Dimanche 3 mai 2009

La sonnerie retentit au Centre. Il est 13 heures. Les élèves se rangent en colonnes sur le palier en attendant que leur professeur les fasse rentrer en classe, si possible dans le silence. Aujourd’hui je dois remplacer Piseth, absent pour cause d’accident de la circulation. Je ne boude pas mon plaisir car c’est toujours une récréation pour moi que d’aller prendre les commandes temporaires d’une classe, surtout en français. Les élèves semblent ravis. Ils me connaissent et savent à l’avance qu’il va y avoir du spectacle. Accessoirement ils vont pouvoir apprendre quelques mots de vocabulaire ou une nouvelle règle de grammaire.

J’improvise le programme du jour : révision des questions usuelles de présentation et  calcul mental en français. Après plus d’un an d‘enseignement, je suis soulagé que les élèves aient  fait de réels progrès. Les réponses deviennent plus automatiques, la prononciation plus compréhensible. Certains sons comme le  « u » ont la vie dure et ne sortent de la bouche de certains que sous le son « ou ». On danse toujours en « toutou » plutôt qu’en « tutu » et les « cucu la praline » sont de gentils « coucous la praline ». Après le  succès rencontré par l’indémodable virelangue  « Tonton, ton thé t a-t-il ôté ta toux ? », j’ai bien envie de me risquer à « Coco le concasseur de cacao qui courtisait Kiki la cocotte ». Il faut surtout que j’arrive moi-même à le prononcer rapidement sans me tromper sinon je ne suis plus crédible. Ce qui demande un certain entraînement personnel, il faut bien l’avouer.

Il est vrai que je dois me distinguer des professeurs khmers traditionnels qui ne laissent pas beaucoup de place à la pitrerie. La salle de classe devient pour moi comme une scène de théâtre où j’essaie de faire passer un message éducatif. C’est d’ailleurs valable aussi bien pour l’enseignement des langues que lors de mes conférences en France pour sensibiliser les écoles. Je dois avouer que mon métier de médecin ne laisse guère de place à la fantaisie.


Je retrouve ainsi toute liberté au Centre Taramana pour mettre un peu de gaieté et de légèreté dans mes prestations d’enseignant intérimaire. Et ce ne sont pas les enfants qui s’en plaignent. Une baguette à la main droite et un stylo Velleda dans l’autre et me voilà chef d’orchestre d’un cours de français qui va être tout sauf ennuyeux pour les élèves.

Parfois, prenant mon ton le plus sérieux,  je m’amuse à poser une question difficile en leur faisant croire qu’’ils peuvent y répondre sans problème. Tout d’un coup, plus un bruit. Tout le monde plonge le nez dans son cahier en tentant de me donner l’impression d’être occupé à réfléchir. Après quelques secondes d’un silence de mort, je procède à la désignation de celui ou de celle qui doit répondre à la question posée. Façon professeur Elie Kakou, je brandis et tournoie ma baguette en l’air un certain temps. Ça ne rigole plus du tout. Les élèves sont devenus hyper myopes. Tous ont la tête baissée comme s’ils tentaient d’éviter le coup de baguette que je suis prêt à envoyer au hasard. Ce n’est plus le nez qu’ils ont dans le cahier, c’est tout le visage.  Après avoir esquissé un mouvement vers la gauche, je finis par désigner un élève sur la droite en vociférant un cinglant « Toi !! ». Le malheureux avait trop vite relevé la tête  et se croyait à l’abri d’être désigné. C’est le  jeune Vuthny. Comme de tradition, il se lève et avale sa salive. Je sens bien qu’il se demande pourquoi il a été élu à l’insu de son plein gré.   Comme la réponse tarde à venir, je me rapproche doucement de lui avec un air réprobateur.

Bien soulagés de ne pas avoir été choisi, les autres élèves  ont retrouvé leur sourire et se demandent à quelle sauce ce pauvre Vuthny va être mangé. Je tapote la baguette dans le creux de ma main, signe d’une fausse impatience. J’approche alors le stylo Velleda de sa bouche en guise de micro. Ce dernier a bien compris qu’il était pris dans une de mes scènes favorites de faux méchant et qu’il ne risquait absolument rien. Il se met à rire et réussit en plus à me donner la bonne réponse.

Je finis le cours par une compétition de calcul mental. Il s’agit d’être le plus rapide et de me donner la réponse en français. C’est la cohue des doigts levés. Je suis surpris de les savoir aussi doués. Je complique la chose en leur soumettant la table de 11 pour élargir les réponses jusqu’à 1000. J’entends les réponses en khmer mais ça se complique un peu plus pour les réponses en français. Vuthny se montre à son aise à ce petit jeu et a d’ailleurs été reconnu comme meilleur élève de français de son groupe pour le premier trimestre.


