Mercredi 9 septembre 2009

D’aucuns diront que ce sont les petits chouchous de l’association. Il faut bien reconnaître qu’ils ne passent pas inaperçu dans le bidonville tant ils animent par leur présence et leur joie de vivre tout le quartier. Ces deux vrais jumeaux, que seul un œil expert parvient à différencier, ont accepté d’être les prochaines vedettes du nouveau film de sensibilisation de Taramana qui devrait voir le jour fin 2010.

Son but est de montrer les nouvelles activités du Centre à travers la vie de nos deux inséparables homozygotes. Comme pour le film précédent (Dina, 11ans, chef de famille), je vais m’évertuer à filmer la triste réalité de la plupart des familles du bidonville. Bien entendu, ce qui s’y passe au quotidien reflète la situation de la moitié de la population mondiale. On doit vivre ou plutôt survivre avec 1 euro ou 2 par jour pour couvrir toutes les dépenses familiales. Autant dire qu’il ne faut pas avoir d’accident ni tomber malade. Le mot assurance n’existe au Cambodge que pour une frange minime et aisée de la population. La Sécurité sociale, les mutuelles santé, les allocations de toutes sortes (chômage, vieillesse, retraite, famille,…) font partie du domaine du rêve pour 90% des cambodgiens qui doivent se débrouiller avec les moyens du bord. Pas grand chose en fait. Paradoxalement, je n’entends pas grand monde se plaindre ou râler. A défaut d’argent, les khmers vous offrent sans retenue ce qu’il y a de plus beau et qui fait toujours plaisir : leur sourire et leur bonne humeur. C’est certainement pour ça que j’aime à chaque fois y revenir et que je ne me lasse pas d'arpenter les rues de Boeng Salang. Quel bonheur d’aller filmer touts ces visages illuminés de joie et de vie quand en France les gens dépriment et sont peu enclins à vous lâcher un sourire.


Khémara et Khémarak se prêtent volontiers aux contraintes d’un tournage. Il faut se lever de bonne heure pour commencer les prises ‘’à la fraiche’’. Après 10 heures le matin, le soleil est déjà haut, la lumière trop vive et il fait trop chaud pour tourner. Je suis fidèlement aidé par une petite équipe technique bénévole dont Séthara et Tinath sont mes assistants les plus assidus. Je loue un tuk-tuk à la journée et nous voilà partis dans toute la ville pour l’enregistrement de plusieurs scènes. Quelques journées sont consacrées au tournage du clip final qui promet d’inspirer tout sauf de la mélancolie. Imaginez donc. Je dois trimbaler les 2 K dans différents endroits de Phnom Penh où ils doivent reproduire la parodie d’une chanson de Sébastien Tellier (Divine) tout en jonglant avec micros, casquettes et lunettes sur un rythme endiablé. C’est un numéro assez périlleux à réaliser surtout la synchronisation des mouvements et des pas de danse. Réputé comme un éternel insatisfait, je n’hésite pas à faire rejouer jusqu’ à 20 fois la même scène et les 2 crapules ne rechignent pas à la tache. Pour des gamins âgés d’a peine 8 ans, c’est quand même extraordinaire d’avoir autant de patience.

Les 2 jumeaux sont comme moi et n’ont pas froid aux yeux quand il s’agit de faire les pitres. Et voilà qu’entre deux fous rires, on se retrouve à perturber la sérénité des piscines d’hôtels 5 étoiles quand on ne finit pas la journée à dévaliser une station service cagoulés et flanqués de fusils à pompe (en plastique). C’est drôle de voir comment la plupart des figurants improvisés à la dernière minute se prêtent volontiers au jeu après que Tinath leur en ait expliqué les tenants et les aboutissants. Je ne suis pas certain de trouver pareil  accueil autour de chez moi si je devais solliciter les commerçants alors qu’ils sont en plein travail. Mais au Cambodge, c’est possible et on se fait de nouveaux amis.


A l’heure actuelle, le tournage n’est pas encore fini. Il sera achevé en fin d’année si mon temps libre et les conditions climatiques le permettent. Les Khémara m’ont fait savoir qu’ils voulaient être les premiers à visionner le film une fois fini. Avec ce que j’ai en boite, il me faudra bien compter quelques semaines de montage pour produire un document qui, je l’espère, arrachera plus de larmes de joie qu’autre chose. En se souvenant toujours que malgré les drames quotidiens à Boeng Salang, Taramana aura toujours à cœur de pérenniser la lueur d’espoir et de vie qui brille dans les yeux de nos deux mascottes et de leurs petits voisins.


J.D


Par Taramana
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Samedi 25 juillet 2009

On pourrait croire qu’elles sortent tout droit d’un épisode des « Drôles de Dames » tant nos trois jeunes volontaires venues de Genève rivalisent de charme et de fraicheur. Nos Charlie’s Angels comme on les appelle (j’ai de la chance, je jouais le rôle de Charlie !) avaient soigneusement préparé leur voyage pour venir donner un coup de pouce aux enfants de Taramana.

