs familles.

Toutefois, ces derniers reçoivent désormais 25 kg de riz par mois, ce qui couvre largement leurs besoins quotidiens en l’indispensable céréale, une enveloppe d’argent mensuelle de participation aux frais scolaires et, dès la rentrée prochaine, 2 uniformes neufs et le matériel dont ils auront besoin au cours de l‘année.

 

Dina a commencé un protocole de vaccinations complet qui va s’étendre sur un an.

Les soins médicaux (médicaments, frais hospitaliers…) dans la limite de ce que nous pouvons nous permettre, sont entièrement pris en charge par Taramana.

Au Cambodge, il n’y a aucune sécurité sociale et tout soin doit se payer cash et à l’avance.

On fournit par ailleurs  brosses à dents et dentifrices mais aussi une cure trimestrielle de déparasitage intestinal couplée à des compléments vitaminés. Une association australienne avec qui nous travaillons en étroite collaboration, quant à elle, s’occupe des soins dentaires.

 

Une petite victoire a été obtenue : Dina ne va plus ramasser les ordures dans la rue. Mieux encore, il se rend tous les jours du lundi au samedi aux cours de français dispensés dans notre petite école de quartier. Ce n’est certainement pas sa priorité et on serait tenté de penser qu’il vaudrait déjà mieux qu’il consolide ses bases dans les matières fondamentales telle sa langue natale. Je m’étais aperçu lors du tournage du nouveau film de Taramana,  qu’il avait d’énormes difficultés à lire et à écrire en khmer. J’avais cependant été ému de constater que ses camarades, sensibles à ses conditions de vie, l’aidaient toujours en classe ou pour ses devoirs. Il est vrai que jusqu’à maintenant, il lui était bien difficile d’étudier faute de temps et qu’il devait faire ses devoirs à la bougie après avoir passé plusieurs heures en ville à ramasser bouteilles plastiques et canettes en aluminium.

 

A la rentrée prochaine, nous avons l’ambitieux projet d’ouvrir deux ou trois salles de classe pour dispenser des cours de soutien scolaire (khmer, mathématiques, histoire, sciences,…)

 

Dina et Kakada se sont parfaitement intégrés aux autres enfants du quartier de Boeng Salang mais cela n’a rien d’étonnant : quand on est pauvre, discret, respectueux en toutes circonstances, que l’on demande juste la possibilité d’étudier pour prétendre avoir un autre métier que celui de chiffonnier, il est bien évident que tout le monde vous accepte.

 

Nous organisons souvent des petites fêtes dans le quartier de Boeng Salang. Quel bonheur de les voir s’amuser comme des enfants de leur âge ! Pendant quelques heures, ils oublient leurs soucis, leur passé. A les voir ainsi, rigoler, chanter et danser, on se dit qu’il ne faut pas grand-chose pour redonner un peu de joie de vivre à des enfants qui ne sont pas tombés dans le « chaudron » chance depuis qu’ils sont nés.

 

En démarrant cette aventure il y a à peine deux ans, je me suis fixé deux objectifs : essayer de redonner le sourire et un avenir un peu moins sombre à quelques dizaines d’enfants de ce quartier et tenter de sensibiliser un maximum de personnes pour leur dire qu’il n’y a pas de fatalité. Bien sûr, des dizaines de millions d’enfants ne mangent pas à leur faim et survivent en ramassant les déchets dans la rue, mais des solutions existent !

 

 Il faut continuer à faire bouger les mentalités de nos sociétés individualistes et donner aux jeunes générations de ces pays dits  défavorisés les moyens de se prendre en charge. L’éducation et l’accès au savoir restent donc des priorités absolues.

 

« Vivre, c’est aider les autres à vivre ».

                      (Raoul Follereau)

 

 

J.D

 

 

Par Taramana
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 07 2008 00:52

 

 

 

Même si mon activité de médecin n’occupe qu’à peine 20% de mon temps à Taramana, il m’arrive parfois d’être appelé auprès des enfants ou des familles dans le besoin. L’accès aux soins et la gratuité du service médical rendu fait partie des avantages octroyés par l’association, comme le stipule le contrat de parrainage signé par l’enfant et les parents.

Il est vrai qu’en temps normal, l’automédication et le recours aux médecines dites traditionnelles sont de règle au Cambodge pour plus de 80% de la population. Il n’est pas rare de voir dans la rue des gens littéralement zébrés sur le tronc et le dos, stigmates d’une friction répétée d’une pièce métallique quand ce n’est pas des ronds violacés parsemant tout le corps après l’application de ventouses. Les pharmacies du coin fournissent tout un tas de cachets et de gélules certes peu coûteuses mais dont on se demande la quelconque utilité médicale quand ces médicaments ne se révèlent pas toxiques. Le marché cambodgien est inondé de copies chinoises, coréennes ou indiennes bien meilleur marché que nos thérapeutiques occidentales que ne peuvent s’offrir qu’une frange aisée mais réduite de la population khmère.

 

En France, notre système de santé est reconnu comme une des meilleures protections sociales au monde. Certes, il commence à s’effriter. Les abus en tous genres ont fait que le trou de la sécu est devenu un gouffre qui va se transformer en un véritable volcan au rythme de l’augmentation des dépenses de santé.

 

En tant que médecin généraliste remplaçant, j’en entends tous les jours. Le gens ne se rendent pas bien compte de ce qu’ils me disent quand je pense à tous ces indigents avec qui je suis en contact à Boeng Salang, et qui n’ont même pas droit à l’équivalent d’une simple boite de paracétamol par an.

Nous, les Français, devons certainement occuper une place parmi les premiers au classement des plus gros râleurs du monde. Exemples choisis de ce que j’entends au cabinet médical en France : « Et vous comprenez docteur, maintenant la consultation n’est plus gratuite, il faut payer un euro et ce sirop n’est plus remboursé comme ma crème pour les jambes. On se demande même si cela vaut le coup de venir vous voir. » Ça m’est d’autant plus agaçant d’écouter ça que ce sont ces mêmes personnes qui viennent voir le médecin pour se faire rembourser une boite de paracétamol. Prix de la boite : 1.54 euros. Prix de la consultation :   22 euros. Mais comme il y aura un euro non remboursé, ils ont fait le déplacement chez le docteur pour économiser 0.54 euros. En fait avec le coût de l’essence et la perte de temps, ils auront même perdu de l’argent. Sans compter qu’en tant que remplaçant je dois leur faire une feuille de soins qu’ils doivent eux-mêmes envoyer à la sécu pour se faire rembourser. Paf, 0.55 euros de timbre. Et de m’entendre dire : « Et en plus, il faut que je paie le timbre ! ». Mais  ils sont tellement contents d’être venu voir le docteur qui n’aura surtout pas manqué de leur prendre la tension. Un bon docteur (sic !)doit systématiquement vérifier la tension quelque soit le motif de consultation, c’est un peu comme un bon garagiste qui se doit de vérifier la pression des pneus !

