Les guirlandes fleurissent sur le palier du Centre Taramana. Une odeur de talc parfumé s’en dégage comme par
magie. Suspendus à des poutrelles métalliques, des pots en terre poussent comme des champignons. Quelques ballons en baudruche éclatent ci et là, signes d’une excitation grandissante venant des
enfants qui ont reniflé les préparatifs d’une fête annoncée pour le nouvel an khmer.
Pendant les 3 jours qui
suivent le nouvel an, il est de coutume de s’asperger d’eau et de se balancer du talc à la figure en se souhaitant des « Happy khmer new year ». Les touristes propres sur eux-mêmes
apprécient moyennement ces petits jeux puérils mais ô combien traditionnels. Mon meilleur souvenir
remonte à une expédition que l’on pourrait qualifier de punitive du temps où je travaillais pour PSE (Pour un Sourire d’Enfant) à Siem
Reap. Nous étions une bonne trentaine, adultes et enfants confondus, à s’être sacrifiés dans un camion pick up, partis aux abords des temples d’Angkor pour assouvir notre soif de respecter cette
vieille tradition ancestrale d’arrosage général. Je n’oublierais jamais ce couple de japonais, si heureux et si « sec » avant de nous
rencontrer, qui n’avait pas pensé un seul instant qu’un déluge d’eau allait leur tomber sur la tête. Leur sourire béat et leur air quelque peu interloqué de nous voir si excité à leur approche
s’est transformé en quelques secondes en une mine déconfite et humide. Ce ne sont ni plus ni moins que 100 bons litres d’une eau bien saumâtre du
dernier puits que nous avions croisé qui leur ont été déversés dessus à coups de bassines et autres
pistolets à eau.
A Boeng Salang, la super party pointe le bout de son nez. Au menu, jeux pour enfants, snack, coca à gogo et danse
jusqu’au bout de la nuit. Pour le même budget, les chips et autres biscuits ont été remplacés par un savoureux plat de nouilles cambodgiennes sous la haute direction de la maman de Tinath,
l’animateur en chef de nos folles soirées. Comme d’habitude, les enfants ont revêtu leurs plus beaux habits et les jeunes filles se sont pomponnées
comme si elles sortaient au bal de la mariée.
Aux jeux d’eau se succèdent la course à l’œuf, le ballon de baudruche rempli de talc qui
doit exploser en premier, le jeu des chaises musicales… Pas facile de faire participer tout le monde, les enfants veulent tous jouer et gagner. Ils acceptent de bon cœur d’attendre leur tour et
nous prenons soin de consigner dans un cahier le prénom de ceux et celles qui ont déjà participé. Les rires fusent de toute part, rythmés par la musique khmère mise pour la circonstance. Les 200
plats de nouilles et les sandwichs engloutis, et après un ou deux verres de coca, place finalement à la
danse. Les enfants raffolent de danser sur leurs chansons khmères qui vont du rock au Madison. Quelques intrépides font leur numéro de hip-hop. Plutôt renversant !
C’est vrai qu’on manque rarement l’occasion de faire la fête à Taramana. En plus, on doit célébrer 3 fois le
nouvel an chaque année : le nôtre, le chinois et le khmer. C’est qu’on vieillirait 3 fois plus vite ici…
Saviez vous d’ailleurs que pour les khmers nous fêtons l’année 2553 ?
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