 

Ces brillantes étudiantes en médecine avaient à peine terminé leur troisième année du premier cycle, que les voilà tout juste débarqué dans le bidonville de Boeng Salang. Autant dire que ça leur a fait un choc. La Suisse et sa légendaire propreté est bien loin lorsqu’elles s’enhardissent à jeter un œil sur le bourbier ambiant du quartier où Taramana a élu domicile.

C’est tout juste si au Cambodge, les policiers du coin ne verbalisent pas un enfant qui jetterait par mégarde un papier à la poubelle. Mais ça ne risque pas d’arriver ici car il n’y a pas de poubelles, encore moins de ramassage d’ordures.

 

Après un ou deux jours d’acclimatation, nos trois inséparables se mettent en action et préparent un plan d’attaque pour leurs  quatre semaines de présence. Leur programme est osé et ambitieux mais j’essaie malgré tout de tempérer leur ardeur. On ne fait pas ce que l’on veut au Cambodge comme on le ferait en Suisse ou en France. Il faut s’adapter au rythme du pays. Il faut prendre garde de ne pas importer nos idées et notre façon de faire dans un pays où les us et coutumes sont radicalement différents des nôtres. Tout est question d’adaptation: il vaut mieux se donner de petits objectifs et réussir à les concrétiser en prenant son temps.

 

Justine, Aline et Laure se sont donc lancées dans deux idées phares : améliorer la connaissance des enfants sur le plan santé et organiser un spectacle de qualité pour et avec eux.

 

Pour le premier objectif, le bilan est plus que positif. Elles ont d’abord mis sur pied des diaporamas Powerpoint sur l’hygiène (l’importance d’être toujours propre) et l’alimentation (stop aux mauvaises calories). Le premier a pu être projeté sur écran géant, le soir à la nuit tombée, juste devant le Centre Taramana. Par la suite, pour récompenser les enfants d’être venus si nombreux, un Walt Disney leur était diffusé en langue khmère pour le plus grand bonheur des petits mais aussi des grands.

 

Nos valeureuses helvétiques ont également réussi le pari de montrer, ou plutôt remontrer aux enfants comment se brosser les dents et comment utiliser le savon. Les plus grands des ados ont eu beau feindre de ne pas comprendre l’utilisation de la savonnette, les trois suissesses ont refusé une démonstration en petite tenue avec l’eau des jarres du quartier. Quelle ne fut pas la déception des garçons…

 

Par ailleurs, les adolescents de plus de 13 ans ont été invités à suivre des cours de secourisme dispensés par la triade magique. C’était assez amusant de voir la traduction simultanée de Tinath, l’assistant sanitaire anglophone de Taramana. Il lui est toujours difficile de ne pas aller au-delà du rôle qui lui est alloué : celui   d’interprète. La phrase qu’il est censé traduire est pourtant courte et il vous sort la tirade du nez de Cyrano !!!

La grande Aline s’était prêtée au jeu du mannequin pour la pratique de la PLS (Position Latérale de Sécurité) que l’on emploie chez tout blessé inconscient afin d’éviter qu’il ne vomisse dans ses poumons. Les garçons ne se faisaient pas prier pour pratiquer mais les filles paraissaient plus concentrées pour sécuriser la bascule du corps d’Aline dont la colonne vertébrale devait rester la plus droite possible.

 

Quel que soit le sujet abordé, je suis toujours frappé de voir comment se déroulent les cours dispensés aux enfants. Ils ont une vraie soif d’apprendre, celle d’en avoir été privés depuis qu’ils sont nés. Tout semble les intéresser. Ils participent de façon active aux cours et, cerise sur le gâteau, ils ont toujours le sourire aux lèvres et ne râlent jamais. Les trois filles semblent d’ailleurs ravies de leur prestation.

 

A l’occasion de la journée internationale de l’environnement, le 5 juin dernier, nos jeunes intrépides se sont portées volontaires pour accompagner la vingtaine d’enfants désignés au ramassage des déchets de quelques sites touristiques de la capitale. Il fallait les voir transformer la corvée de ramassage en une sorte de grand jeu auquel ils étaient tout simplement heureux de participer. L’occasion était trop belle pour ne pas prendre quelques clichés des enfants, toujours à la fête quand il s’agit de poser devant l’objectif.

 

En parallèle à leur action éducative et sanitaire, nos pom-pom girls au parfum d’Emmental frais (!) se sont distinguées par l‘organisation d‘un karaoké pour tous les enfants du quartier. Pour le grand soir, il nous fallait choisir 15 groupes d’enfants parmi la trentaine qui s’était présentée en présélection deux semaines avant le jour J. Tout avait été installé façon Nouvelle Star et je complétais le Jury de nos trois pétillantes acolytes avec Michaela, notre volontaire dévouée (à qui il sera consacré un article à part entière). Me voilà donc bien entouré pour entendre chanter nos stars en herbe qui tentent de donner le meilleur d’eux-mêmes et nous sommes agréablement surpris de la prestation de certains qui développent, selon nous, un réel talent.