Je continue : « Vous comprenez, docteur, j’ai cotisé toute ma vie et maintenant je dois TOUT payer ». Bien sur avec le nouveau train de mesures censé combler le trou de la sécu, rien ne sera plus gratuit. Je ne prends pas le temps de répondre à tous ces « jamais contents » et leur expliquer que notre système, loin d’être parfait, nous garantit un certain confort en cas de problème médical ou chirurgical. Il y a certainement une dérive à l’américaine qui est en train de s’installer en France avec une médecine à deux vitesses mais bon, regardons ce qui se passe à coté de chez nous, qui plus est dans la plupart des pays défavorisés, et nous serons peut être un peu moins tenté de pleurnicher sur notre sort.

 

C’est sûr que je n’entends pas le même discours au Cambodge. On aurait presque envie que les gens râlent un peu plus et se manifestent devant le peu d’avantages sociaux dont chacun d’eux bénéficie. Quand je dis peu, je devrais plutôt dire rien du tout. Sauf pour ceux qui peuvent s’offrir une assurance santé privée, mais qui peut se le permettre parmi les familles que je connais quand le montant de la prime d’assurance dépasse quasiment  leur salaire annuel ?

 

L’exercice de la pratique médicale à Phnom Penh en comparaison de celle en France est pour moi quelque peu différent.

Lorsqu’un enfant est malade, la famille doit pouvoir alerter un des staffs cambodgiens vivant dans le quartier qui me joint sur mon téléphone portable. Je me rends alors sur place avec ma trousse de premiers soins et accompagné toujours d’un des staffs, j’essaie de faire une consultation avec les moyens du bord. Elle se fait le plus souvent dehors quasiment en place publique, la confidentialité n’étant le souci de personne. J’oserai dire qu’au Cambodge, on partage tout. Mon khmer n’étant  suffisamment performant pour assurer un interrogatoire en règle, je dois me faire aider pour la traduction. Je peste contre moi-même de ne pas maîtriser davantage le khmer pour me débrouiller tout seul comme un grand. Je me dis que l’an prochain, c est sûr, je saurai parler parfaitement khmer mais cela fait déjà bientôt 8 ans que ce sera l’an prochain.

 

Bref, après un examen et la pose d’un diagnostic, il me faut aller chercher les médicaments dans une bonne pharmacie digne de ce nom. Ici et c’est le grand avantage par rapport à la France, c’est que je n’encombre pas de toutes les paparasseries. Mais il faut que j’assure la mise en place des soins de A à Z sinon cela ne servirait à rien. Donc passage à la pharmacie puis retour dans la famille. Le déconditionnement des médicaments est impératif. Il ne s’agit pas de leur donner une ou deux boites neuves, elles auraient tôt fait d’être revendues le lendemain voire le jour même. Je dois m’assurer que l’enfant prenne bien son traitement jusqu’au bout, surtout si cela relève d’une antibiothérapie qui doit être conduit souvent sur une semaine. Cela me permet en outre de vérifier l’efficacité du traitement entrepris. Parfois, je dois me résoudre à conduire l’enfant à l’hôpital pour un prise de sang ou une radio et là encore, je dois être présent. Pas question de laisser l’argent à la famille, l’examen ne serait pas fait.

C’est vrai que la prise en charge est globale et me fait perdre pas mal de temps. Je veux espérer que Taramana disposera prochainement de suffisamment de staff disponibles pour assurer ce travail d’accompagnement. L’avenir est à l’optimisme et gageons que sous peu de temps, nous serons suffisamment nombreux pour se répartir les tâches.

 

Cela fait plusieurs années que je viens et soigne des familles cambodgiennes. Je n’ai pas souvenir qu’un seul parent ou un seul enfant ne râle pour une raison ou pour une autre. Au contraire, je ne suis gratifié que de sourires et de saluts khmers en guise de salaire. Même dans les cas où je n’ai pas pu faire grand-chose. Soit parce qu’il était déjà trop tard, soit parce que je ne disposais des moyens suffisants pour établir le diagnostic ou mettre en œuvre un traitement hors de prix. Il faut bien avoir à l’esprit que la découverte d’une pathologie grave telle une leucémie par exemple se traduit malheureusement par la mise en place d’une thérapeutique d’emblée palliative. C’est difficilement acceptable de devoir renoncer à se battre pour un enfant dont on pense qu’il aurait une chance de s’en sortir si on avait juste les moyens de le faire. Le Cambodge ne dispose de structures hospitalières permettant de prendre tout en charge, et il faudrait alors se rendre dans les pays limitrophes pour accéder aux hôpitaux qualifiés. Mais qui va payer ? Seuls quelques ONG* fortunées prennent en charge quelques petits malades pour les opérer en France ou ailleurs mais combien sont-ils à rester sur le carreau ?

 

On est bien en France, croyez-moi. Je m’efforce de réfléchir à deux fois avant de râler pour un petit souci de la vie courante…




J.D 

 

 

* ONG = Organisation Non Gouvernementale.

Par Taramana
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Lundi 28 juillet 2008 1 28 07 2008 00:39

 

 

I l est de ces objectifs prioritaires que je me suis fixé dés le départ : sensibiliser l’opinion publique sur ce qui se passe au Cambodge.

Témoignage de plus d’un médecin en mal de sensations fortes diront certains, énième récit d’un pseudo aventurier qui a fuit la routine du quotidien français crieront d’autres. Peu importe. Si dans mon imaginaire, j’arbore fièrement une virtuelle panoplie de Don Quichotte voulant combattre peu ou prou les injustices de ce monde, je me suis très vite rendu compte de la relative portée de mon action.

 

J’ai depuis longtemps banni un vocabulaire des gens qui viennent de France ou d’ailleurs en qualifiants leurs actions avec des mots comme « sauver », « indispensable », « vital », « mieux que les autres ». Ce sont souvent ces mêmes personnes tenant ce genre de discours qui passent une semaine ou deux sur place au Cambodge, dorment le soir à Phnom Penh dans des hôtels 5 étoiles à 400 dollars la nuitée et repartent en France avec le discours humanitaire bien ficelé et l’appareil photo rempli de clichés les montrant avec les petits miséreux dont ils pensent que leur avenir dépend d’eux. Foutaise.

