Dina, 11 ans, chef de famille (troisième partie).

Publié le par Taramana

 Le gamin marche vite. Il ne possède pas de crochet métallique comme la plupart des petits chiffonniers de Phnom Penh qui l’utilisent pour mieux farfouiller dans les poubelles de la ville. Il doit donc le faire à mains nues, sans gants. En fait, Dina sait ce qu’il recherche. Des bouteilles plastiques et des canettes en aluminium. Le voilà donc parti le pas décidé à tenter de remplir son sac de jute. Pas si simple de trouver les fameux objets revendables. Il faut dire qu’il n’est pas le seul. D’autres enfants seront passés avant lui pour collecter le même butin. Les rues défilent et le sac ne se remplit pas. De temps en temps, il ramasse ci et là une petite bouteille mais cela ne semble pas être la « cueillette » des grands jours. En France, on a plaisir à partir à la cueillette aux champignons, pour Dina, c’est juste une question de survie.

Dina affiche naturellement une mine triste. Je me doute bien qu’il ne doit pas être très fier d’être contraint à ramasser les ordures pour faire vivre sa famille. Mais il n’a pas le choix. Il doit aller fouiller les poubelles pour gagner les quelques milliers de riels nécessaires à acheter le riz.

Au détour d’une rue, il s’arrête. J’en fais autant. Son regard se perd dans je ne sais quelle pensée. Je demande par l’intermédiaire de Tinath combien il gagne en ramassant les ordures. Cela dépend de la récolte. Les vietnamiens achètent le plastique et l’alu au kilo. Pour une journée pleine de travail, Dina nous confie qu’il perçoit entre 2000 et 3000 riels (soit entre 0,3 et 0,50 euro). Je comprends alors mieux pourquoi il préfère encore les petits boulots de transporteur de sable.

Il est midi. Dina rentre à la maison. Il dépose son sac et va se prendre une nouvelle douche sommaire. Il fait chaud en ce mois de mai. On transpire sans rien faire, alors gambader dans les rues en plein soleil et il vous vient vite des envies d’une petite bière pression bien fraîche.

Le repas vite englouti, Dina enfile son sac à dos : c’est l’heure de l’école. La grand-mère prend le temps de lui donner 500 riels pour son professeur. Dina est en niveau 4, l’équivalent de notre CM1. A son âge, il devrait être en niveau 6. Je le suis jusqu’à son école. Il faut marcher un bon kilomètre pour s’y rendre. Plus de 3000 élèves y sont accueillis. Je rencontre son professeur qui me confie que Dina est en retard. Il ne fournit pas le travail demandé à la maison et n’à pas le matériel scolaire requis. Ses notes sont très moyennes. Je constate qu’il n’arrive pas bien à lire le khmer en comparaison avec les autres élèves de sa classe.

A 17h30, retour à la maison. Il faut préparer le repas du soir. Dina s’y attelle. Il fait savoir qu’il va retourner chercher des détritus recyclables et qu’il aura certainement mangé à son retour vers 20h30. J’apprends que si la ration de riz n’est pas suffisante faute d’argent, Dina doit se résoudre à aller mendier dans les rues de Phnom Penh.

Il rentre éreinté. Il est 20h45. Sa grand-mère et son petit frère sont déjà couchés. Il allume une bougie et ouvre son sac d’école. Il lui faut faire ses devoirs. Au moins essayer de faire quelque chose. On ne voit rien à la bougie dans le noir. Affalé par terre le dos courbé, il griffonne quelques mots en khmer entre deux bâillements.

21 heures. Tombant de sommeil, il range son cahier et se prépare à aller se coucher..

Demain, Dina et son petit frère vont être parrainés. Ce sera bien peu mais leur quotidien va probablement s’améliorer.

Combien sont-ils comme Dina à se retrouver orphelins et propulsé chef de famille avec des responsabilités d’adulte ? Peu importe le chiffre. Cela ne sert à rien de se poser trop de questions.

Je ne pense pas perdre mon temps à aider ces enfants et ces familles en difficulté. C’est surtout grâce aux 120 parrains et marraines en France que cela est possible. Et grâce aussi au travail de toute une équipe en France comme au Cambodge.

A suivre.

 

 

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PHILIPPE Aurélien 25/05/2008 22:29

Quelle émotion, la suite de cette histoire ne peut pas se lire avec détachement, cette histoire c'est la vie de jeunes enfants et ils ne se plaignent pas...beaucoup de nos jeunes ici en france sont totalement déconnectés de la réalité, sans faire culpabiliser nos gamins, c'est bien de les sensibiliser un peu...
La sensibilisation étant un objectif que Taramana défend, je pense que c'est grâce à ce genre de témoignages que nous autres occidentaux iront, au moins pour une partie, dans le bon sens.
Dans ma famille, passé les doutes sur le sérieux de l'association Taramana (doutes dû aux nombreuses pseudo associations qui ne fonctionnent qu'à but lucratif pour leur fondateurs...), une de mes soeur et ma mère se sont interessées à la vie de Taramana, a force d'en parler j'ai senti naître la même envie de s'impliquer que j'avais ressenti lors de ma décision de devenir parrain.

Aujurdhui lors d'une repas de famille pour la fête des mères, ma soeur ainée, infirmière et mère de 4 filles m'a demandé de vous contacter (ce que je vais faire en mail) pour savoir si il est possible de parrainer un enfant si le chiffre de 150 enfants souhaité par Taramana n'est pas encore atteint. Ma mère, retraitée souhaite en faire autant.

Je vous en parlerai en mail, mais cette petite appartée prouve que la sensibilisation que vous souhaitez fonctionne, je n'ai forcé la main de personne, mais grace aux informations régulières, précises et réelles que vous donnez ici sur ce blog, la nécessité d'agir s'est imposée et le sérieux de taramana rassure.
La communication est la clé de beaucoup de choses, ici c'est a mon sens primordial.
Et vous avez un sacré bon trousseau de clés!

A bientôt, bon courage a vous et merci.

Aurélien.