Enquêtes sociales au cœur des familles (2ème partie)

Publié le par Taramana

ENQUETES 3371L’organisation des enquêtes sociales se déroulait selon un schéma bien établi : le matin était consacré aux visites des familles, l’après midi à la rédaction des documents PEF et LAP sur ordinateur qui prenait autant de temps sinon plus que la visite elle-même.

 

Je suis particulièrement volontaire pour aller au cœur des familles et refaire le point avec elles. Cela me permet de mieux les connaître et d’évaluer au plus juste leurs besoins. Je suis toutefois gêné de devoir recourir à un une batterie de questions plus ou moins indiscrètes sur leur mode de vie. Je ne suis pas le seul d’ailleurs car je dois obligatoirement passer par un traducteur khmer. Je me demande toujours si mes questions sont retranscrites fidèlement ou bien si l’intermédiaire bilingue ne prend pas le soin de mettre les formes. C’est d’autant plus ENQUETES 4106probable que la scène se déroule le plus souvent dehors, à la vue de tous les voisins qui ne manifestent aucune gêne à venir partager les réponses. Personne ne semble s’en offusquer outre mesure mais jusqu’à quel point. Je suis toutefois surpris que les mamans ou les grands mères prennent les devants en évoquant sans la moindre gêne leurs problèmes médicaux ou leur endettement. Tout le monde a bien compris que nous n’étions pas là poussés par une malsaine curiosité ou pour faire je ne sais quelles statistiques mais pour bel et bien apporter une aide conséquente aux enfants et à leurs familles.

 

Certains jours sont plus difficiles que d’autres. Je suis parfois effaré de constater l’ampleur des problèmes que cumulent quelques familles. A croire que le sort a définitivement décidé de s’acharner contre eux.

Le plus saisissant à mon avis est de voir leur faculté apparente à surmonter les épreuves. C’est l’exemple d’une mère qui vit avec ses 3 enfants en bas âge sous la maison de la belle mère qui a ‘’généreusement’’ accepté de prêter un abri de fortune pour 4 personnes: il s’agit de quelques planches en bois sous une maison sur pilotis avec un espace de vie d’à peine 3 mètres carrés. Même l’ancien squat de Dina (cf http://taramana.over-blog.org/article-19344003.htm) paraissait ‘’plus spacieux et confortable’’ en comparaison avec ce cagibi où la ENQUETES-4129.JPGhauteur maximale ne dépasse pas le mètre. On ne peut imaginer des enfants de 2 – 3 ans à peine vivre dans des conditions aussi rudimentaires. J’apprends avec stupeur qu’à la saison des pluies, l’eau effleure le plancher du refuge de fortune. Seule la moustiquaire fait office de protection la nuit. Les voleurs auraient tôt fait de cambrioler la maison en deux temps trois mouvements puisqu’il n’y a rien à soutirer en dehors de quelques ustensiles de cuisine et quelques vieux habits suspendus. La maman affable nous raconte les difficultés qu’elle rencontre à soigner ses enfants quand ils tombent malades. Pas de quoi acheter le moindre médicament ou alors les petites gélules vertes ou bleues made in China dont on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans si ce n’est de la poudre de perlimpinpin. La maman est contrainte de laisser ses enfants lorsqu’elle part au travail sous la surveillance approximative de ses voisins. Le salaire est maigre : l’équivalent de 40 euros par mois en travaillant 50 h par semaine voire davantage selon les envies du patron chinois qui exploitent ses employées de façon éhontée. Bien entendu, aucune banque ne veut prêter de l’argent à cette mère pas plus qu’au trois quart de la population de Boeng Salang. Elle me confie qu’elle n’a ENQUETES 4306d’autre recours que d’emprunter de l’argent à un usurier du coin, un de ces policiers véreux ou un haut militaire gradé qui roule en Lexus rutilante à 100 000 euros l’unité. Je suis littéralement outré lorsque j’entends que cette maman ayant à peine de quoi nourrir ses enfants doit débourser 20$ par mois pour une dette de 100$, soit 20% d’intérêt mensuel, ce qui représente quasiment la moitié de son salaire. Et le montant de la dette peut rester ainsi pendant des années. C’est affligeant de voir que les plus nantis profitent de la vulnérabilité des plus déshérités sans aucun scrupule, sans la moindre honte.

 

Et malgré tout, en dépit de ce gouffre de misère sans fin, cette mère garde toujours le sourire aux lèvres. Ce n’est qu’un leurre en réalité, je l’ai croisé quelques fois en train de pleurer quand ENQUETES 4310trop c’est trop. D’où vient la force qu’elle droit trouver pour surmonter les problèmes du quotidien ? Combien de familles vivent dans des conditions aussi précaires ? Quelles solutions durables peut on apporter à ces familles si vulnérables dont on voudrait tellement effacer toutes leurs dettes ? En avons-nous les moyens ?

Bien entendu, notre passage auprès de ces familles se concrétise par une aide d’urgence quand il s’agit de les reloger ou de les soigner pour des situations qui semblent prioritaires. C’est ainsi le cas de cette dame qui s’est vue reloger quelques temps après notre venue dans une maison de 25 mètres carrés avec 4 murs, un toit et une porte qui ferme. La ration de riz a été augmentée sensiblement ainsi que l’enveloppe mensuelle destinée encourager l’enfant parrainé à être assidue à l’école publique puisque cette dernière n’est pas gratuite.

Côtoyer toutes ses familles en difficulté me permet de relativiser les petits soucis de la vie ENQUETES 4282quotidienne. Cela ne m’empêche pas de râler pour des broutilles ou pour des frustrations minimes liées à mon tempérament bien connu d’eternel insatisfait et de fonceur. Il y a toutefois une petite sonnerie qui retentit dans ma tête pour me rappeler que je devrais avoir honte de me plaindre quand je repense à ce que je vis aux cotés de ses familles. On n’en fera jamais assez et on  fait déjà ce que l’on peut pour tous ces enfants. Leur bonne humeur et leur joie de vivre quasi permanentes me dopent pour vouloir en faire toujours davantage.

C’est le but que je me suis donné en France : montrer par l’image et le son les conditions de ces vies des enfants cambodgiens qui ont précocement compris qu’on ne peut s’en sortir qu’en étudiant et en donnant le meilleur de soi même. Les études ne sont pas gratuites, le docteur, l’hôpital, les médicaments se paient cash sinon on souffre en silence en espérant que cela passe tout seul. Rien n’est gratuit en fait et le gouvernement ne dispense pratiquement aucune aide sociale, aucune assurance chômage, vieillesse,…Je rêve de m’arroger le pouvoir de faire une grande braderie de toutes ces voitures de luxe avec des plaques STATE et  RCAF qui encombrent les artères de Phnom Penh et financer un programme d’action sociale avec. J’ai bien peur qu’on me dise que je suis tombé dans le grand chaudron de l’utopie…

Si on ne veut pas finir chiffonnier, mendiant ou dans les bars sordides à la proie de touristes pervers, une seule issue possible : étudier.

Encourager et valoriser ces enfants est donc notre unique souci pour augmenter leurs chances d’obtenir un métier convenable et d’avoir en tout cas un avenir un peu meilleur. Apparemment, ils l’ont bien tous compris et c’est là l’essentiel.

L’aventure continue…

 

J.D

 

 

 

 

 

 

 

 

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