La sonnerie retentit à nouveau.  Il est 14 heures. Je libère les élèves qui ne manquent pas de me saluer en quittant la classe. Epuisé, je suis toutefois satisfait de ma prestation du jour.

Prêt à recommencer demain !

 

J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 30 avril 2009

Les guirlandes fleurissent sur le palier du Centre Taramana. Une odeur de talc parfumé s’en dégage comme par magie. Suspendus à des poutrelles métalliques, des pots en terre poussent comme des champignons. Quelques ballons en baudruche éclatent ci et là, signes d’une excitation grandissante venant des enfants qui ont reniflé les préparatifs d’une fête annoncée pour le nouvel an khmer.

Pendant les 3 jours qui suivent le nouvel an, il est de coutume de s’asperger d’eau et de se balancer du talc à la figure en se souhaitant des « Happy khmer new year ». Les touristes propres sur eux-mêmes apprécient moyennement ces petits jeux puérils mais ô combien traditionnels. Mon meilleur souvenir remonte à une expédition que l’on pourrait qualifier  de punitive du temps où je travaillais pour PSE (Pour un Sourire d’Enfant) à Siem Reap. Nous étions une bonne trentaine, adultes et enfants confondus, à s’être sacrifiés dans un camion pick up, partis aux abords des temples d’Angkor pour assouvir notre soif de respecter cette vieille tradition ancestrale d’arrosage général. Je n’oublierais jamais  ce couple de japonais, si heureux et si « sec » avant de nous rencontrer, qui n’avait pas pensé un seul instant qu’un déluge d’eau allait leur tomber sur la tête. Leur sourire béat et leur air quelque peu interloqué de nous voir si excité à leur approche s’est transformé en quelques secondes en une mine déconfite et humide.  Ce ne sont ni plus ni moins que 100 bons litres d’une eau bien saumâtre du dernier puits que  nous avions croisé  qui leur ont été déversés dessus à coups de bassines et autres pistolets à eau.

A Boeng Salang, la super party pointe le bout de son nez. Au menu, jeux pour enfants, snack, coca à gogo et danse jusqu’au bout de la nuit. Pour le même budget, les chips et autres biscuits ont été remplacés par un savoureux plat de nouilles cambodgiennes sous la haute direction de la maman de Tinath, l’animateur en chef de nos folles soirées.  Comme d’habitude, les enfants ont revêtu leurs plus beaux habits et les jeunes filles se sont pomponnées comme si elles sortaient au bal de la mariée.



Aux jeux d’eau se succèdent la course à l’œuf, le ballon de baudruche rempli de talc qui doit exploser en premier, le jeu des chaises musicales… Pas facile de faire participer tout le monde, les enfants veulent tous jouer et gagner. Ils acceptent de bon cœur d’attendre leur tour et nous prenons soin de consigner dans un cahier le prénom de ceux et celles qui ont déjà participé. Les rires fusent de toute part, rythmés par la musique khmère mise pour la circonstance. Les 200 plats de nouilles et les sandwichs engloutis, et après un ou deux verres de coca,  place finalement  à la danse. Les enfants raffolent de danser sur leurs chansons khmères qui vont du rock au Madison. Quelques intrépides font leur numéro de hip-hop. Plutôt renversant !

C’est vrai qu’on manque rarement l’occasion de faire la fête à Taramana. En plus, on doit célébrer 3 fois le nouvel an chaque année : le nôtre, le chinois et le khmer. C’est qu’on vieillirait 3 fois plus vite ici…

Saviez vous d’ailleurs que pour les khmers nous fêtons l’année 2553 ?

 

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 30 avril 2009

C’est devenu un rendez-vous incontournable chaque premier dimanche du mois : la distribution de riz. Depuis octobre dernier, elle s’effectue au nouveau Centre Taramana qui permet plus facilement la réception, la mise en sac et le stockage des quelques 2500 kilos de riz la veille de la grand messe.

Dès 8 heures et tout au long de la matinée, les enfants défilent pour récupérer la précieuse céréale blanche. Nous alternons la distribution un mois sur l’autre par ordre alphabétique pour éviter que ce soit toujours les mêmes qui doivent patienter des heures devant la porte d’entrée. 

A leur arrivée, les 160 enfants sont alignés en rang et reçoivent leur badge d’identification afin qu’il n’y ait aucune confusion dans la remise des sacs.

Nous en profitons pour leur remettre dentifrices, brosses à dents, cures de multivitamines et comprimé de déparasitage dont la prise doit se faire devant nous.