 

Après toute une matinée passée à entendre les candidats, l’heure de la délibération a sonné. Nous nous réunissons tous les 5 pour nous accorder sur la liste des futurs élus.

On se serait vraiment cru sur M6 ! Finalement, on tombe d’accord sur les 15 participants qualifiés + 1. J’ai dû batailler ferme pour récupérer in extrémis la bande des 4 fantastiques, j’ai nommé les 2 mascottes de l’association, Khémara et Khémarak accompagnés par l’ineffable Mister Meng et Darith. J’étais seul contre toutes et les 4 filles faisaient front commun pour me dissuader. J’aurais eu du mal à les convaincre qu’ils avaient bien chanté car il fallait reconnaitre que, pourtant maintes fois médaillés des podiums Taramana, ils avaient produit un véritable concert de casseroles. Je prétextais alors qu’il me fallait les 2K pour le prochain film Taramana mais afin de ne pas pénaliser un réel talent, il y aurait 16 qualifiés au lieu de 15.

 

Les bougresses étaient convaincues que les quatre repêchés n’avaient aucune chance de monter sur le podium. Elles n’avaient donc pas pris la peine de faire des médailles pour des groupes de 4, puisque les 2K, Meng et Darith étaient le seul quatuor.

 

Nous sommes le samedi 20 juin, 19 heures, juste devant les portes du centre, à quelques encablures de la voie ferrée. Le spectacle peut commencer. Une foule sans précédent accapare les lieux pour venir encourager les stars d’un soir de la TaramanAcademy. C’est ainsi que le spectacle a été baptisé. La presse est là. La clémence du temps aussi. Le Jury est composé de sept membres dont les deux juges Marcel Lemonde et Jean-François Lavergne, plus enclin à traiter de choses plus sérieuses en semaine dans le cadre du tribunal des khmers rouges qui se déroule actuellement. Le Professeur Alain Mouzard et son épouse Isabelle, tous deux pédiatres, me font l’amitié de participer au Jury de même que les épouses des juges.

 

Les candidats défilent au rythme des chansons khmères qu’ils avaient savamment choisies et des applaudissements nourris ponctuent chaque prestation. Les 4 fantastiques se surpassent dans une représentation folklorique avec des numéros de hip hop forts appréciés de la foule qui en redemande. Le Jury jubile.

 

Nos blondes helvétiques, quand à elles, se sont surpassées en préparant un numéro en compagnie de Séthara, le « Tara » de Taramana. Et les voilà se trémoussant en clodettes avec un Séthara mal à l’aise de jouer les Claude François dans un « Alexandrie Alexandra » valant à lui seul le détour. Plus extraordinaire encore, à la moitié du morceau, les 3 miss changent de registre pour interpréter une chanson khmère en vogue au titre de « Dos Sa ! ». A voir les yeux ébahis des enfants qui ne s’y attendaient pas un instant et au tumulte assourdissant de leurs nouveaux fans qui ne cessaient de siffler, les filles ont réussi un joli coup de maitre pour finir leur mission en beauté.

 

Pour la petite histoire, les 4 chouchous repêchés ont gagné la TaramanAcademy au grand dam des filles qui n’en reviennent toujours pas. Et je peux certifier que nous avions un Jury d’incorruptibles !

 




Le catalogue des « 3 suisses » a été au final un bon cru 2009 pour Taramana. Espérons que la prochaine cuvée soit aussi bonne…

J.D

Par Taramana
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Vendredi 24 juillet 2009

Lors de ma dernière mission au mois de mars dernier, j’ai eu le bonheur d’être accompagné non pas par une mais par deux sœurs.

Ma sœur Fabienne est médecin généraliste comme moi. Responsable du programme de parrainage en binôme avec son amie Lydie, elle se rend 2 fois par an à Phnom Penh pour me prêter main forte pendant 3 semaines. Son dernier départ de Paris a été quelque peu teinté d’émotion.




Il n’y a pas plus organisé en ce bas monde que Fabienne pour dresser des listes de toutes sortes et sa générosité la pousse à partager ces dernières avec ceux  qui ont la chance de partir avec elle. Fabienne a le souci du détail jusqu’à mentionner le petit euro qu’il ne faut surtout pas oublier à la descente de l’avion afin d’avoir le privilège suprême de prendre un caddy à bagages. Il faut tout de même y penser. J’avoue personnellement ne pas trop me soucier de ce genre de détails mais suis plus enclin à vérifier par 10 fois le jour de mon départ, d’avoir mon passeport et mon billet d’avion bien en poche.

