Dans le district Russey Keo au Nord Ouest de Phnom Penh, le quartier de Boeng Salang fait partie de ceux qui ont une âme. Il me plait ce quartier. Ne me demandez pas pourquoi, j’aurai du mal à vous le dire. Pour s’y rendre, il faut emprunter la route numéro 5 en direction de Battambang et tourner à gauche juste après l’entrepôt de pétrole géré par la Sokimex.
Ce quartier est traversé par une voie ferrée dont on pourrait penser à priori quelle n’est plus en service au vu de l’état peu rassurant des rails qui la composent.
Mais au Cambodge, tout est possible et ce n’est rien de le
dire. A mon grand étonnement, le train passe. Certes, ce n’est pas notre TGV à nous mais plutôt le TPV (Train à Petite Vitesse). On ne sait pas très
bien à quelle heure il passe et à quelle fréquence non plus. A une bifurcation en patte d’oie qui signe le début du quartier, se trouve un petit marché local installé au beau milieu de la voie
ferrée. Des vendeurs de poisson, de viande rivalisent avec leurs homologues de légumes et de fruits en tous genres. Les mouches envahissent le quartier surtout du côté des poissons fraîchement
découpés en tranches ou façon tartare. Si le train arrive, et on l’entend arriver de loin, les stands rapidement installés se défont et se refont aussitôt le passage du train, telles ces
fameuses mouches qui reviennent sur un morceau de viande après un bref balayement de la main pour les faire
fuir.
La scène vaut le coup d’oeil : le train s’annonce au loin avec quelques sifflements retentissants qu’on perçoit
largement quelques minutes avant son passage. Il roule à la vitesse moyenne de 10 km par heure dans un vacarme étourdissant des grincements des roues du train sur les rails rouillés et sinueux.
On se demande s’il ne va pas finir par dérailler un jour. Personne ne semble guère s’en soucier. Je me dois de rassurer mon sentiment d’inquiétude mêlé à une prudence légendaire que certains
n’hésitent pas à requalifier en «peurs viscérales ». Ce serait malgré tout d’autant plus catastrophique que le train transporte des wagons de fuel rasant toutes les maisonnettes en bois qui
font de ce quartier un des bidonvilles les plus atypiques de la ville. Au moindre décrochage et tout le quartier se transforme en un brasier incontrôlable.
Les enfants du quartier sont à l affût. Le passage du train est un de leurs passe-temps favoris de la journée. Sous le regard complice du chauffeur du train, les enfants dont certains sont à peine âgés d’une dizaine d’années, n’hésitent pas à s’agripper sur le rebord d’un des wagons du monstre de fer au péril de leur vie s’il venait à rater leur manœuvre et tomber sous les roues. D’autres munis de poches plastiques récupèrent l’huile dégoulinante de part et d’autre de chaque wagon du train. Ils la revendront probablement quelques centaines de riels au machiniste du train.
Il y aurait un projet de nouvelle route dans le quartier qui remplacerait cette voie ferrée. La plupart des maisons seraient alors détruites et leurs habitants devraient aller trouver logement ailleurs.
L’école Taramana serait épargnée par ce projet mais la moitié des enfants parrainés seraient déplacés dans un quartier sur la route de l’aéroport.
Bonne ou mauvaise nouvelle ?
J.D
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