 Il n’est pas spécialement bon au goût et quelques petits filous feignent de le mastiquer et de l’avaler. Ils semblent oublier que nous sommes autant, sinon plus malins qu’eux et qu’il nous suffit de leur faire ouvrir la bouche pour trouver une langue toute blanche, signe qu’ils ont bien croqué et avalé le médicament.

Chaque filleul  reçoit une enveloppe mensuelle d’aide aux frais de participation scolaire. L’école publique n’étant pas gratuite, les parents ne peuvent y envoyer leurs enfants de façon assidue.


Quand la famille est trop nombreuse, les ainés, à commencer par les filles, sont sacrifiés pour rester à la maison alors que le petit dernier sera plutôt enclin à aller le plus loin possible dans sa scolarité. Taramana a permis à un certain nombre d’enfants d’être remis sur les rails de l’école principalement pour ceux ou celles qui en exprimait la réelle motivation. Chaque enfant parrainé a signé un contrat stipulant qu’il devait obligatoirement se rendre à l’école publique et doit nous remettre chaque mois une photocopie de son bulletin scolaire attestant de son assiduité et de ses résultats.


Si nous ne pouvons exiger que nos filleuls soient les premiers de la classe, nous attachons une importance toute particulière à ce qu’ils fassent de leur mieux et que leur comportement y soit exemplaire. Taramana prévoit d’améliorer leurs conditions d’études par l’octroi d’une table, d’une chaise et d’une lampe de bureau, en tout cas tout aménagement adapté qui sera profitable à l’enfant chez lui pour étudier dans de meilleures conditions. Pour un certain nombre, un relogement s’avérerait plus que nécessaire mais nous nous heurtons aux limites de notre action.

Ce rendez-vous mensuel avec tous les enfants parrainés est également l’occasion de faire  la mise à jour de leur dossier médical. Il y a toujours un vaccin qui n’avait pas été délivré en son temps pour raison de santé ou pour absence.

Taramana a l’ambitieux projet de vacciner tous les frères et sœurs des enfants parrainés ainsi que de faire un rappel Tétanos-Polio pour leurs parents. Pas moins de 5000 fléchettes injectables seront à prévoir…
Et 21 000 euros à trouver !


Ça va me rappeler mes souvenirs d’aspirant médecin quand je vaccinais à tour de bras les appelés au Service National sur la base de Hourtin et l’unité marine Nouméa.

J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander
Jeudi 30 avril 2009

Il est toujours encourageant pour un élève de recevoir des félicitations et un prix pour ses bons résultats obtenus à l’école.

Voilà désormais chose inscrite aux traditions du Centre Taramana où nous nous efforçons de délivrer des petits cadeaux (matériel scolaire, gadgets) aux meilleurs élèves. Nous décernons ainsi un prix en français, anglais et khmer et bientôt en informatique pour chaque groupe de niveau scolaire.




La remise des prix se fait à l’appel des noms des plus méritants sous les applaudissements des autres élèves qui se prêtent volontiers au cérémonial bon enfant.


J’ai été agréablement surpris et ému de remettre le premier prix de français au petit Dina dont l’histoire est à l’origine d’un des films de sensibilisation de l’association « Dina, 11 ans, chef de famille ». C’est une véritable fierté de voir ce gamin qui ne va plus ramasser les déchets dans la rue pour consacrer davantage de temps à ses études et à l’apprentissage d’une langue comme le français. Il serait présomptueux pour autant de penser que tout est gagné. Si on le préfère fréquenter les bancs de l’école, il n’en reste pas moins qu’il devra se surpasser pour rattraper son retard et décrocher à terme, un diplôme ou une formation professionnelle adaptée à ses envies et à ses compétences. S’il parvient à maitriser le français et l’anglais en plus de sa langue natale, je parie fort qu’il aura de bonnes chances de trouver un travail bien rémunéré au Cambodge.

Gageons que cette remise des prix stimulera autant que possible nos élèves dans la maitrise des langues et de l’informatique.


J.D
 

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Jeudi 19 mars 2009

ll est 8h15 quand les deux autobus finissent par montrer le bout de leur nez au grand soulagement des enfants, intenables devant la porte du Centre Taramana.

Avec une partie du staff et quelques parents accompagnateurs, après avoir vérifié et revérifié minutieusement la liste des inscrits, ce sont pas moins de 114 paires de jambes qui accaparent les sièges des bus.


La sortie d'aujourd'hui est une occasion d'aller visiter 2 sites prisés des cambodgiens: le temple d'Oudong et celui de Phnom Praset, situés à une bonne quarantaine de kilomètres au Nord Est de Phnom Penh sur la route de Battambang.


