Nicolas, raconte-nous une histoire…
C’est un peu comme à la dernière séance d’antan. Il semblerait qu’il y ait un rendez-vous à ne pas manquer au Centre Taramana en ce vendredi un peu particulier.
Les cours du matin et de l’après midi ont été annulés à la demande de Sam Ol, le manager général. Visiblement, il se prépare quelque chose, quelque chose d’exceptionnel. Les enfants le savent, leur excitation ne laisse aucune place au doute. Le brouhaha ambiant qui règne parfois au rez-de-chaussée est amplifié par l’annonce de la venue d’un personnage un peu énigmatique : Nicolas le conteur. Ce quinquagénaire, que l’on pourrait prendre pour le sosie de Gérard Klein, a une passion : celle de raconter des histoires extraordinaires aux petits comme aux grands. Deux séances d’une heure sont donc prévues aujourd’hui au Centre Taramana pour le plus grand plaisir des enfants, vite résolus à abandonner les tabourets de leur cours de français ou d’anglais pour venir profiter de ce spectacle inédit, assis par terre sur des nattes installées sur la grande terrasse du bâtiment.
Nicolas n’est pas venu tout seul. Si certains enfants ont fait d’énormes progrès en français, ils n’en sont pas encore à suivre une histoire narrée dans la langue de Molière. Même après quelques mois passés au Cambodge, Nicolas ne maîtrise pas non plus suffisamment le khmer pour interpréter ses contes dans la langue locale. Mais il a eu par contre l’ingénieuse idée de recruter un
fort sympathique étudiant en médecine cambodgien pour assurer la traduction en khmer. Polen s’est rapidement familiarisé avec les expressions de son maître conteur et connaît désormais quasiment toutes les histoires par cœur pour les avoir déjà répétées maintes et maintes fois auprès d’autres structures associatives de Phnom-Penh. Le binôme fonctionne à merveille. A peine le premier conte entamé, un silence implacable a envahi la terrasse du centre,
uniquement perturbé par les voix du duo narrateur. C’est amusant de voir la traduction simultanée assurée par Polen qui met tout son cœur à interpréter les histoires féériques avec énergie et passion. Les mimiques sont là, le geste est précis et le regard vif et brillant. L’étudiant jubile à se mettre en spectacle, ce qui est paradoxalement assez inhabituel chez les jeunes
cambodgiens plutôt réservés et effacés en public. On se demande parfois si la traduction n’est pas un peu fantasque ou arrondie sur les angles à en croire le texte qui paraît beaucoup plus long que l’initial. Toujours est-il que les enfants sont captivés, certains bouche bée. Ils ne veulent pas en perdre une miette. Et oui, dans les contes de Nicolas, la fourmi a plus de poids qu’un éléphant, les animaux chantent et parlent entre eux, les oiseaux sortent des boîtes comme par magie pour y revenir le temps d’un vol d’espoir et de liberté.
Les enfants sont également invités à participer aux bruits de la jungle et à crier plus fort pour donner vie et forme aux personnages. Comme pour mieux captiver l’attention des enfants, chaque histoire est
ponctuée par une musique produite par Nicolas, manipulant des instruments insolites venus d’un autre temps. Le son produit ajoute à l’ambiance féérique qui s’est installée en dépit de la chaleur étouffante qui règne en ce mois de mai.
Pour finir, Polen, Nicolas et sa femme Isabelle ont offert aux enfants la possibilité de jouer de ces instruments originaux. Tout d’abord timides et observateurs incrédules face aux objets faiseurs de sons ensorcelants, les bambins se sont mis à les toucher puis à
tenter d’en sortir des mélodies. Chacun semblait heureux de composer quelque chose plus ou moins mélodieux. Les rires fusaient de toutes parts et les deux compères avaient réussi, une fois encore, leur pari : transporter, ne serait-ce qu’une heure, les enfants dans un autre monde, celui du rêve magique.
Pari réussi. Bravo messieurs!
J.D