Vendredi 24 juillet 2009

Lors de ma dernière mission au mois de mars dernier, j’ai eu le bonheur d’être accompagné non pas par une mais par deux sœurs.

Ma sœur Fabienne est médecin généraliste comme moi. Responsable du programme de parrainage en binôme avec son amie Lydie, elle se rend 2 fois par an à Phnom Penh pour me prêter main forte pendant 3 semaines. Son dernier départ de Paris a été quelque peu teinté d’émotion.




Il n’y a pas plus organisé en ce bas monde que Fabienne pour dresser des listes de toutes sortes et sa générosité la pousse à partager ces dernières avec ceux  qui ont la chance de partir avec elle. Fabienne a le souci du détail jusqu’à mentionner le petit euro qu’il ne faut surtout pas oublier à la descente de l’avion afin d’avoir le privilège suprême de prendre un caddy à bagages. Il faut tout de même y penser. J’avoue personnellement ne pas trop me soucier de ce genre de détails mais suis plus enclin à vérifier par 10 fois le jour de mon départ, d’avoir mon passeport et mon billet d’avion bien en poche.

 

Toujours est il que, devant nos mines ébahies et déconfites, Fabienne se voit contrainte de rester en rade à l’aéroport devant le comptoir de la compagnie Etihad. Son passeport arrivait à expiration dans moins de 6 mois et c’est un motif suffisant pour refuser son embarquement. Malgré toutes nos protestations, nous sommes bien obligés de monter dans l’avion sans elle. De très bons amis sont toutefois venus la chercher et ont pu résoudre son problème de passeport après une folle matinée passée à la préfecture de Paris. Tant et si bien qu’elle a pu partir le lendemain matin et nous rejoindre à Bangkok où nous l’attendions bien sagement. Par bonheur, nous avions tous notre euro en poche et notre passeport était valide encore des années…!


Pour mon autre sœur prénommée Catherine, QÂT de son nom d’artiste, c’était la première fois qu’elle m’accompagnait. Elle s’était déjà rendue au Cambodge mais pour faire visiter à ses petits sexagénaires de l’Université du Temps libre de Pau, les monts et merveilles du Royaume Khmer. Le but de son voyage cette fois, était de venir nous donner modestement un coup de main sur notre programme de vaccination et de dépistage d’acuité visuelle. Elle avait également l’intention d’évaluer les possibilités de monter un atelier théâtre avec une de ses amies metteur en scène avec qui elle reviendrait plus tard.

Florence, une proche amie de ma sœur Fabienne, médecin également faisait partie du voyage.


Sur plusieurs journées, les enfants ont défilé un à un au Centre Taramana pour tester leur vision devant le trio infernal sus-cité. Occupé à d’autres tâches, j’observais d’un œil bienveillant le déroulement de ce dépistage. Certains enfants paraissaient angoissés de passer le test. Ca ressemblait pour eux plus à un test de connaissances sur leur capacité à reconnaître des objets ou des animaux et à pouvoir ou non les nommer en français. On avait beau leur dire que c’était juste pour déceler leur aptitude visuelle, ils restaient circonspects, les yeux grands ouverts et le nez à quelques empans du carton parsemé d’ombres noires sur fond blanc. Le cadre n’était pas idéal selon moi pour le dépistage. On avait accroché le carton au fond de la cuisine qui n’était pas très bien éclairée et le test devait s’effectuer règlementairement à 5 mètres de distance.

Fabienne devait apprécier les réponses que les enfants donnaient en khmer, mais parlant aussi bien khmer que je parle russe ou japonais, elle s’était pourtant évertuée consciencieusement à maitriser tous les mots de la fiche pour donner une note sur 10 à chacun des yeux testés.

Tout cela se faisait dans une ambiance bon enfant. La plupart se prenaient au jeu et comme par solidarité, certains s échangeaient les réponses pour faire gagner des points aux suivants.


Le bilan était finalement surprenant : une quarantaine d’enfants sur 160, soit le quart des bambins, présentait des difficultés sérieuses à pouvoir lire et reconnaître les objets à 5 mètres. Il avait été ainsi décidé de les emmener chez l’ophtalmologue dans la perspective de leur octroyer des lunettes sur prescription spécialisée.

Me voilà donc parti chaque jeudi dans la clinique du bon Dr Do Seiha accompagner 8 petits myopes ou prétendus l’être. C’est alors que le miracle se produisit. Tous mes petits bigleux défilent devant l’ophtalmo et n’affichent aucune difficulté à identifier les chiffres de différentes tailles qui s’offrent à leurs yeux. Sur les 40 enfants dépistés, seuls 3 auront finalement besoin de porter des lunettes…Miracle, ils ont quasiment tous recouvré la vue !


Quand on regarde mieux les photos prises pendant le dépistage, on a peut être un début d’explication au soit disant miracle.


Si je vous dis par contre que Fabienne sait désormais parfaitement dire en khmer la poule, le serpent ou la banane, on se dit que ça aurait été vraiment ballot qu’elle ne vienne pas cette fois au Cambodge, non ?


Fabienne doit revenir cet hiver pour dépister l’audition des enfants ou leur capacité gustative. Parions qu’elle saura faire reconnaître le gout des différents yaourts qu’elle aura pris soin d’apporter et espérons qu’ils ne soient pas périmés…Allez donc savoir.

J.D

Par Taramana
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