Pas de question de pouvoir dormir dans le bus, les enfants sont trop excités. Ça braille, ça crie, ça chante, ça rit tant et plus. C'est vrai qu'ils n'ont pas l'occasion de sortir de leur bidonville tous les jours. Pour certains, c'est la première fois qu'ils montent dans un bus. Des petites poches en plastique sont distribuées à chacun...juste au cas où. En à peine une heure de trajet, nous voilà rendus sur place au pied du temple d'Oudong, un des rares temples du Cambodge où reposerait une relique du Bouddha.


La sortie au zoo de Takmao ne m'avait pas suffi l'an passé. J'avais souffert toute la journée à compter et recompter les 20 bambins sélectionnés, accessoirement à faire en sorte qu'ils ne finissent dans la gamelle du lion ou de l'ours. Car ces petits intrépides n'ont pas le sens du danger et les normes de sécurité que l'on connait en France ne sont pas tout à fait les mêmes au royaume khmer. Disons que les cages des fauves permettent aux visiteurs d'être un peu plus au contact direct avec la bête. Un peu trop à mon goût si je me souviens bien...


Ce n'est pas 20 mais presque une centaine d'enfants à surveiller et à compter cette fois-ci. Le danger est un peu moins présent qu'au zoo certes et nous sommes suffisamment nombreux pour encadrer la « horde » sauvage.

Les arrêts photos pleuvent, moi qui croyais qu'il n'y avait que les japonais pour aimer mitrailler à tout va, je me rends compte que les cambodgiens concurrencent outrageusement leurs lointains voisins asiatiques. Nous devons déplorer en l'espace de dix minutes la disparition de deux appareils photos. Le soleil est au rendez-vous, les pickpockets aussi!


Au sommet du temple, les enfants vont prier tour à tour à l'intérieur de la pagode où se trouvent les ossements du Bouddha. Rituel oblige, il est demandé de se déchausser et de ne pas faire de bruit par respect pour ce lieu sacré et pour les gens venus prier en silence. Chose à peine croyable, je n'ai pas eu besoin d'élever la voix une seule fois pour rappeler un enfant à l'ordre sur sa conduite dans l'enceinte du temple. La discipline, la politesse et le respect des autres sont des qualités naturelles pour la plupart de ces enfants, pourtant tous issus de milieux défavorisés.

Ça doit être pour ça que je m'y sens bien. Quand vous n'êtes entourés autour de vous que par des gens souriants, respectueux et ne râlant jamais, vous êtes moins enclin à vous plaindre et à vous créer des ulcères.


Après un sympathique pique nique (riz-poulet grillé/fruits) au pied du temple d'Oudong et qu'il ne manquait personne à l'appel de la montée dans les bus, nous voici repartis direction le magnifique temple Phnom Praset. Merveille pré-angkorienne du 8è siècle, ce monument sacré en impose par sa beauté et sa majesté alors qu'il se trouve perdu au milieu de nulle part dans la campagne reculée du district de Kompong Speu. Les enfants sont ravis et ne manquent pas d'aller prier une nouvelle fois en allumant de l'encens et en faisant une modeste offrande à leur Dieu. Bien entendu, le crépitement des flashs se fait entendre à nouveau et sans ménagement pour leur plus grand bonheur.


La journée est vite passée. Pensant que tout ce petit monde serait exténué d'avoir gravi les centaines de marches de ces deux temples, j'espérais pouvoir sommeiller peu ou prou au retour dans le bus. J'ai bien vite déchanté: les enfants n'ont pas arrêté de chanter. Ils étaient heureux! Quoi de plus satisfaisant au fond pour moi, que de leur avoir fait quitté quelques heures leur univers de poussière pour se retrouver à découvrir ensemble, deux joyaux architecturaux sacrés de leur pays.


Prochaine étape:les temples d'Angkor. Encore une autre histoire...

J.D




Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 19 mars 2009
 

Le 24 janvier dernier, un événement un peu particulier s'est déroulé en plein cœur du bidonville de Boeng Salang. En présence du chef de village, des « sages » du quartier et de nombreux parents des enfants parrainés, le Centre Taramana a été le théâtre d'une cérémonie à laquelle il aurait été bien dommage de ne pas assister.


Par croyance religieuse, les khmers apprécient qu'un lieu de vie quel qu'il soit soit béni par les bonzes de la pagode au cours d'une cérémonie dite du bonheur. Elle consiste à chasser les mauvais esprits et les fantômes (tout le monde y croit là-bas) pour n'attirer que bonheur et sérénité au sein de l'endroit ainsi béni. Prêchant un œcuménisme tolérant, je ne voyais pas d un mauvais œil l'opportunité d'une telle bénédiction. Et puis c'est tout de même bien normal de respecter les traditions ancestrales d'un pays dont le bouddhisme est la religion maîtresse.


