Inondation au Wat Phnom : ça c’est Cambodge ! / 24 mai 2008

Publié le par Taramana

Il est de ces choses surprenantes au Cambodge qu’on n’imagine voir nulle part ailleurs. J’avais envie de vous faire partager une de ces petites histoires qui alimentent mon quotidien à Phnom Penh et qui sortent, vous en conviendrez avec moi, un peu de l’ordinaire.

Cela se passe donc au sortir d’une salle de sports à deux pas du célèbre Wat Phnom, un des plus beaux temples de la capitale qui termine au Nord le grand boulevard Norodom.

Je viens de finir une séance de gym lorsque je découvre avec stupeur que tout le quartier est inondé suite à un très violent orage tropical qui s’était abattu sur la ville comme c’est souvent le cas à pareille époque de l’année. Me voila ainsi bloqué devant l’hôtel où se trouve la salle de sports à me demander comment je vais bien pouvoir rentrer à la guest house. Les motodops (mototaxis) et les tuk tuks sont au chômage technique bien incapables de circuler avec une hauteur d’eau dépassant largement le pot d’échappement. Seuls quelques 4×4 osent s’aventurer dans les rues transformées en gros ruisseaux.

J’attends quelques minutes. Avec un peu de chance, un motodop zélé aura eu le temps de louer une barque ou un canoë et me proposera ses services. Mais ce soir, Phnom Penh ne sera pas Venise.

Il faut donc me résoudre à rentrer à pied. 2 petits kilomètres me séparent de la Rega guest house où je réside, trajet que je fais souvent à deux pattes puisque l’indice de risque du piéton (le fameux IRP) a été estimé pour ce parcours à  1 sur une échelle qui va jusqu’au niveau 5. Pour référence, un IRP à 5 correspond à la traversée du boulevard Monivong aux heures de pointe vers 18 heures. On n’est pas sûr qu’Índiana Jones serait tenté de franchir ce boulevard réputé le plus dangereux du pays. Seuls ceux ou celles qui connaissent Phnom Penh savent de quoi je parle.

Bref, ne comptant pas camper sur le Wat Phnom, je me décide à bouger et sauter le pas…dans l’eau. Je ne vais quand même pas me noyer dans 40 cm d’eau et puis je n’ai pas vraiment le choix si ce n’est d’attendre la décrue qui s’annonce longue. Mes premiers pas me donnent l’impression d’imiter la marche d’un poulet mal réveillé dans une basse cour embourbée tellement j’ai du mal à avancer dans une eau marron sale où débris et poches plastiques flottants viennent vous caresser les guiboles. Je remonte malgré tout la rue qui mène vers le nouvel hôpital pédiatrique Kantah Bopha. A ce rythme, je ne suis pas encore rentré. Je ne vois pas où je marche. Soudain, une vision d’horreur surgit à mes yeux. Je me souviens que les rues de Phnom Penh ne sont pas comme les Champs Elysées à Paris. Il faut faire attention où on met les pieds. A chaque pas, je peux tomber dans un trou ou m’entraver les pieds sur un obstacle imprévu comme il y en a beaucoup dans les rues de Phnom Penh. Ma marche s’est ralentie. Je tâtonne du pied. Le poulet se met à marcher sur des œufs… !

En dix minutes, je n’ai parcouru que 200 mètres. J’échange au loin des regards complices avec deux touristes japonaises à peine plus hardies que moi. Ça doit les changer de Tokyo, c’est sûr. Elles échappent de petits cris stridents frisant parfois l’hystérie à chaque fois qu’un objet flottant vient à les frôler. Gamin dans l’âme, j’aurais bien envie de les effrayer un peu plus en leur faisant croire qu’il y a une grosse bête qui les poursuit derrière elles mais j’abandonne vite cette idée en manquant de déraper et de me retrouver tout de go baignant dans ce marécage urbain. Me voila puni d’avoir de pareilles idées !

Deux officiers de police se tiennent à une guérite au premier croisement que je rencontre. Bien habillés de leur uniforme beige, le galon rutilant, l’œil vif. Ma démarche improvisée de gallinacé semble discrètement les amuser. C’est vrai que je dois faire peine à voir et en même temps, je comprends le comique du spectacle que je leur offre de façon bien involontaire.

Passant à quelques mètres d’eux, je les regarde et leur demande avec humour : « Motodop ? » comme s’il leur était possible d’abandonner leur poste pour me servir de taxi..

C’est alors que l’incroyable se produit. Un des deux officiers se lève et commence à quitter son uniforme. Je pense tout d’abord qu’il veut plaisanter et me faire rire à son tour. Mais pas du tout. En moins d’une minute, voilà notre officier quittant son poste, le sourire aux lèvres, mais pieds nus et juste flanqué d’un simple caleçon rayé blanc et bleu et d’un tee-shirt kaki. Une seconde, je me dis que Marcel Béliveau ne doit pas être bien loin, je suis victime d’une camera cachée.

Mais non, il est 20h30, on est à Phnom Penh et un agent de la force publique vient de se désaper pour enfourner sa moto et me ramener prestement à la guest house!

J’ai encore du mal à y croire aujourd’hui. Toujours est il que le brave homme a bien pris le risque de noyer sa moto pour me ramener à bon port. Si ça, c’est pas Cambodge !? 

Je lui ai donné deux dollars largement mérités pour le service rendu. Il était ravi.

On ne peut imaginer pareille scène en France. Au mieux, on vous jette des pierres pour votre insolence, au pire vous finissez au poste pour outrage à agent.

C’est clair, tout peut arriver au Cambodge. Ce qui est en fait un peu son charme. Et moi l’occasion de vous raconter une anecdote que je ne suis pas prêt d oublier.

Si l’aventure vous tente, c’est ici, à Phnom Penh au Cambodge et nulle part ailleurs !

J.D 

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Catherine Hua 01/07/2008 17:42

ben oui...... c'est ça qui fait le charme du cambodge...
ah la la...
beaucoup de gens sont simples, gentils et serviables.....
ah la la

PHILIPPE Aurélien 25/05/2008 22:07

Et ben...quand il pleut c'est pas pour rire...anecdote bien sympa en tout cas! Le coup du policier qui se met en caleçon c'est exceptionnel!! Effectivement un tel geste méritait bien une petite récompense...les gens râlent toujours quand ça va pas, mais quand une chose va dans le bon sens c'est bien de la souligner pour encourager. Bien vu.