 

Je n’aime pas le terme « humanitaire »  liée au mot action. Il fait pompeux et prétentieux. Restons modeste. Je dois l’avouer le premier. J’ai plaisir à me rendre utile pour toutes ces familles à qui on apporte un certain réconfort. On aurait toujours envie d’en faire plus pour un plus grand nombre d’enfants. Avec d’autres amis qui sont venus sur place, on partage la même idée que l’on reçoit bien plus qu’on ne donne.

 

A mon retour en France, je n’ai qu’une seule envie, c’est de convaincre un maximum de personnes que tout le monde peut changer le cours des choses. Pas forcément au Cambodge. On peut commencer autour de chez soi ou dans d’autres pays. Il n’y a que l’embarras du choix pour se rendre utile. Ce n’est pas réservé à une élite, médicale ou autre, il faut juste en avoir l’envie et quelques moyens.

 

Rien de mieux que de communiquer cette envie au travers de documentaires vidéo réalisés sur place. C’est génial de pouvoir produire des petits films ou des clips pour essayer de sensibiliser tout un chacun. Bien sûr, on reste dans le domaine du tournage artisanal à moindre frais, loin du monde professionnel et de son cortège de techniciens de tout bord. Mais quand on aime ça et qu’on veut bien faire, on y met tout son cœur. C’est ce que j’essaie de faire sans prétention aucune. Grâce aux actions de l’IFAS (Institut de Formation des Aides Soignants de l’hôpital d’Arcachon), un ou deux petits films de sensibilisation vont bientôt voir le jour. Après 8 mois de tournage discontinu, il est venu le temps du montage vidéo et ce n’est pas une mince affaire pour tous ceux qui ont approché cette expérience.

 

Un premier film retracera la vie de Dina (que vous avez pu suivre sur le blog) en fil conducteur, ponctuée par le travail des enfants des rues ou des chiffonniers de Phnom Penh. Un autre montrera plus spécifiquement la vie dans le bidonville de Boeng Salang et les actions de l’association au profit des enfants défavorisés de ce quartier que j’ai adopté.

 

Je dois saluer la performance de Dina qui s’est révélé être un bon acteur dans le sens où il ne devait pas se préoccuper de l’équipe de tournage qui le suivait du matin au soir sur plusieurs journées. La teneur des interviews qu’il a bien voulues m’accorder dénote de toute évidence un degré de maturité et un niveau de responsabilité qu’on n’imagine pas retrouver pour un enfant de 11 ans.

 

Peut-on rêver un jour que les enfants en âge de Dina prennent conscience de leur situation et se bougent à leur tour pour qu’à terme on ne voie plus des enfants aller ramasser les ordures dans la rue pour faire vivre leur famille ?

 

La Déclaration des Droits de l’enfant est-elle juste un simple papier édicté il y a plus de 40 ans pour que nos pays occidentaux se donnent bonne conscience ?


J.D

Par Taramana
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Samedi 14 juin 2008 6 14 06 2008 07:15

A près 8 mois de cours assurés par des intervenants suisses, français, belges, tous bénévoles, 3 nouveaux professeurs cambodgiens dispensent l’apprentissage de la langue de Molière aux  enfants volontaires et motivés du quartier de Boeng Salang.

La classe Taramana implantée au coeur de la vie du village accueille quotidiennement 60 enfants qui se repartissent en 3 groupes plus ou moins homogènes en âge et en niveau. L’emploi du temps de notre petite école qui jouxte la voie ferrée prévoit donc 25 heures de français par semaine.

 

Aujourd’hui, c’est mercredi. Par chance, un professeur ne peut assurer sa tranche horaire du mercredi matin entre 10h et 11h15. Je dois donc me sacrifier… pour le remplacer tous les mercredis. Je suis en réalité ravi de pouvoir donner le cours. C’est toujours un plaisir d’enseigner à ces enfants assoiffés d’apprendre une autre langue que la leur. On ose espérer que la maîtrise du français leur sera d’une quelconque utilité dans le futur, même si rien ne le garantit à ce jour.

 

Si je n’avais pas été médecin, j’aurais bien aimé être enseignant. C’est quand même un chouette métier. Surtout dans les conditions où les enfants sont volontaires, motivés, assidus et respectueux en toutes circonstances. Je ne suis pas certain que je tiendrai le même discours et brandirai la même vocation si je devais enseigner en France…

 

Les enfants semblent ravis que je sois leur prof du jour. En fait c’est difficile à dire car ils sont toujours contents et de bonne humeur. Ils arrivent toujours en classe, sourire aux lèvres, en me lançant des « Bonjour, tcher, comment ça va ? » (tcher veut dire en fait ‘’teacher’’ soit professeur, car il n’est pas poli au Cambodge d’appeler un adulte par son prénom).

Ils vont certainement ne pas tout comprendre de ce que je vais leur raconter mais ils savent à l’avance qu’il va y avoir de l’animation. Ils commencent à me connaître, les bougres et les bougresses.  Il est vrai que je ne peux m’empêcher de faire le clown au tableau à la moindre occasion. Ils ne sont pas vraiment habitués aux excentricités qu’offrent dans de rares circonstances leurs  professeurs khmers. Pour ma part, j’alterne facilement les moments de sérieux et de scènes théâtrales délirantes dont le contraste déclenche très vite quelques éclats de rire. Il faut dire qu’ils sont bon public. Il me suffit à peine d’accélérer mon écriture au tableau blanc ou de prendre une mine faussement indignée pour que les élèves soient tous à partir en fou rire. Apprendre en s’amusant tout en gardant une certaine ligne de conduite, c’est quand même plus sympa que des cours magistraux souvent bien ennuyeux. J’essaie également de leur donner confiance en les encourageant et en les félicitant autant que possible.

 

Les animaux ont la côte à Taramana. En tout cas c’est le thème du cours de français d’aujourd’hui. Rien de mieux que de faire les dessins au tableau pour se faire comprendre. Mon poulet ressemble plus à une vache qu’à une volaille. Qu’à cela ne tienne : me voilà à imiter la démarche d’un gallinacé, la plume en moins et le mollet plus ferme ! Ça me rappelle aussitôt mon incroyable aventure lors de l’inondation sur le Wat Phnom (cf article précèdent « Inondation au Wat Phnom : ça c’est Cambodge ! ») où j’avais bien amusé les deux officiers dans leur guérite dont un avait abandonné  son poste pour se retrouver  en guenilles et me ramener à la guest house où je réside.