Les bonzes avaient été conviés à 16h en ce samedi un peu grisâtre. Président de l'association et responsable du Centre, on m'avait prévenu que je ne pouvais me dérober à la cérémonie; par contre, on avait oublié de me dire que je devais me placer au premier rang, juste en face des bonzes, et que la cérémonie ne démarrerait pas sans moi.

Pris dans un embouteillage de tuk-tuk, me voilà arrivant avec 15 minutes de retard au Centre. J'avais fait savoir par texto qu'ils pouvaient commencer sans moi, prévoyant que je rentrerai discrètement, me tenant en retrait du rite religieux. En fait, je voulais purement et simplement éviter de rester une heure ou plus en position tailleur, ce que de toute façon je n'arrive pas à faire ne serait ce qu'une minute.


Malheureusement pour moi, sous le regard amusé de la foule réunie pour l'occasion, je suis conduit au premier rang, juste en face des 4 bonzes qui ne montrent aucun signe d'irritation qu'aurait pu causer mon retard. Je suis déconfit. Portant un jean un peu trop serré ce jour là, je n'arrive même pas à croiser les jambes. Le cauchemar ne fait que commencer. J'essaie de trouver une position digne de la cérémonie. Je me mets sur le côté droit puis le gauche puis à genoux mais la tradition nous invite à ne pas dominer les religieux. Tout le monde autour de moi me fait signe de ne pas rester assis ainsi en me montrant des positions que je suis bien incapable d'imiter. Il est vrai que je n'ai jamais été bien souple. Les enfants commencent à sourire en me voyant gesticuler dans tous les sens pour adopter une position confortable et acceptable. Du sourire, cela passe à la franche rigolade. Même les bonzes esquissent une mimique amusée me voyant plus qu'embarassé de mon inconfort et de mon impossibilité manifeste à me tenir comme je le devrais. J'aurais payé cher le droit d' avoir une chaise, même un petit tabouret. Moi qui, je l'avoue, aime bien normalement me donner en spectacle, je suis devenu bien involontairement le « clown malgré lui », ne sachant comment arrêter ce numéro très peu amusant pour ma personne.


Devant durer plus d'une heure, les bonzes ont écourté la séance ayant vraiment pitié de moi. Ils ont toutefois réussi l'essentiel de la cérémonie à travers un très mélodieux chant de tonalité sanscrit en envoyant à la volée fleurs et eau bénie qu'ont pu recevoir les invités du premier rang. Oubliant un temps les souffrances de mes genoux et de mon dos, je priais pour que le Centre continue à vivre en paix et en harmonie dans le quartier pour le plus grand bien être des enfants.




S'il y a un souvenir que je ne suis pas prêt d'oublier, c'est bien cette cérémonie! Que du bonheur...


J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires - Recommander
Mercredi 18 mars 2009

 

Ce gamin n’a rien pour être promis à un brillant avenir. Il vit avec ses parents, ses 2 grandes sœurs et son petit frère dans une cabane en bois de 20 mètres carrés le long de la voie ferrée du bidonville de Boeng Salang. Le père est cordonnier et la mère vendeuse de gâteaux sur le marché de proximité, leurs revenus cumulés ne dépassant guère les 50 dollars par mois. Quand on enlève le loyer et l’électricité, il ne reste que 30 dollars * pour faire vivre la famille. Autant dire que Meng ne doit pas être trop exigeant sur ses tenues vestimentaires.

En niveau 4 **, fréquentant l’école Russey Keo situé à un bon kilomètre du quartier, Meng a tout juste les 500 riels *** qu’il doit donner tous les jours à son professeur pour pouvoir entrer en classe. L’école est officiellement gratuite, mais avec un salaire gouvernemental avoisinant les 30$ par mois, les instituteurs se voient contraints de demander une modeste contribution journalière de tous leurs élèves pour gagner, bon an mal an, 100 à 120 dollars par mois. Pas de quoi pavoiser…