 

Toujours est il que, devant nos mines ébahies et déconfites, Fabienne se voit contrainte de rester en rade à l’aéroport devant le comptoir de la compagnie Etihad. Son passeport arrivait à expiration dans moins de 6 mois et c’est un motif suffisant pour refuser son embarquement. Malgré toutes nos protestations, nous sommes bien obligés de monter dans l’avion sans elle. De très bons amis sont toutefois venus la chercher et ont pu résoudre son problème de passeport après une folle matinée passée à la préfecture de Paris. Tant et si bien qu’elle a pu partir le lendemain matin et nous rejoindre à Bangkok où nous l’attendions bien sagement. Par bonheur, nous avions tous notre euro en poche et notre passeport était valide encore des années…!


Pour mon autre sœur prénommée Catherine, QÂT de son nom d’artiste, c’était la première fois qu’elle m’accompagnait. Elle s’était déjà rendue au Cambodge mais pour faire visiter à ses petits sexagénaires de l’Université du Temps libre de Pau, les monts et merveilles du Royaume Khmer. Le but de son voyage cette fois, était de venir nous donner modestement un coup de main sur notre programme de vaccination et de dépistage d’acuité visuelle. Elle avait également l’intention d’évaluer les possibilités de monter un atelier théâtre avec une de ses amies metteur en scène avec qui elle reviendrait plus tard.

Florence, une proche amie de ma sœur Fabienne, médecin également faisait partie du voyage.


Sur plusieurs journées, les enfants ont défilé un à un au Centre Taramana pour tester leur vision devant le trio infernal sus-cité. Occupé à d’autres tâches, j’observais d’un œil bienveillant le déroulement de ce dépistage. Certains enfants paraissaient angoissés de passer le test. Ca ressemblait pour eux plus à un test de connaissances sur leur capacité à reconnaître des objets ou des animaux et à pouvoir ou non les nommer en français. On avait beau leur dire que c’était juste pour déceler leur aptitude visuelle, ils restaient circonspects, les yeux grands ouverts et le nez à quelques empans du carton parsemé d’ombres noires sur fond blanc. Le cadre n’était pas idéal selon moi pour le dépistage. On avait accroché le carton au fond de la cuisine qui n’était pas très bien éclairée et le test devait s’effectuer règlementairement à 5 mètres de distance.

Fabienne devait apprécier les réponses que les enfants donnaient en khmer, mais parlant aussi bien khmer que je parle russe ou japonais, elle s’était pourtant évertuée consciencieusement à maitriser tous les mots de la fiche pour donner une note sur 10 à chacun des yeux testés.

Tout cela se faisait dans une ambiance bon enfant. La plupart se prenaient au jeu et comme par solidarité, certains s échangeaient les réponses pour faire gagner des points aux suivants.


Le bilan était finalement surprenant : une quarantaine d’enfants sur 160, soit le quart des bambins, présentait des difficultés sérieuses à pouvoir lire et reconnaître les objets à 5 mètres. Il avait été ainsi décidé de les emmener chez l’ophtalmologue dans la perspective de leur octroyer des lunettes sur prescription spécialisée.

Me voilà donc parti chaque jeudi dans la clinique du bon Dr Do Seiha accompagner 8 petits myopes ou prétendus l’être. C’est alors que le miracle se produisit. Tous mes petits bigleux défilent devant l’ophtalmo et n’affichent aucune difficulté à identifier les chiffres de différentes tailles qui s’offrent à leurs yeux. Sur les 40 enfants dépistés, seuls 3 auront finalement besoin de porter des lunettes…Miracle, ils ont quasiment tous recouvré la vue !


Quand on regarde mieux les photos prises pendant le dépistage, on a peut être un début d’explication au soit disant miracle.


Si je vous dis par contre que Fabienne sait désormais parfaitement dire en khmer la poule, le serpent ou la banane, on se dit que ça aurait été vraiment ballot qu’elle ne vienne pas cette fois au Cambodge, non ?


Fabienne doit revenir cet hiver pour dépister l’audition des enfants ou leur capacité gustative. Parions qu’elle saura faire reconnaître le gout des différents yaourts qu’elle aura pris soin d’apporter et espérons qu’ils ne soient pas périmés…Allez donc savoir.

J.D

Par Taramana
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Dimanche 12 juillet 2009

Il se dégage une effervescence inhabituelle devant les portes du Centre Taramana en ce vendredi 5 juin. Il est à peine 8 heures du matin et plus d’une vingtaine d’enfants trépignent et s’agitent dans tous les sens comme si on leur avait promis la venue du Père Noël.

En fait, ce sont 21 enfants âgés de 8 à 13 ans qui ont été sélectionnés pour participer à la Journée mondiale de l’environnement. A l’initiative de la société d’investissement Action Group, ils ont été invités à une journée de sensibilisation et de ramassage de déchets sur 2 sites touristiques très fréquentés de la capitale.