 

Je me rends compte que je suis bien meilleur imitateur que dessinateur. Les enfants se prennent au jeu de reconnaître le cri des animaux. Certains viennent à mon renfort pour les matérialiser au tableau. Une trentaine de bébêtes plus ou moins grosses accaparent soudainement la classe, enfin tout au moins par leur cri et leur représentation grap hique plus ou moins ressemblante. La taupe et la carpe ne sont pas de la fête. Pas assez bruyantes. Les habitants voisins de l’école commencent à croire qu’un zoo vient d’ouvrir dans le quartier…

 

Je décide d’organiser dans la foulée et devant l’enthousiasme enivrant des élèves une petite compétition. Ils adorent ça les compétitions. On forme deux groupes avec un vainqueur arrivé le premier à 5 ou 10 points. Aujourd’hui équipe de Darith contre équipe de Minea. Celle qui est la plus rapide à deviner l’animal imité marque un point. Il faut bien entendu se souvenir du nom de la bête en français dont je commence à effacer le nom au fur et à mesure que les mémoires s’affinent.

La fourmi, la tortue et le chat rencontrent un franc succès et sont au hit parade des animaux reconnus en l’espace d’une demi seconde. Par contre, des moues interloquées se forment devant mes prestations évoquant araignée, papillon et girafe. Certainement plus parce que leurs prononciations s’avèrent difficiles que parce que je ne suis pas arrivé à grimper au mur ou à étendre mon cou suffisamment long.

Cette fois-ci, c’est l’équipe de Minea qui l’a emporté. D’une courte tête…!

 

C’est ce genre de petits moments drôles et savoureux qui me fait croire que grâce à des enfants comme Minea, Chandy, Vanny,Sopheaktra, Dara, Meng et plein d’autres, l’avenir du Cambodge pourra peut-être assuré. Et puis, même si on peut penser à tort ou à raison que  la plupart des enfants ne liront pas du Proust ou du Balzac, ils auront en tout cas passé une bonne heure de rigolade. C’est toujours ça de pris.

 

A savoir qui du prof ou des élèves aura le plus rigolé ?

 

J.D

 

 

 

* chkout = fou

 

Par Taramana
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Samedi 14 juin 2008 6 14 06 2008 07:07

Le mois dernier, sous le nouvel abri carrelé de 160 m² aménagé par l’association, s’est déroulée une distribution un peu spéciale pour les enfants. Chacun d’eux reçoit au moins une fois par an un nouveau tee-shirt. Cette année, en plus du tee-shirt, nous avons offert une jolie casquette flanquée du même logo.

 

Ce n’est pas grand chose mais c’est toujours une fête pour les enfants de recevoir des petits cadeaux. En plus, il y en a pour tout le monde. Les petites frimousses n’attendent pas longtemps pour enfiler leur tee-shirt. Personne ne râle que ce dernier soit trop grand ou trop petit. A leur âge, j’aurais bien trouvé un prétexte pour me plaindre. A l’inverse, en distribuant les petits présents, je ne reçois que sourires, saluts et des « Okun okun » qui veulent dire merci merci. Pour le coup, ça fait plaisir de faire plaisir.

 

Ils semblent afficher une certaine fierté à appartenir à une organisation qui leur donne une chance, même minime, d’espérer des lendemains meilleurs. Personne ne peut prétendre à ce jour que tous ces enfants sortiront de la misère car le chemin est encore long et sinueux avant de décrocher un travail qui leur permettra de subvenir aux besoins de leur famille.

Toutefois, ça vaut le coup d’essayer. Nous sommes là avant tout pour les encourager et leur donner confiance dans leur avenir. Dans certains regards des enfants, il se dégage comme une énorme envie de se battre contre l’injustice. Vouloir tout faire pour quitter leur bidonville, étudier pour aller le plus loin possible, donner à sa famille les moyens de vivre décemment, à distance de toutes ces ordures, cafards et autres rats qui les entourent au quotidien.

 

Il est étonnant de constater à quel point ils sont déterminés à être digne de la confiance qu’on leur accorde. Une jeune fille m’a dit un jour en anglais à quelque chose près: « Je suis très heureuse et très honorée que quelqu’un en France que je ne connais pas croit en moi et me donne la chance d’étudier ». C’est vrai que la plupart des jeunes filles issues de milieux défavorisés, dès qu’elles atteignent l’âge de 13, 14 ans voire même plus jeunes, doivent malheureusement arrêter l’école sur décision parentale. Elles doivent s’occuper de la grand-mère malade, ranger la maison, faire la cuisine ou bien tenir un petit stand au marché local. Quand ce n’est pas pour finir dans une usine ou pire, dans un des karaokés de la ville où on ne leur demande pas vraiment de chanter…

 

Pour environ 20 centimes d’euros par jour*, chaque parrain ou marraine offre à un enfant la chance de poursuivre une scolarité normale dans un environnement que l’association tente d’améliorer du mieux qu’elle le peut.

 

Des dizaines d’enfants attendent toujours d`avoir un parrain. Serez-vous prochainement un de     ceux-là ?

 

 

J.D

 

 

 

* prix d’un parrainage après déduction fiscale

 

 

Par Taramana
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Samedi 14 juin 2008 6 14 06 2008 07:02

En préambule à cet article, je dois préciser tout de suite qu’il ne m’est nullement tenu de porter un oeil critique sur une politique gouvernementale d’un pays comme le Cambodge. Mon propos veut simplement  témoigner d’un état de fait qui se passe les jours dans les hôpitaux de la ville ou à la campagne, dans un pays dit en voie de développement. En France, nous sommes connus pour râler contre notre système de santé qui, s’il n’est pas parfait, garantit une couverture médicale pour tous, que la très grande majorité des  quelques  200 nations de ce monde nous envie.

Au Cambodge, pays parmi les plus pauvres du Sud Est asiatique, des enfants meurent tous les jours dans la plus grande indifférence par malnutrition ou par carence de soins.

 

Compte rendu d’une visite dans un des hôpitaux pédiatriques du pays.

 

Pour des raisons évidentes de discrétion, il m’a semblé opportun de ne pas préciser le lieu où s est déroulé ce que je vais vous raconter.