La maison de Meng fait peine à voir ma
is elle n’est pas la seule dans le quartier, loin de là. Quand on s’aventure à l’intérieur, il faut emprunter un petit passage en bois assez étroit en prenant garde de ne pas perdre l’équilibre sous peine de tomber un bon mètre plus bas face contre terre, ou plutôt face contre purin. Car la plupart des maisonnettes en bois sont construites sur des sortes de pilotis précaires au dessus d’un marécage boueux, plus ou moins odorant, alimenté par les pluies tropicales qui s’étendent au Cambodge de mai à novembre. La porte franchie, ne cherchez pas à vous asseoir, il n’y a pas de chaise. Pas de table non plus. Moi qui ne supporte pas la position en tailleur plus d’une minute, je sais d’avance que je ne vais pouvoir honorer très longtemps l’invitation de la maman qui vient tout juste de débarrasser une natte de quelques détritus. Un discret ventilateur à qui il manque la grille de protection tente de faire fuir les nuées de moustiques qui ont accaparé les lieux via les trous béants qui jalonnent les lattes en bois du plancher. En l’espace d’une minute, une chaise en plastique en provenance d’un voisin et un ventilateur de meilleur aspect me sont gentiment offerts. Me voilà ainsi soulagé; pas longtemps en fait lorsque que je m’aperçois que Meng me tend un grand verre de thé ou d’une infusion pour le moins douteuse. Par politesse, je le remercie de son geste et fais mine d’y tremper les lèvres, convaincu à ne pas boire ce breuvage où surnagent ci et là toutes sortes de petits coquillages et autres larves de je ne sais quel insecte. Si je devais le renverser malencontreusement, ça ne servirait à rien, on m’en resservirait un autre dans la seconde. Je ne trouve rien de mieux que d’y retremper furtivement les lèvres et de le poser discrètement par terre en priant que personne ne me fasse remarquer mon oubli volontaire. Si je venais à boire cet élixir, il y a fort à parier que je ‘’tiendrais le siège’’ une bonne semaine.


Meng a toujours le sourire. C’est ce qui me frappe chez ce genre de gamin à qui il manque tout mais qui ne se plaint de rien. A 10 ans, il porte toujours les mêmes habits et marche le plus souvent pieds nus. Ses pantalons lui arrivent aux genoux, ses chemises à l’origine blanches, sont d‘un gris sableux avec quasiment autant de trous que n’en compte le plancher de son cabanon. . Il n’a aucune pièce réservée à ses études si ce n’est par terre sur une natte à la lumière de l’unique néon du plafonnier de la pièce. Ne pouvant prétendre seule l’éclairer pour faire ses devoirs, il ne peut donc décemment pas lire ou écrire après 18h30, à la nuit tombée.


Et pourtant. Sans être un excellent élève, il fait partie des plus assidus au Centre Taramana,
devenu un peu, sa deuxième maison. Même malade, il n’y raterait pour au rien au monde une seule journée de classe. Toujours au premier rang, Meng fait preuve d’une volonté sans faille pour participer activement au cours de français. La détermination de ce gamin à vouloir apprendre la langue de Molière contraste avec le scepticisme que l’on serait tenté de développer à ce sujet. Considérant les conditions de vie dans lesquelles il évolue, il serait étonnant qu’il ait les moyens de poursuivre de longues études; plutôt plus enclin à suivre le chemin de sa grande sœur qui a abandonné sa scolarité à 12 ans, maintenant vendeuse de gâteaux sur le marché local aux côtés de sa mère.

Meng est une figure dans le quartier. Tout le monde l’apprécie. Toujours poli, il se rend serviable à tout moment avec le sourire qui illumine sa sympathique petite bouille de chinois. Si vous passez à Boeng Salang et que vous l’apercevez, il ne manquera pas de se précipiter vers vous et de vous saluer… en français s’il vous plaît, sa nouvelle langue favorite.


Quand à savoir si vous accepterez un verre de thé chez lui, libre à vous…





* 20 euros          ** CM1             *** 10 centimes d’euro



J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Mardi 17 mars 2009

Le 3 novembre dernier, le Centre éducatif Taramana a ouvert ses portes dans le quartier de Boeng Salang. Grâce à l’appui de la fondation américaine Pearson qui a permis le démarrage de ce projet, ce sont près de 160 enfants qui se rendent quotidiennement du lundi au vendredi au Centre. L’école publique ne dispensant que 4 heures de cours par jour (matin ou après-midi en alternance un mois sur deux), les enfants du bidonville peuvent ainsi profiter des cours établis à leur intention plutôt que d’aller vagabonder dans les ruelles du quartier.


Le Centre est situé à deux pas de la voie ferrée en plein cœur du bidonville. Parmi les 12 membres que compte le nouveau staff, cinq professeurs ont la charge d’enseigner le khmer, la langue officielle du pays, mais aussi l’anglais et le français. Un programme a également vu le jour le mois dernier destiné à familiariser les plus grands à l‘outil informatique. Tous les cours sont entièrement gratuits pour les enfants, eux mêmes étant volontaires pour venir fréquenter l‘établissement.



Le centre dispose de 3 salles de classe qui tournent à plein régime de 7h30 à 16h30 et 3 nouvelles seront prochainement aménagées sur la terrasse de l’immeuble. Le bâtiment dispose en outre d’une petite infirmerie fonctionnelle qui se verra agrandie et climatisée d’ici peu.