J’avais été surpris – encore qu’il n'y ait plus grand chose qui me surprenne vraiment au Cambodge – par l’engouement effréné des enfants à vouloir participer coûte que coûte à une sortie, dont le but du jeu n’est autre que de nettoyer une zone touristique sur laquelle ils ne mettent jamais les pieds. Il faut rappeler que ces derniers vivent dans un des bidonvilles les plus sales et les plus marécageux de la ville et qu’ hormis dans le Centre, les garnements ne ratent jamais une occasion de jeter papiers et autres détritus par terre, sans honte, presque naturellement, à l’instar de ce que font leurs parents ou leurs ainés.


Les enfants étaient en fait plus attirés par le charme d’une sortie en bus avec repas à la clé que par le but du jeu lui même. Je ne suis d’ailleurs pas certain que j’eus rencontré le même succès en France si j'avais du proposer une sortie ramassage de déchets à des enfants d’une école primaire. Ils m’auraient certainement ri au nez ou en tout cas ne se seraient pas battus pour faire partie de la liste des élus.


Nous voilà ainsi partis dans deux mini bus affrétés par Action Group pour une journée qui s’annonçait quelque peu atypique. Nous étions 7 adultes accompagnateurs à encadrer les enfants : Samol, le nouveau manager général, Justine, Aline et Laure, les 3 volontaires suisses, Michaela, une volontaire française longue durée, Seng, un étudiant en médecine cambodgien et moi-même.

Shéhérazade Delhoume, conseillère et organisatrice de la sortie, accompagnée par le truculent Mr Muong Sotthy, Président d'Action Group, renforçaient l’effectif.


Premier arrêt : Nous arrivons sur le coup des 9 heures du matin au Wat Phnom. C’est un des monuments phares de la ville, sorte de temple perché en haut d’une colline. Les enfants et leurs encadrants avaient préalablement reçu tee-shirts et casquettes Action Group et il leur avait été fourni à chacun, gants et sac poubelle qu’ils se devaient de remplir puisque la mission était de rendre le lieu aussi propre que possible. Aussi incroyable que cela puisse paraitre, les enfants se prenaient au jeu : ils couraient dans tous les sens pour ramasser le plus de déchets possibles. C’était comme une sorte de jeu dont le vainqueur serait celui qui remplirait son sac en un temps record. Ordre avait été donné de ne ramasser que les papiers et les objets non coupants, chaque enfant devant ignorer et laisser de coté les morceaux de verre ou tout ce qui aurait pu les blesser. En l’espace d une demi heure, peut être moins, les sacs commençaient à toucher le sol, les enfants devant d’ailleurs se mettre à deux pour les porter. Cette sortie avait un air de grande recréation collective. Non seulement, je n'observais aucun signe d’irritation de leur part ni la moindre lassitude mais en plus ils avaient l’air heureux et fier d’être pour un jour les ‘’fées du logis’’ de la ville. Les accompagnateurs d’Action Group étaient sidérés de la bonne humeur et de la volonté des enfants à remplir leur tâche avec autant d’entrain.


Il est 10h. Les Pschhhhhhh des bouteilles de Coca retentissent à l’unisson. Les bougres ont bien mérité un coup à boire. C'est qu’il faut chaud à cette heure avancée de la matinée et à à peine 8 ans, on a tôt fait de se déshydrater. Les organisateurs décident de quitter les lieux pour se rendre sur l’esplanade du Monument de l’Indépendance, autre site incontournable de la capitale. Revigorés par leur boisson favorite, les jeunes fauves sont lâchés sur le lieu à nettoyer comme s’ils partaient pour une nouvelle cueillette aux champignons; mis à part que les cèpes et les girolles sont ici des bouts de plastiques et de vieux papiers. Nantis de nouveaux sacs, ils partent déterminés, accomplir leur mission de grand nettoyeur de la ville. En fait, en regardant un tant soit peu autour de nous, on s’aperçoit que nous sommes venus nettoyer les deux sites certainement les plus propres de la ville. Quel paradoxe de les faire venir du bidonville pour faire briller davantage les endroits habituellement les plus respectés et entretenus de Phnom Penh.


Cette demi journée s’est finie comme par enchantement dans un restaurant de la ville où tous les enfants étaient invités en récompense du service rendu. Il fallait voir leur mine quand on leur a dit que c'était un buffet et qu’ils pouvaient aller se servir autant de fois qu’ils le voulaient. Notre Mister Meng n’est allé pas moins de 4 fois se resservir en prenant soin de ramener à chaque fois une assiette bien remplie de ses plats favoris.
Je ne m’étonnais guère qu’il vienne me voir dans l’après midi en se plaignant d'un léger mal au ventre…

J.D

Par Taramana
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Dimanche 12 juillet 2009

Si vous aimez tout ce qui est croustillant, juteux, qui vous explose en bouche avec un petit goût amer et qu’on ne retrouve nulle part ailleurs, alors le menu que je vais vous proposer est fait pour vous. Et quand je vous dirais en plus que tous ces petits mets sont bourrés de protéines et regorgent d’oligo-éléments…

Que diriez vous alors d’une farandole de mygales frites, d’une poêlée de cafards frais ou d’une fricassée de larves grillées ?


Tout ceci peut se déguster sur la plupart des marchés de Phnom Penh  mais ceux que l’on trouve le plus communément  sont avant tout les escargots « nature » ou « pimenté » qu’ on laisse cuire au soleil pendant des heures. La popularité de ces petits gastéropodes est telle qu’on en retrouve jusque dans les ruelles de notre bidonville de Boeng Salang. Je ne me suis personnellement jamais hasardé à les gouter et me demande d’ailleurs comment les locaux ne tombent pas malade à les engloutir ainsi sans retenue. L’odeur est franchement dissuasive et j’imagine toutes sortes de miasmes devant se développer sur les charrettes où ils sont étalés parfois plusieurs jours.

A la limite, je conseillerai au touriste blanc qui n’arrive pas à venir à bout d’une constipation chronique d’en ingérer un ou deux (mais pas plus tout de même). Il est alors vraisemblable que ses problèmes de transit soient vite résolus voire même qu’il dusse avoir recours à quelques antidarrhéiques…


Le Cambodge regorge de mets de la sorte. Les œufs couvés, les brochettes de serpents et autres appétissants groins de cochons valent cela dit, peut être le détour pour une aventure gastronomique hors du commun. Depuis bientôt 10 ans que je viens au Cambodge, j’ai eu l’occasion de me risquer dans de petits restaurants où je ne parierai pas sur l’hygiène des lieux et des couverts. La viande que l’on m a servi était censé être du bœuf ou du lapin. Quand à savoir si c’est ce genre de bœuf qui aboie ou de lapin qui miaule…

En résumé, c’est pas cher mais on sait pourquoi.
Pas étonnant qu' on ne retrouve que très peu de chiens et chats errants… Il y a toujours un coté positif  au Cambodge !

Par Taramana
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Dimanche 3 mai 2009

La sonnerie retentit au Centre. Il est 13 heures. Les élèves se rangent en colonnes sur le palier en attendant que leur professeur les fasse rentrer en classe, si possible dans le silence. Aujourd’hui je dois remplacer Piseth, absent pour cause d’accident de la circulation. Je ne boude pas mon plaisir car c’est toujours une récréation pour moi que d’aller prendre les commandes temporaires d’une classe, surtout en français. Les élèves semblent ravis. Ils me connaissent et savent à l’avance qu’il va y avoir du spectacle. Accessoirement ils vont pouvoir apprendre quelques mots de vocabulaire ou une nouvelle règle de grammaire.

J’improvise le programme du jour : révision des questions usuelles de présentation et  calcul mental en français. Après plus d’un an d‘enseignement, je suis soulagé que les élèves aient  fait de réels progrès. Les réponses deviennent plus automatiques, la prononciation plus compréhensible. Certains sons comme le  « u » ont la vie dure et ne sortent de la bouche de certains que sous le son « ou ». On danse toujours en « toutou » plutôt qu’en « tutu » et les « cucu la praline » sont de gentils « coucous la praline ». Après le  succès rencontré par l’indémodable virelangue  « Tonton, ton thé t a-t-il ôté ta toux ? », j’ai bien envie de me risquer à « Coco le concasseur de cacao qui courtisait Kiki la cocotte ». Il faut surtout que j’arrive moi-même à le prononcer rapidement sans me tromper sinon je ne suis plus crédible. Ce qui demande un certain entraînement personnel, il faut bien l’avouer.

Il est vrai que je dois me distinguer des professeurs khmers traditionnels qui ne laissent pas beaucoup de place à la pitrerie. La salle de classe devient pour moi comme une scène de théâtre où j’essaie de faire passer un message éducatif. C’est d’ailleurs valable aussi bien pour l’enseignement des langues que lors de mes conférences en France pour sensibiliser les écoles. Je dois avouer que mon métier de médecin ne laisse guère de place à la fantaisie.


Je retrouve ainsi toute liberté au Centre Taramana pour mettre un peu de gaieté et de légèreté dans mes prestations d’enseignant intérimaire. Et ce ne sont pas les enfants qui s’en plaignent. Une baguette à la main droite et un stylo Velleda dans l’autre et me voilà chef d’orchestre d’un cours de français qui va être tout sauf ennuyeux pour les élèves.

Parfois, prenant mon ton le plus sérieux,  je m’amuse à poser une question difficile en leur faisant croire qu’’ils peuvent y répondre sans problème. Tout d’un coup, plus un bruit. Tout le monde plonge le nez dans son cahier en tentant de me donner l’impression d’être occupé à réfléchir. Après quelques secondes d’un silence de mort, je procède à la désignation de celui ou de celle qui doit répondre à la question posée. Façon professeur Elie Kakou, je brandis et tournoie ma baguette en l’air un certain temps. Ça ne rigole plus du tout. Les élèves sont devenus hyper myopes. Tous ont la tête baissée comme s’ils tentaient d’éviter le coup de baguette que je suis prêt à envoyer au hasard. Ce n’est plus le nez qu’ils ont dans le cahier, c’est tout le visage.  Après avoir esquissé un mouvement vers la gauche, je finis par désigner un élève sur la droite en vociférant un cinglant « Toi !! ». Le malheureux avait trop vite relevé la tête  et se croyait à l’abri d’être désigné. C’est le  jeune Vuthny. Comme de tradition, il se lève et avale sa salive. Je sens bien qu’il se demande pourquoi il a été élu à l’insu de son plein gré.   Comme la réponse tarde à venir, je me rapproche doucement de lui avec un air réprobateur.

Bien soulagés de ne pas avoir été choisi, les autres élèves  ont retrouvé leur sourire et se demandent à quelle sauce ce pauvre Vuthny va être mangé. Je tapote la baguette dans le creux de ma main, signe d’une fausse impatience. J’approche alors le stylo Velleda de sa bouche en guise de micro. Ce dernier a bien compris qu’il était pris dans une de mes scènes favorites de faux méchant et qu’il ne risquait absolument rien. Il se met à rire et réussit en plus à me donner la bonne réponse.

Je finis le cours par une compétition de calcul mental. Il s’agit d’être le plus rapide et de me donner la réponse en français. C’est la cohue des doigts levés. Je suis surpris de les savoir aussi doués. Je complique la chose en leur soumettant la table de 11 pour élargir les réponses jusqu’à 1000. J’entends les réponses en khmer mais ça se complique un peu plus pour les réponses en français. Vuthny se montre à son aise à ce petit jeu et a d’ailleurs été reconnu comme meilleur élève de français de son groupe pour le premier trimestre.


La sonnerie retentit à nouveau.  Il est 14 heures. Je libère les élèves qui ne manquent pas de me saluer en quittant la classe. Epuisé, je suis toutefois satisfait de ma prestation du jour.

Prêt à recommencer demain !

 

J.D

Par Taramana
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Jeudi 30 avril 2009

Les guirlandes fleurissent sur le palier du Centre Taramana. Une odeur de talc parfumé s’en dégage comme par magie. Suspendus à des poutrelles métalliques, des pots en terre poussent comme des champignons. Quelques ballons en baudruche éclatent ci et là, signes d’une excitation grandissante venant des enfants qui ont reniflé les préparatifs d’une fête annoncée pour le nouvel an khmer.

Pendant les 3 jours qui suivent le nouvel an, il est de coutume de s’asperger d’eau et de se balancer du talc à la figure en se souhaitant des « Happy khmer new year ». Les touristes propres sur eux-mêmes apprécient moyennement ces petits jeux puérils mais ô combien traditionnels. Mon meilleur souvenir remonte à une expédition que l’on pourrait qualifier  de punitive du temps où je travaillais pour PSE (Pour un Sourire d’Enfant) à Siem Reap. Nous étions une bonne trentaine, adultes et enfants confondus, à s’être sacrifiés dans un camion pick up, partis aux abords des temples d’Angkor pour assouvir notre soif de respecter cette vieille tradition ancestrale d’arrosage général. Je n’oublierais jamais  ce couple de japonais, si heureux et si « sec » avant de nous rencontrer, qui n’avait pas pensé un seul instant qu’un déluge d’eau allait leur tomber sur la tête. Leur sourire béat et leur air quelque peu interloqué de nous voir si excité à leur approche s’est transformé en quelques secondes en une mine déconfite et humide.  Ce ne sont ni plus ni moins que 100 bons litres d’une eau bien saumâtre du dernier puits que  nous avions croisé  qui leur ont été déversés dessus à coups de bassines et autres pistolets à eau.

A Boeng Salang, la super party pointe le bout de son nez. Au menu, jeux pour enfants, snack, coca à gogo et danse jusqu’au bout de la nuit. Pour le même budget, les chips et autres biscuits ont été remplacés par un savoureux plat de nouilles cambodgiennes sous la haute direction de la maman de Tinath, l’animateur en chef de nos folles soirées.  Comme d’habitude, les enfants ont revêtu leurs plus beaux habits et les jeunes filles se sont pomponnées comme si elles sortaient au bal de la mariée.