 

Cela se passe dans un service de pédiatrie, en réanimation plus exactement. La première approche en entrant dans le service a déjà de quoi surprendre. Il y a dans une grande pièce 8 lits non séparés par des cloisons en verre comme on pourrait s’attendre à en voir dans tout service de réa. Un ou deux membres de la famille de l’enfant se tient à son chevet, sans blouse ni chaussons de protection. Les médecins tout comme le personnel encadrant portent juste une blouse blanche et éventuellement un masque chirurgical en foulard.

La présence de l’oxygène au mur et quelques appareils de monitoring permettent de rappeler qu’on est supposé se trouver  dans un service dit de réanimation.

 

Je suis là en tant qu observateur. Je me dis que je peux apporter mon aide dans une discussion diagnostique et/ou thérapeutique collégiale dans l’intérêt des enfants.

 

Je ne vous exposerai que le cas de 3 enfants vus successivement dans la même heure.

 

Le premier cas concerne un garçon de 7 ans que j’avais déjà eu l’occasion de voir lors d’une précédente visite quelques jours au préalable. Sans vouloir entrer dans des considérations techniques, l’enfant était entré dans le service de réanimation pour convulsions répétées  alors qu’il présentait des signes cliniques d’une méningite aigue.

Des éléments incohérents dans la prise en charge du dossier se confondent avec de grosses lacunes en terme de prescription d’examens complémentaires.

Par exemple, la ponction lombaire aurait du être faite avant la mise en route d’une antibiothérapie. Il est difficile de retrouver le ou les germes responsables de l’infection si les antibiotiques sont introduits avant le recueil du liquide que l’on veut analyser sur le plan bactériologique.

Des examens biologiques dits standards avaient été demandés et sont toujours en cours une semaine après que la prise de sang ait été pratiquée…

 

En France, le gamin aurait bénéficié d’emblée d un scanner cérébral, voire mieux  d’une IRM (Imagerie par Résonance Magnétique)  qui aurait permis d’étayer le diagnostic à la recherche de la cause de cette infection. On lui aurait certainement administré un traitement antiviral par voie veineuse par défaut en attendant d’avoir les résultats de cette IRM et d’une analyse plus approfondie de la ponction lombaire. Il aurait également bénéficié d’un électroencéphalogramme pour étudier le reste de vitalité de l’activité cérébrale et donner aussi des indications sur l’origine de l’infection.

 

Mais malheureusement, l’enfant n’a pas eu droit à tous ces examens. Faute d’argent. Nous découvrons en fait ce matin, à la grande surprise de l’équipe soignante que le garçonnet est en état de mort cérébrale. On ne peut plus rien faire pour lui. On ne connaîtra pas l’origine exacte de son décès. Il faudrait faire des examens poussés. On n’avait pas l’argent pour pratiquer ces examens de son vivant, on ne va tout de même pas les faire post mortem. Et les facturer à la famille en plus ?

 

Je supporte difficilement le regard de la maman qui ne comprend pas tout ce qui se passe. Elle doit de se douter de quelque chose. Pourtant son enfant est là devant elle, respirant  correctement grâce à la machine et avec une activité cardiaque signalée comme normale.  Mais le cerveau ne marche plus. Depuis  combien de jours déjà ? Nul ne le sait vraiment. Quelqu’un viendra lui annoncer quelques minutes plus tard qu’on ne peut plus rien pour son enfant. Il ne semble pas habituel pour le personnel cambodgien de tenter de réconforter les mamans en pleurs. La douleur physique n’est pas vraiment prise en considération, pas plus que la douleur morale. Je reste sans voix lorsque je m’aperçois qu’un groupe de soignants (dont je ne saurais dire encore s’ils étaient avertis de la terrible nouvelle) prend les mensurations de l’enfant avec un mètre de couturière. Scène surréaliste d’une agitation un peu tardive qui relève plus d’une activité de croque mort que d’un geste compassionnel. Quelque chose doit m échapper, c’est sûr. Une amie médecin fera son possible pour consoler la mère effondrée par le chagrin.

 

A peine remis de la scène, il nous faut enchaîner sur le cas d’un enfant de 2 ans et demie. Je m’aperçois au premier coup d’oeil qu’il a été  sondé et bénéficie d’une oxygénothérapie au masque. Sans même l’examiner, cet enfant présente un faciès douloureux et un problème abdominal sérieux.

Tout porte à croire qu’il présente un problème infectieux à point de départ intestinal. Fièvre à    39 ºC depuis 7 jours, vomissements, pas de selles depuis 48 h et surtout le ventre douloureux à la palpation. Cet enfant mérite un acte chirurgical d’urgence à  n’en pas douter. Les examens complémentaires confortent le diagnostic : une augmentation du nombre de globules blancs et des signes d’occlusion manifestes à la radio de l’abdomen.

Malheureusement, la kyrielle de médecins et chirurgiens qui sont passés successivement au chevet de l’enfant sont passés à  côté du diagnostic et ont privilégié l’hypothèse d’une infection pulmonaire aigue. Je ne sais plus si je dois afficher une mine consternée lorsque j’apprends que le pauvre gamin s’est vu pratiquer une ponction pleurale à la recherche d’une pneumonie virtuelle. Quand on connaît la douleur provoquée par ce type d’examen…

Il ne faut pas avoir fait 9 ans d’études après le bac pour s’apercevoir que l’enfant souffre. Il grimace de douleur, la respiration abdominale est quasi-absente pour diminuer au maximum les insupportables mouvements du ventre. Pourtant aucune prescription d’antidouleur n’est notée sur sa fiche. Au point où on en est…on n’est plus à ça près ! Le chirurgien est rappelé. Il faut agir vite, tout de suite sinon ce sera malheureusement une nouvelle place vacante dans le service avant la fin de la journée.

 

La visite continue. Je dissimule tant bien que mal mon indignation mêlée à une colère intérieure sourde. Force est de constater que nous nageons en eaux troubles. Tout médecin, moi le premier, peut commettre une erreur diagnostique ou thérapeutique. Je me garde bien de prétendre ne pas commettre ou avoir commis  la moindre faute. Peut être que la médecine occidentale que j’exerce me permet de mettre tout en œuvre pour arriver au meilleur résultat possible en terme de prise en charge diagnostique. Ici, j’ai l impression que tout est différent. On fait avec les moyens du bord. C’est vrai qu’au Cambodge il ne suffit pas de claquer des doigts pour obtenir un scanner séance tenante. Cela suggère un transfert de structure hospitalière et puis cela coûte cher un scanner. Qui va payer les 100 dollars de l’examen ? Certainement pas la famille. Ou alors il faudra qu’elle se résigne à vendre un bien de valeur, parfois la maison ou son terrain.