Au rez-de chaussée, jouxtant les bureaux administratifs et la réception, une bibliothèque et une salle de jeux se sont vite transformées en véritables lieux de prédilection pour les enfants. Et pour cause : la plupart d’entre eux n’ont jamais eu accès à des livres autres que ceux dispensés à l’école.
Sans même tout comprendre (ouvrages en anglais et en français oblige…) pouvoir tourner les pages de bandes dessinées et suivre les aventures de leur héros favori est déjà un régal si on en juge leurs mines réjouies. On s’étonne de voir des adolescents de 13 – 14 ans (voire plus), passer des heures à jouer aux Lego ou à construire un puzzle. Quand on a rien eu d’autre dans sa petite enfance que des cailloux ou une boite d’élastiques en guise de jouets éducatifs…


Le Centre Taramana se veut être un modèle de propreté et d’hygiène. Ici, pas question de jeter les papiers par terre comme les enfants ont l’habitude de le faire chez eux. Des cours de valeurs éducatives ont été mis en place pour les sensibiliser à l’importance de l’hygiène corporelle.
Conscient de l’histoire récente et traumatisante du pays, tout est fait au Centre pour que les enfants apprennent que la violence sous toutes ses formes, l’exploitation de l’autre, la maltraitance ou l’abus des plus faibles est à bannir de façon systématique.
On découvre parfois hélas, que derrière le masque souriant de certains enfants se cache une réalité douloureuse. Gageons que le Centre Taramana leur fasse oublier les soucis du quotidien et entrevoir, toutes proportions gardées, un avenir espérons-le, meilleur.





J.D



Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 0 commentaires - Recommander
Jeudi 9 octobre 2008

 

Un jour, sur ses deux pattes, allait on ne sait où, le piéton au teint blanc attifé pour deux sous. Il voulait traverser Monivong³. La circulation y était dense ainsi qu’aux plus beaux jours. Sa Majesté Lexus dévalait l’avenue avec sa commère la Camry.

Le petit piéton enhardi souhaitait gagner l’hôpital tout proche. Il empruntait les passages cloutés. Un flot de mobylettes venant à contre sens faillit de le renverser. « Une mobylette, mais elle ne s’arrête donc jamais ? ».

Le petit piéton allait vite déchanter. La Camry a fière allure et ne prêtait  guère plus attention au malheureux intrépide. Car s’aventurer sur Monivong aux heures de pointe relevait d’un acte de bravoure que nul n’ignore à Phnom Penh. Il lui fallait faire deux pas en retrait pour ne pas finir écrasé. « Une Camry, mais pour qui se prend-elle ? ».  Chez moi, on irait  pour 3 fois moins que ça en prison. »  Le petit piéton commençait à croire que la traversée du boulevard prenait des allures de cauchemar. « Si au moins, il y  avait un pont ! ».

A peine avait il fini ses mots, qu’une Lexus rutilante aux lumières éclatantes fonçait vers lui, toutes sirènes hurlantes. Il n’en f
allût d’un rien pour que le téméraire sur deux pattes ne finisse directement projeté à l’hôpital les deux pieds devant. « Une Lexus, mais elle se croit donc tout permis ? Je vous revendrai tout ca pour les mettre à vélo! ».
Le petit piéton fut tout heureux et tout surpris de joindre le trottoir toujours en vie.

 

Moralité : plus grosse est la voiture au Cambodge, plus on peut faire n’importe quoi.

 

¹ Lexus : modèle de voiture des gens riches au Cambodge

² Camry : modèle de Toyota des classes moyennes

³ Monivong : Une des principales artères de Phnom Penh, la capitale.


J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 5 commentaires - Recommander
Dimanche 14 septembre 2008

 Depuis 8 ans que je viens régulièrement au Cambodge, je me dis  avoir tout vu et tout entendu. Et ben non, mesdames et messieurs : au Cambodge, TOUT est possible.

 

Voici un exemple de plus.

J’avais repoussé mon départ de Phnom Penh pour la France fin juin afin d’accueillir 5 étudiants en 3ème année de médecine du Kremlin Bicêtre venus proposer leurs services à la cause des enfants de Taramana.. Il n’aurait pas été sympathique de les laisser se dépatouiller tous seuls les premiers jours dans une ville comme Phnom Penh qui demande un minimum de prise en charge et de conseils si je ne voulais pas les voir repartir 48 heures après avoir posé le pied sur le sol cambodgien.

 

Composé de 4 filles pour un garçon, le groupe avait des allures de Club des Cinq. Fougueux, impétueux et gonflés à bloc pour donner le meilleur d’eux-mêmes, ils allaient vite se rendre compte que Phnom Penh, ce n’est pas Paris et qu’on ne fait pas ce qu’on veut avec le staff khmer certes très gentil, mais à mille lieux de notre sens de l’organisation à la française.

