Des décisions pas toujours faciles à prendre.

Publié le par Taramana

BRAK phearom 4Depuis le début du programme de parrainage individuel lancé par  Taramana en 2006, plus de 260 enfants ont été pris en charge par l’association sur des périodes plus ou moins longues. A ce jour, près de 160 enfants sont actuellement toujours parrainés et plus d’une quarantaine d’enfants du quartier de Boeng Salang (souvent leurs frères et sœurs) peuvent accéder gracieusement au Centre pour suivre des cours de langues, s’inscrire à toutes les activités artistiques et sportives proposées et également bénéficier du repas de la cantine du midi.

Il est à déplorer que l’association ait dû, après plusieurs enquêtes approfondies par l’assistant social, prendre des décisions difficiles et souvent douloureuses concernant l’arrêt du parrainage de certains enfants. Pour être parrainé, plusieurs conditions doivent être respectées et en particulier la scolarisation à l’école publique ou l’inscription à une formation professionnelle (FP) . Seul hic : l’accès à une FP nécessite d’avoir au moins validé le niveau 9 (3ème en France).


Les « déparrainages » survenus ces dernières années sont liés, pour la grand019.JPG majorité, au déménagement en province de la famille de l’enfant concerné. La conséquence directe est l’impossibilité d’assurer le suivi scolaire, tout comme la distribution de riz, ainsi que l’accompagnement socio-médical malheureusement. La règle stipulant que le déparrainage devenait systématique au-delà d’un périmètre de 10 kilomètres autour du centre n’a pris effet qu’en 2008, ce qui a valu à une trentaine d’enfants parmi les plus éloignés et les plus anciens d’être maintenus au sein du programme de parrainage.


L’association informe le parrain ou la marraine de France du déparrainage de leur filleul dans les 3 à 4 mois qui suivent la douloureuse décision. Cette dernière peut cependant être révisée selon les circonstances, en fonction des allées et venues de la famille, parfois indécise dans sa volonté ou non de rester en banlieue de Phnom Penh.

SONG meng hour 1Bien entendu, il est toujours proposé aux parrains/marraines de France de parrainer un nouvel enfant du bidonville ou bien d’accéder au programme de parrainage collectif qui finance des projets ad hoc, la formation professionnelle ou les études supérieures des élèves ayant franchi l’étape du baccalauréat. Il est parfois difficile pour le parrain de France d’accepter le « deuil » de sa relation avec son filleul exclu de l’association et on le comprend aisément. Mais dans la plupart des cas, l’association se réjouit de compter des parrains compréhensifs et toujours prêts à soutenir des enfants dans le besoin avec le contrôle direct et nécessaire, voire indispensable, que nous opérons par le biais de l’équipe cambodgienne et du Directeur français présents sur le terrain.

Outre la raison géographique, la seconde raison qui nous conduit à stopper le parrainage de l’enfant est la conséquence du choix de la famille de déscolariser leur enfant pour l’envoyer travailler et ramener un salaire aussi modeste soit-il à la maison. Dans un milieu où la famille survit au quotidien plus qu’elle ne vit, l’aide apportée par Taramana est alors considérée par les parents comme insuffisante. Nous ne pouvons cependant qu’essayer de les convaincre de maintenir l’enfant en milieu scolaire.


philippe-0409.JPGLes parents ne savent pas trop ce qu’ils vont manger le soir même ou le lendemain. Certaines familles croulent sous des dettes contractées avec des intérêts faramineux de l’ordre de 10 à 20% par mois. Autant dire qu’ils éprouvent toutes les peines du monde à rembourser les intérêts du mois sous la pression tenace d’usuriers peu scrupuleux.

C’est la raison pour laquelle, un salaire de plus venant d’un adolescent en âge d’aller travailler à l’usine (textile pour les filles, bâtiment pour les garçons) n’est pas du luxe. Nous ne pesons pas lourd dans la balance pour dissuader la famille d’avoir à prendre la bonne décision pour leur enfant, pourtant destiné à un avenir prometteur. Malheureusement, il nous faut accepter nos limites et vivre avec.

Depuis 7 ans que l’association existe, nous devons quand même nous réjouir d’une chose pour ces enfants : ils auront suivi une scolarité plus longue que leurs aînés, auront passé de sacrés bons moments au sein de l’association, et auront bénéficié d’un apport médical et nutritionnel non négligeable. La porte du Centre ne leur sera jamais fermée et rien n’exclut de revenir en arrière et d’étudier, si besoin, une nouvelle situation pour eux.


Comme pour beaucoup de choses, nous nous devons de faire mieux avec le temps, d’améliorer ce qui est possible de réaliser à la hauteur de nos moyens et de nos forces. Il est prévu, dans les prochaines années, de mettre plus de moyens pour une meilleure orientation des enfants et ainsi les aider à suivre une carrière professionnelle plus ambitieuse que celle projetée par leurs parents. Cela sous-entend un meilleur travail de proximité, avec une plus philippe-1402.JPGgrande implication des familles dès le début du parrainage, afin de les convaincre d’une feuille de route pour leur enfant. C’est un travail de communication et d’information. L’accès au micro-crédit, l’information sur l’épargne, le rapprochement avec des structures publiques ou privées  participant à la formation professionnelle,  ainsi que le renfort de nos partenaires financiers sont autant d’enjeux futurs pour Taramana, afin d’éviter l’échec du déparrainage des enfants. On peut avoir raison d’être optimiste car ce jeu là en vaut bien la chandelle.

 

J.D

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