 

Nous arrivons au troisième cas. L’interne nous annonce timidement  un cas de malnutrition sévère pour  un enfant de 6 semaines de vie. En soulevant le drap, on découvre un bébé complètement décharné. Le terne « sévère » associé à malnutrition me parait bien en dessous de la réalité. Il s’agit tout simplement d’un cas de marasme, c’est à dire le stade ultime de la malnutrition avant la mort. Là aussi, la prise en charge est complètement inadaptée. C’est affligeant. A l’incompétence et au manque de moyens, s’ajoute un manque criant de bon sens. L’enfant est arrivé dans le service il y a 4 jours avec un poids de 2,4 kg. Il présente tous les stigmates de l’enfant dénutri au stade avancé : teint grisâtre, yeux creux, côtes saillantes, bref sans rentrer dans les détails cliniques, la mine des bébés très mal en point. Si le monitoring installé pour cet enfant permet de savoir à la seconde son rythme cardiaque et la saturation en oxygène de son sang, personne ne s’est préoccupé de savoir comment avait évolué le poids de l’enfant en 4 jours. Critère primordial dans la prise en charge du problème de malnutrition. Détail pour certains, apparemment.

La solution thérapeutique proposée pour le nourrisson va dans le même sens. Du lait maternisé au biberon. Or l’enfant n’a pas la moindre force pour téter. Un gavage par sonde en quantifiant l’apport calorique et en surveillant scrupuleusement son poids est le seul moyen de le sauver.

 

Je ne sais pas s’il a survécu à ce jour. Pas certain. Une trentaine d’enfants meurent tous les jours au Cambodge dans de pareilles conditions souvent sans même avoir atteint le seuil de l’hôpital. Pas d’argent, pas de soins. On serait presque tenté d’ajouter : et puis à quoi bon si c’est pour confier son enfant à des médecins le plus souvent mal formés, peu concernés, sous payés et disposant de maigres moyens d’action. Parfois des médecins sortent du lot et manifestent une vraie volonté de pratiquer une médecine de qualité.

Le manque apparent de bons sens ne dissimule-t-il pas plutôt une carence éducative ? La rigueur de l’observation, la réflexion diagnostique, l’optimisation de traitements adaptés à la pathologie de l’enfant, la prise de responsabilités semblent faire cruellement défaut chez la plupart des intervenants médicaux. Le manque de formation, le « tout pouvoir » du supérieur hiérarchique qu’il est en principe interdit de remettre en cause, les salaires ridiculement bas du service public sont autant de raisons qui expliquent de tels dysfonctionnements du système de santé.

 

En attendant…ils sont en moyenne 26 000 enfants à mourir dans le monde  TOUS LES JOURS uniquement par manque de soins ou par malnutrition. Personne ne semble s’en émouvoir outre mesure. Ce qui pourrait apparaître comme une injustice criante au regard de ce qui se passe dans le monde est admis comme une sorte de fatalité implacable, immuable et pourtant tellement intolérable. Je ne veux même pas penser à ce que l’on pourrait faire avec le budget d’une seule journée de l’armée américaine dans sa « légitime » guerre en Irak…

 

Au delà du chiffre minime d’enfants dont on peut espérer un avenir meilleur grâce à l’aide apportée par Taramana, tous les intervenants de l’association se doivent de témoigner de ce qui se passe au Cambodge et tenter de trouver des solutions qui aillent dans le bon sens. Gageons que les sensibilisés d’aujourd’hui seront les acteurs de demain sur le terrain.

 

La vie d’un enfant tient à une poignée de dollars au Cambodge. On voudrait  que cela change. Les 3 cas que je vous ai exposés se sont déroulés dans un des meilleurs hôpitaux pédiatriques du pays. Ça fait froid dans le dos. On n’ose à peine imaginer ce qui se passe dans les hôpitaux de province.

Fondons l’espoir d’un changement de qualité des pratiques médicales de ce pays. Les solutions doivent exister…C’est parce que nous en parlerons que les choses bougeront.

Par Taramana
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Samedi 24 mai 2008 6 24 05 2008 17:02

Il est de ces choses surprenantes au Cambodge qu’on n’imagine voir nulle part ailleurs. J’avais envie de vous faire partager une de ces petites histoires qui alimentent mon quotidien à Phnom Penh et qui sortent, vous en conviendrez avec moi, un peu de l’ordinaire.

Cela se passe donc au sortir d’une salle de sports à deux pas du célèbre Wat Phnom, un des plus beaux temples de la capitale qui termine au Nord le grand boulevard Norodom.

Je viens de finir une séance de gym lorsque je découvre avec stupeur que tout le quartier est inondé suite à un très violent orage tropical qui s’était abattu sur la ville comme c’est souvent le cas à pareille époque de l’année. Me voila ainsi bloqué devant l’hôtel où se trouve la salle de sports à me demander comment je vais bien pouvoir rentrer à la guest house. Les motodops (mototaxis) et les tuk tuks sont au chômage technique bien incapables de circuler avec une hauteur d’eau dépassant largement le pot d’échappement. Seuls quelques 4×4 osent s’aventurer dans les rues transformées en gros ruisseaux.

J’attends quelques minutes. Avec un peu de chance, un motodop zélé aura eu le temps de louer une barque ou un canoë et me proposera ses services. Mais ce soir, Phnom Penh ne sera pas Venise.

Il faut donc me résoudre à rentrer à pied. 2 petits kilomètres me séparent de la Rega guest house où je réside, trajet que je fais souvent à deux pattes puisque l’indice de risque du piéton (le fameux IRP) a été estimé pour ce parcours à  1 sur une échelle qui va jusqu’au niveau 5. Pour référence, un IRP à 5 correspond à la traversée du boulevard Monivong aux heures de pointe vers 18 heures. On n’est pas sûr qu’Índiana Jones serait tenté de franchir ce boulevard réputé le plus dangereux du pays. Seuls ceux ou celles qui connaissent Phnom Penh savent de quoi je parle.

Bref, ne comptant pas camper sur le Wat Phnom, je me décide à bouger et sauter le pas…dans l’eau. Je ne vais quand même pas me noyer dans 40 cm d’eau et puis je n’ai pas vraiment le choix si ce n’est d’attendre la décrue qui s’annonce longue. Mes premiers pas me donnent l’impression d’imiter la marche d’un poulet mal réveillé dans une basse cour embourbée tellement j’ai du mal à avancer dans une eau marron sale où débris et poches plastiques flottants viennent vous caresser les guiboles. Je remonte malgré tout la rue qui mène vers le nouvel hôpital pédiatrique Kantah Bopha. A ce rythme, je ne suis pas encore rentré. Je ne vois pas où je marche. Soudain, une vision d’horreur surgit à mes yeux. Je me souviens que les rues de Phnom Penh ne sont pas comme les Champs Elysées à Paris. Il faut faire attention où on met les pieds. A chaque pas, je peux tomber dans un trou ou m’entraver les pieds sur un obstacle imprévu comme il y en a beaucoup dans les rues de Phnom Penh. Ma marche s’est ralentie. Je tâtonne du pied. Le poulet se met à marcher sur des œufs… !

En dix minutes, je n’ai parcouru que 200 mètres. J’échange au loin des regards complices avec deux touristes japonaises à peine plus hardies que moi. Ça doit les changer de Tokyo, c’est sûr. Elles échappent de petits cris stridents frisant parfois l’hystérie à chaque fois qu’un objet flottant vient à les frôler. Gamin dans l’âme, j’aurais bien envie de les effrayer un peu plus en leur faisant croire qu’il y a une grosse bête qui les poursuit derrière elles mais j’abandonne vite cette idée en manquant de déraper et de me retrouver tout de go baignant dans ce marécage urbain. Me voila puni d’avoir de pareilles idées !

Deux officiers de police se tiennent à une guérite au premier croisement que je rencontre. Bien habillés de leur uniforme beige, le galon rutilant, l’œil vif. Ma démarche improvisée de gallinacé semble discrètement les amuser. C’est vrai que je dois faire peine à voir et en même temps, je comprends le comique du spectacle que je leur offre de façon bien involontaire.

Passant à quelques mètres d’eux, je les regarde et leur demande avec humour : « Motodop ? » comme s’il leur était possible d’abandonner leur poste pour me servir de taxi..

C’est alors que l’incroyable se produit. Un des deux officiers se lève et commence à quitter son uniforme. Je pense tout d’abord qu’il veut plaisanter et me faire rire à son tour. Mais pas du tout. En moins d’une minute, voilà notre officier quittant son poste, le sourire aux lèvres, mais pieds nus et juste flanqué d’un simple caleçon rayé blanc et bleu et d’un tee-shirt kaki. Une seconde, je me dis que Marcel Béliveau ne doit pas être bien loin, je suis victime d’une camera cachée.

Mais non, il est 20h30, on est à Phnom Penh et un agent de la force publique vient de se désaper pour enfourner sa moto et me ramener prestement à la guest house!

J’ai encore du mal à y croire aujourd’hui. Toujours est il que le brave homme a bien pris le risque de noyer sa moto pour me ramener à bon port. Si ça, c’est pas Cambodge !? 

Je lui ai donné deux dollars largement mérités pour le service rendu. Il était ravi.

On ne peut imaginer pareille scène en France. Au mieux, on vous jette des pierres pour votre insolence, au pire vous finissez au poste pour outrage à agent.

C’est clair, tout peut arriver au Cambodge. Ce qui est en fait un peu son charme. Et moi l’occasion de vous raconter une anecdote que je ne suis pas prêt d oublier.

Si l’aventure vous tente, c’est ici, à Phnom Penh au Cambodge et nulle part ailleurs !

J.D 

Par Taramana
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 05 2008 20:12

  Le gamin marche vite. Il ne possède pas de crochet métallique comme la plupart des petits chiffonniers de Phnom Penh qui l’utilisent pour mieux farfouiller dans les poubelles de la ville. Il doit donc le faire à mains nues, sans gants. En fait, Dina sait ce qu’il recherche. Des bouteilles plastiques et des canettes en aluminium. Le voilà donc parti le pas décidé à tenter de remplir son sac de jute. Pas si simple de trouver les fameux objets revendables. Il faut dire qu’il n’est pas le seul. D’autres enfants seront passés avant lui pour collecter le même butin. Les rues défilent et le sac ne se remplit pas. De temps en temps, il ramasse ci et là une petite bouteille mais cela ne semble pas être la « cueillette » des grands jours. En France, on a plaisir à partir à la cueillette aux champignons, pour Dina, c’est juste une question de survie.

Dina affiche naturellement une mine triste. Je me doute bien qu’il ne doit pas être très fier d’être contraint à ramasser les ordures pour faire vivre sa famille. Mais il n’a pas le choix. Il doit aller fouiller les poubelles pour gagner les quelques milliers de riels nécessaires à acheter le riz.

Au détour d’une rue, il s’arrête. J’en fais autant. Son regard se perd dans je ne sais quelle pensée. Je demande par l’intermédiaire de Tinath combien il gagne en ramassant les ordures. Cela dépend de la récolte. Les vietnamiens achètent le plastique et l’alu au kilo. Pour une journée pleine de travail, Dina nous confie qu’il perçoit entre 2000 et 3000 riels (soit entre 0,3 et 0,50 euro). Je comprends alors mieux pourquoi il préfère encore les petits boulots de transporteur de sable.

Il est midi. Dina rentre à la maison. Il dépose son sac et va se prendre une nouvelle douche sommaire. Il fait chaud en ce mois de mai. On transpire sans rien faire, alors gambader dans les rues en plein soleil et il vous vient vite des envies d’une petite bière pression bien fraîche.

Le repas vite englouti, Dina enfile son sac à dos : c’est l’heure de l’école. La grand-mère prend le temps de lui donner 500 riels pour son professeur. Dina est en niveau 4, l’équivalent de notre CM1. A son âge, il devrait être en niveau 6. Je le suis jusqu’à son école. Il faut marcher un bon kilomètre pour s’y rendre. Plus de 3000 élèves y sont accueillis. Je rencontre son professeur qui me confie que Dina est en retard. Il ne fournit pas le travail demandé à la maison et n’à pas le matériel scolaire requis. Ses notes sont très moyennes. Je constate qu’il n’arrive pas bien à lire le khmer en comparaison avec les autres élèves de sa classe.

A 17h30, retour à la maison. Il faut préparer le repas du soir. Dina s’y attelle. Il fait savoir qu’il va retourner chercher des détritus recyclables et qu’il aura certainement mangé à son retour vers 20h30. J’apprends que si la ration de riz n’est pas suffisante faute d’argent, Dina doit se résoudre à aller mendier dans les rues de Phnom Penh.