Le bilan de leur action sur un mois mérite toutefois un réel coup de chapeau car ils sont arrivés à sensibiliser les enfants sur les MST, revoir les règles d’hygiène surtout dentaire, et renforcer l’animation dans le quartier de Boeng Salang où la majorité des enfants parrainés demeurent.

 

Mais les estomacs parisiens ne sont pas tous préparés aux miasmes des arrière-cuisines des restaurants de Phnom Penh. J’avais déposé le Club des 5 au Golden Fish River, agréable petit restaurant au bord du Tonlé Sap où on sert un succulent amok, poisson cuit dans des feuilles de bananier.

 

Il est 4h00 du matin. On tambourine à ma chambre à la Rega Guest house où je réside. Je suis invité à me rendre au chevet du pauvre Clément qui vomit tripes et boyaux dans sa chambre d’hôtel basé à deux pas. Le diagnostic est vite vu : il fait une toxi-infection alimentaire probablement à staphylocoque doré. Un autre diagnostic est fait : le cuisinier du Golden souffre d’un petit panaris au doigt  qui a dû baigner dans le poisson du amok…Toujours est-il que je n’ai pas les injectables sous la main pour soulager ce pauvre Clément qui fait peine à voir.

Décision est alors prise de se rendre aux Urgences de  l’hôpital d’en face pour « piquouze » salutaire.

Il est à peine 5 heures, avec un peu de chance, il n’y aura pas trop de monde et on sera plus vite recouché.

 

Mauvaise pioche : le service est rempli. Je lance un rapide un coup d’œil général autour de moi : des fractures de jambe ouvertes, du polytraumatisé avec contusions multiples suite à un probable accident de moto, une dame en  insuffisance respiratoire aigue intubée ventilée. Mes yeux s’arrêtent sur des clignotants  qui s’allument de partout avec cette même dame à la peau un peu trop bleutée à mon goût me faisant penser qu’il y avait un petit souci avec le réglage de la machine. Quatre autres personnes dont deux adolescents gisent sur leur lit en attendant que quelqu’un vienne s’occuper d’eux. On ne peut pas dire qu’il y ait une grande effervescence car je ne vois aucun médecin s’affairer autour des patients. Pas plus d’infirmière d’ailleurs. Je ne suis pas habilité à intervenir. Les proches des malades attendent dans le plus grand silence, sans broncher, sans se rendre vraiment compte de ce qui se passe autour d’eux. En France, si cela devait se passer de la sorte aux Urgences, au mieux, les licences de médecin seraient suspendues, au pire, les kalachnikov seraient de sortie, brandies par les familles.

 

Après 3 minutes d’attente, je commence à me dire qu’on est là pour la journée au rythme où vont les choses. N’étant pas à ma première visite dans cette pièce, j’avais repéré l’armoire à injectables. Pour soulager Clément, il me faut récupérer deux produits : un antispasmodique et un antivomitif. J’arrive à distinguer à travers l’armoire en verre de la pharmacie la boite de Spasfon° et de Primperan°. Après 3 bâillements successifs et ne voyant toujours pas arriver la moindre blouse blanche, je me hasarde à me rapprocher d’une dame en blouse bleue avachie dans son fauteuil  dont je ne sais toujours pas si elle est infirmière ou aide soignante.

 

Avec mon plus beau sourire et deux ou trois phrases baragouinant français, anglais et khmer dans une soupe dont j’ai le seul le secret, j’obtiens la permission de prendre les 2 ampoules injectables qu’il me faut. La dame me donne même une seringue et une aiguille stérile. Me voilà donc à préparer devant les yeux médusés des familles des blessés l’injection pour Clément. En deux temps, trois mouvements, je me retrouve à pratiquer une intramusculaire lorsque surgit d’on ne sait où le médecin de garde des Urgences. Même pas surpris de faire son boulot sans qu’il eût donné son accord préalable. Je vais le saluer en suivant, et expliquer le pourquoi du comment. En France, on m’aurait expulsé manu militari sans aucune autre forme de procès. Ici, le médecin de garde m’a remercié et m’a fait signe que « c’est cadeau ».

 

10 minutes à peine après avoir franchi le seuil des Urgences, nous étions sortis et avons pu réintégrer nos pénates.

 

Après avoir été ramené par un policier en guenilles sur sa moto alors que j’avais de l’eau jusqu’aux genoux (cf « Inondation au Wat Phnom : ça c’est Cambodge »), il n’y a plus grand chose dans ce pays qui soit susceptible de me surprendre. Et pourtant, quelque chose me dit que ce n’est pas fini…

 

A suivre donc.


 

J.D

Par Taramana
Ecrire un commentaire - Voir les 2 commentaires - Recommander

Présentation

Créer un Blog

Recherche

Calendrier

Juillet 2009
L M M J V S D
    1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 31    
<< < > >>
Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus