Taramana et le petit miraculé

Publié le par Taramana

P1020792.JPGIl était une fois un petit bébé qui dormait au fond de son hamac…

Cela pourrait commencer comme un conte de fée comme savait si bien les imaginer Perrault ou les frères Grimm.

En fait, c’est l’histoire d’un nourrisson âgé d’à peine quelques mois que l’on a découvert presque fortuitement agonisant dans un hamac au-devant d’une des maisons où Taramana soutient une famille. Alors que nous effectuions une enquête sociale de quartier, une de nos bénévoles les plus alertes, Luedwine avait découvert un bébé grisâtre, abattu, apparemment complètement déshydraté, gisant au creux d’une couverture et balancé dans un hamac en bien piteux état. A quelques pas de là, affairé auprès d’une autre famille que Taramana soutient également, je suis donc interpelé par Luedwine qui semble en panique devant la situation de l’enfant moribond. Effectivement, le nourrisson paraît mal en point. Il semble chaud et ne pas trop réagir aux différents stimuli que je lui prodigue. Le biberon situé à quelques centimètres de sa bouche est vide et je suis persuadé qu’il n’a déjà plus la force de téter. Il faut agir vite si on veut le garder en vie. Branle-bas de combat à PRO-THY 0599l’association. Décision est prise de le prendre en charge immédiatement avec achat de biberons plus adaptés, eau en bouteilles et lait maternisé. Moi qui revendique à qui veut l’entendre qu’à Taramana nous ne sauvons personne mais apportons juste notre modeste aide, il s’agit pour le coup de faire son possible en un temps record pour éviter un drame dans cette famille apparemment complètement démunie. Un rendez-vous en consultation pédiatrique avec notre  amie, le Docteur Isabelle Mouzard est pris en urgence.

Je suis effaré quand je découvre la mixture préparée et donnée au bébé en guise de lait de croissance : une infâme soupe de riz infestée de fourmis. Pas étonnant que l’enfant se retrouve déshydraté. Combien de jours ou même d’heures aurait-ilPRO-THY 0598 encore tenu avec cette soupe ? C’est là où je prends conscience des difficultés de prise en charge des familles les plus démunies pour faire face à une situation aussi dramatique. C’est la grand-mère qui est en charge du nourrisson. Son fils est mendiant et aveugle, ce qui ne l’a pas empêché paradoxalement d’avoir 5 enfants, apparemment avec plusieurs femmes. La consultation avec Isabelle est rassurante. Il est affaibli et déshydraté mais tous nos efforts pour le réhydrater se sont avérés payants.

PRO-THY 0631-copie-1Nous apprenons quelques jours après que la mère voulait vendre le bébé pour 300$ TTC (soit 230 euros). Elle a quitté le foyer je ne sais pour quelle raison mais le chef du village nous a assuré qu’il fallait que le bébé soit gardé par la grand-mère et le papa. Après une semaine de réhydratation intensive, le nourrisson a repris toutes ses couleurs de bébé comme on les aime. Je remarque qu’il a un regard vif et il semble très éveillé pour son âge : 3 mois. Fait troublant, c’est un bébé qui ne pleure jamais. Ou alors je ne suis pas là pour le voir ou l’entendre. Quand je vais lui rendre visite avec Sam Ol, le manager général qui s’occupe de l’approvisionnement régulier en boîtes de lait en poudre, eau, c’est une véritable troupe d’enfants du centre qui nous emboîte le pas et vient vérifier que tout va bien. Le marmot est devenu malgré lui l’attractionSAM 1440 du quartier. La grand-mère est aux anges. Elle sait que son petit fils a une chance de s’en sortir avec notre intervention. C’est alors que se produit un moment très émouvant pour moi : la vieille dame dans un khmer que je ne comprends pas tout de suite me montre du doigt et fait dire à Sam Ol qu’elle veut bien me le confier mais uniquement à moi. Je suis touché du geste de confiance mais me voilà bien embarrassé pour décliner l’offre. Après un moment de doute où je m’imaginais avoir la charge de l’enfant et devoir quelque peu réorganiser ma vie, je retrouve vite mes esprits et assure la grand-mère que je préfère largement que l’enfant reste dans sa famille et que nous ferons tout notre possible à Taramana pour assurer le bien-être du bébé.

 SAM 1424-copie-2Sur ces paroles, nous décidons ensemble du prénom de l’enfant : il s’appellera Pro Thy. Cela sonne bien : le petit Pro Thy. J’en deviens le parrain d’honneur, rôle qui me convient beaucoup mieux en la circonstance. Il est décidé d’acheter un nouveau hamac, de nouveaux vêtements, un stérilisateur de biberons, des tétines et autres petits accessoires utiles pour l’enfant. On poussera la folie à lui acheter une petite charrette un peu trop grande encore pour lui, mais je sens bien qu’il va vite grandir le bougre.

Je m’inquiète des conditions de vie de l’enfant. La maison n’est pas très sécurisée comme la grande majorité en fait des maisons du bidonville. Les trous entre les planches en bois du plancher me font peur. Cela craque un peu trop àSAM 1434 mon goût quand on y marche à plusieurs. Au fond de la maison, il y a certes une magnifique vue sur le champ de liserons d’eau mais c’est en fait en dessous de la verdure un ignoble cloaque de boue et de déchets nauséabonds. Je me mets alors à donner des conseils de sécurité via Sam Ol pour me tranquilliser. Et la grand-mère de me regarder comme si je la prenais pour une demeurée après tous les enfants et petits-enfants qu’elle a déjà élevés.

Trois mois ont passé durant l’été où je me trouvais en France. Je suis tout heureux de retrouver le petit Pro Thy en pleine forme fin septembre, pas potelé comme les bambins de chez nous, P1040447-copie-1mais certainement dans la norme locale. Il est mignon comme tout avec plus de cheveux qu’avant. Par contre, il a appris à pleurer, le galopin. Il ne tient pas plus que ça à rester dans mes bras ne réclamant apparemment que ceux de sa grand-mère. Il me fait toutefois des sourires et a toujours son air éveillé. Il aura un an le mois prochain ou dans deux mois, personne ne sachant vraiment sa date de naissance. Comme plus de 90% des enfants de Taramana d’ailleurs. Allez, on va faire en sorte que le petit Pro Thy devienne grand et s’épanouisse du mieux possible au sein de la famille élargie de Taramana.

Normalement, on ne commence pas le parrainage d’un enfant avant l’âge de 5 ans. Ne faut-il pas faire une exception pour confirmer la règle ? Voilà chose faite et j’en suis un parrain fort heureux.

 

J.D

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