Il rentre éreinté. Il est 20h45. Sa grand-mère et son petit frère sont déjà couchés. Il allume une bougie et ouvre son sac d’école. Il lui faut faire ses devoirs. Au moins essayer de faire quelque chose. On ne voit rien à la bougie dans le noir. Affalé par terre le dos courbé, il griffonne quelques mots en khmer entre deux bâillements.

21 heures. Tombant de sommeil, il range son cahier et se prépare à aller se coucher..

Demain, Dina et son petit frère vont être parrainés. Ce sera bien peu mais leur quotidien va probablement s’améliorer.

Combien sont-ils comme Dina à se retrouver orphelins et propulsé chef de famille avec des responsabilités d’adulte ? Peu importe le chiffre. Cela ne sert à rien de se poser trop de questions.

Je ne pense pas perdre mon temps à aider ces enfants et ces familles en difficulté. C’est surtout grâce aux 120 parrains et marraines en France que cela est possible. Et grâce aussi au travail de toute une équipe en France comme au Cambodge.

A suivre.

 

 

Par Taramana
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Jeudi 22 mai 2008 4 22 05 2008 19:51

 

Dina se lève habituellement aux alentours de 6 heures. Il fait en sorte de ne pas faire de bruit afin de ne pas réveiller son petit frère qui se lèvera un peu plus tard. La grand-mère se réveille souvent en même temps que son petit fils aîné.

Dina va tout d’abord prendre une douche. Celle-ci n’est pas tout à fait comme chez nous. Il s’agit en fait d’une réserve d’eau dans laquelle il puise l’eau avec un récipient en plastique pour s’arroser. L’eau qui stagne dans une sorte de grande jarre provient du fleuve, le Mékong. La jarre est parallèlement alimentée par l’eau de pluie qui arrive via les gouttières de l’immeuble. Le lieu de la douche est insolite. Il est situé à une des sorties de l’immeuble, à peine masqué par un rempart en tôle ondulée. Par pudeur et à l’instar de tous les habitants de l’immeuble qui utilisent ce système de douche, Dina utilise un krama qu’il entoure autour de sa taille avant de prendre sa douche et qu’il fait ensuite séché sur un fil à linge.

Le programme de la journée est rythmé par l’emploi du temps de l’école. En alternance un mois sur deux, Dina va à l’école soit le matin entre 7h et 11h du matin soit l’après-midi de 13h à 17 h. Il n’a ni le temps ni l’argent pour prendre des cours privés.

Ce mois-ci, Dina se rend à l’école publique en deuxième partie de journée.

Je l’ai donc suivi plusieurs matinées de suite pour voir comment il occupait son temps. Après avoir pris un petit déjeuner frugal (souvent une soupe de riz) et attendu que son petit frère Kakada se réveille, Dina commence par nettoyer sa « maison ». Dix minutes doivent lui suffire pour plier soigneusement la moustiquaire, balayer le sol, suspendre au mieux les objets qui peuvent l‘être, histoire de gagner un peu d’espace sur les 2 m² de surface restante puisque la moitié est déjà occupée par la paillasse qui sert de lit, à vrai dire bien peu confortable. Dina entreprend alors toute une série de petites tâches auxquelles se joint volontiers Kakada pour lui prêter main forte. Ils vont ramasser du petit bois pour la cuisson du riz. L’eau non potable puisée dans la jarre doit être bouillie avant de servir à cuisiner. Dina a également la charge de laver le linge de la famille. Au savon et à l’huile de coude. Il va ensuite faire le marché. Le budget est serré. Pas question de traîner aux stands poisson, encore moins à celui de la viande. Ce matin, le panier n’est pas bien lourd : 300 g de riz catégorie 4 (la moins chère bien entendu), quelques liserons d’eau, un navet ou ce qui y ressemble étrangement, une carotte, une petite bouteille de sauce soja, un sachet d’épices, un sachet de chips, quatre friandises gélatineuses que grignotent les enfants à longueur de journée en guise de coupe faim. « Panier de la ménagère » = 3000 riels. Un euro = 6400 riels. Dina vient de faire ses courses pour moins d’un demi euro. Et encore, avec la crise mondiale du riz, le budget nourriture a sensiblement augmenté. Avec la même somme d’argent, il aurait pu acheter 600 g de riz il y a un an contre 300 g désormais. Ces 3000 riels vont donc servir à nourrir 3 personnes pendant deux jours complets en dehors des petits déjeuners pris à proximité de leur cahute.

Je peux facilement compter les côtes de Dina et Kakada. Ils sont maigres et pas bien grand pour leur âge. Leurs cheveux sont fins et cassants avec des reflets roux, signe d’un manque indéniable de protéines dans leur ration quotidienne. J’apprends que quelques voisins compatissants leur portent de temps à autre des œufs issus de leurs poules, des poissons pêchés du jour ou bien encore des fruits, souvent des bananes, des mangues lorsque c’est la saison.

Le budget mensuel du foyer est estimé aux alentours de 45 dollars par mois (environ 30 euros). Pas de loyer, pas de frais d’électricité mais l’accès au point d’eau où Dina se ravitaille pour la cuisson du riz et les douches de toute la petite famille se monnaye 2 dollars par mois. Il faut ajouter le budget nourriture, les frais scolaires et l’achat de quelques articles indispensables tels savon, bougie, charbon de bois quand les deux frères ne trouvent plus assez de combustible pour faire cuire le riz. Autant dire qu’il n’y a pas beaucoup de place pour le luxe. Les vêtements qui se réduisent à quelques tee-shirts, shorts et tongs sont souvent récupérés ou achetés au prix les plus bas. Même troués et en mauvais état, il faudra attendre encore un peu avant de les changer.

45 dollars, ce n’est pas grand-chose mais cela reste une somme à trouver. Dina ne doit donc pas perdre de temps. Si ses petits camarades peuvent rester au lit ou aller s’amuser, lui n’en a pas vraiment la possibilité. Il est de toutes les petites corvées du quartier. Ce matin, il doit transporter des sacs de sable pour la construction d’une petite maison en brique. Une heure et demie de travail sans relâche va lui rapporter 1500 riels (~ 0,25 euros). Il me fait savoir que c’est bien payé en dépit de l’effort fourni. Il est 10 heures. Il décide soudainement de prendre un de ses sacs de jute blanc sale et de partir dans les rues adjacentes pour aller ramasser les déchets recyclables.

Je lui emboîte le pas.


A suivre.

J.D

Par Taramana
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