Caméra au poing au cœur des bidonvilles / 27 juillet 2008
I
l est de ces objectifs prioritaires que je me suis fixé dés le départ : sensibiliser l’opinion publique sur ce qui se passe au Cambodge.
Témoignage de plus d’un médecin en mal de sensations fortes diront certains, énième récit d’un pseudo aventurier qui a fuit la routine du quotidien français crieront d’autres. Peu importe. Si dans mon imaginaire, j’arbore fièrement une virtuelle panoplie de Don Quichotte voulant combattre peu ou prou les injustices de ce monde, je me suis très vite rendu compte de la relative portée de mon action.
J’ai depuis longtemps banni un vocabulaire des gens qui viennent de France ou d’ailleurs en qualifiants leurs actions avec des mots comme « sauver », « indispensable », « vital », « mieux que les autres ». Ce sont souvent ces mêmes personnes tenant ce genre de discours qui passent une semaine ou deux sur place au Cambodge, dorment le soir à Phnom Penh dans des hôtels 5 étoiles à 400 dollars la nuitée et repartent en France avec le discours humanitaire bien ficelé et l’appareil photo rempli de clichés les montrant avec les petits miséreux dont ils pensent que leur avenir dépend d’eux. Foutaise.
Je n’aime pas le terme « humanitaire » liée au mot action. Il fait pompeux et prétentieux. Restons modeste. Je dois l’avouer le premier. J’ai plaisir à me rendre utile pour toutes ces familles à qui on apporte un certain réconfort. On aurait toujours envie d’en faire plus pour un plus grand nombre d’enfants. Avec d’autres amis qui sont venus sur place, on partage la même idée que l’on reçoit bien plus qu’on ne donne.
A mon retour en France, je n’ai qu’une seule envie, c’est de convaincre un maximum de personnes que tout le monde peut changer le cours des choses. Pas forcément au Cambodge. On peut commencer autour de chez soi ou dans d’autres pays. Il n’y a que l’embarras du choix pour se rendre utile. Ce n’est pas réservé à une élite, médicale ou autre, il faut juste en avoir l’envie et quelques moyens.
Rien de mieux que de communiquer cette envie au travers de documentaires vidéo réalisés sur place. C’est génial de pouvoir produire des petits films ou des clips pour essayer de sensibiliser tout un chacun. Bien sûr, on reste dans le domaine du tournage artisanal à moindre frais, loin du monde professionnel et de son cortège de techniciens de tout bord. Mais quand on aime ça et qu’on veut bien faire, on y met tout son cœur. C’est ce que j’essaie de faire sans prétention aucune. Grâce aux actions de l’IFAS (Institut de Formation des Aides Soignants de l’hôpital d’Arcachon), un ou deux petits films de sensibilisation vont bientôt voir le jour. Après 8 mois de tournage discontinu, il est venu le temps du montage vidéo et ce n’est pas une mince affaire pour tous ceux qui ont approché cette expérience.
Un premier film retracera la vie de Dina (que vous avez pu suivre sur le blog) en fil conducteur, ponctuée par le travail des enfants des rues ou des chiffonniers de Phnom Penh. Un autre montrera plus spécifiquement la vie dans le bidonville de Boeng Salang et les actions de l’association au profit des enfants défavorisés de ce quartier que j’ai adopté.
Je dois saluer la performance de Dina qui s’est révélé être un bon acteur dans le sens où il ne devait pas se préoccuper de l’équipe de tournage qui le suivait du matin au soir sur plusieurs journées. La teneur des interviews qu’il a bien voulues m’accorder dénote de toute évidence un degré de maturité et un niveau de responsabilité qu’on n’imagine pas retrouver pour un enfant de 11 ans.
Peut-on rêver un jour que les enfants en âge de Dina prennent conscience de leur situation et se bougent à leur tour pour qu’à terme on ne voie plus des enfants aller ramasser les ordures dans la rue pour faire vivre leur famille ?
La Déclaration des Droits de l’enfant est-elle juste un simple papier édicté il y a plus de 40 ans pour que nos pays occidentaux se donnent bonne conscience ?
J.D