Aux jeux d’eau se succèdent la course à l’œuf, le ballon de baudruche rempli de talc qui doit exploser en premier, le jeu des chaises musicales… Pas facile de faire participer tout le monde, les enfants veulent tous jouer et gagner. Ils acceptent de bon cœur d’attendre leur tour et nous prenons soin de consigner dans un cahier le prénom de ceux et celles qui ont déjà participé. Les rires fusent de toute part, rythmés par la musique khmère mise pour la circonstance. Les 200 plats de nouilles et les sandwichs engloutis, et après un ou deux verres de coca,  place finalement  à la danse. Les enfants raffolent de danser sur leurs chansons khmères qui vont du rock au Madison. Quelques intrépides font leur numéro de hip-hop. Plutôt renversant !

C’est vrai qu’on manque rarement l’occasion de faire la fête à Taramana. En plus, on doit célébrer 3 fois le nouvel an chaque année : le nôtre, le chinois et le khmer. C’est qu’on vieillirait 3 fois plus vite ici…

Saviez vous d’ailleurs que pour les khmers nous fêtons l’année 2553 ?

 

Par Taramana
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Jeudi 30 avril 2009

C’est devenu un rendez-vous incontournable chaque premier dimanche du mois : la distribution de riz. Depuis octobre dernier, elle s’effectue au nouveau Centre Taramana qui permet plus facilement la réception, la mise en sac et le stockage des quelques 2500 kilos de riz la veille de la grand messe.

Dès 8 heures et tout au long de la matinée, les enfants défilent pour récupérer la précieuse céréale blanche. Nous alternons la distribution un mois sur l’autre par ordre alphabétique pour éviter que ce soit toujours les mêmes qui doivent patienter des heures devant la porte d’entrée. 

A leur arrivée, les 160 enfants sont alignés en rang et reçoivent leur badge d’identification afin qu’il n’y ait aucune confusion dans la remise des sacs.

Nous en profitons pour leur remettre dentifrices, brosses à dents, cures de multivitamines et comprimé de déparasitage dont la prise doit se faire devant nous.

 Il n’est pas spécialement bon au goût et quelques petits filous feignent de le mastiquer et de l’avaler. Ils semblent oublier que nous sommes autant, sinon plus malins qu’eux et qu’il nous suffit de leur faire ouvrir la bouche pour trouver une langue toute blanche, signe qu’ils ont bien croqué et avalé le médicament.

Chaque filleul  reçoit une enveloppe mensuelle d’aide aux frais de participation scolaire. L’école publique n’étant pas gratuite, les parents ne peuvent y envoyer leurs enfants de façon assidue.


Quand la famille est trop nombreuse, les ainés, à commencer par les filles, sont sacrifiés pour rester à la maison alors que le petit dernier sera plutôt enclin à aller le plus loin possible dans sa scolarité. Taramana a permis à un certain nombre d’enfants d’être remis sur les rails de l’école principalement pour ceux ou celles qui en exprimait la réelle motivation. Chaque enfant parrainé a signé un contrat stipulant qu’il devait obligatoirement se rendre à l’école publique et doit nous remettre chaque mois une photocopie de son bulletin scolaire attestant de son assiduité et de ses résultats.


Si nous ne pouvons exiger que nos filleuls soient les premiers de la classe, nous attachons une importance toute particulière à ce qu’ils fassent de leur mieux et que leur comportement y soit exemplaire. Taramana prévoit d’améliorer leurs conditions d’études par l’octroi d’une table, d’une chaise et d’une lampe de bureau, en tout cas tout aménagement adapté qui sera profitable à l’enfant chez lui pour étudier dans de meilleures conditions. Pour un certain nombre, un relogement s’avérerait plus que nécessaire mais nous nous heurtons aux limites de notre action.

Ce rendez-vous mensuel avec tous les enfants parrainés est également l’occasion de faire  la mise à jour de leur dossier médical. Il y a toujours un vaccin qui n’avait pas été délivré en son temps pour raison de santé ou pour absence.

Taramana a l’ambitieux projet de vacciner tous les frères et sœurs des enfants parrainés ainsi que de faire un rappel Tétanos-Polio pour leurs parents. Pas moins de 5000 fléchettes injectables seront à prévoir…
Et 21 000 euros à trouver !


Ça va me rappeler mes souvenirs d’aspirant médecin quand je vaccinais à tour de bras les appelés au Service National sur la base de Hourtin et l’unité marine Nouméa.

J.D

Par Taramana
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Jeudi 30 avril 2009

Il est toujours encourageant pour un élève de recevoir des félicitations et un prix pour ses bons résultats obtenus à l’école.

Voilà désormais chose inscrite aux traditions du Centre Taramana où nous nous efforçons de délivrer des petits cadeaux (matériel scolaire, gadgets) aux meilleurs élèves. Nous décernons ainsi un prix en français, anglais et khmer et bientôt en informatique pour chaque groupe de niveau scolaire.




La remise des prix se fait à l’appel des noms des plus méritants sous les applaudissements des autres élèves qui se prêtent volontiers au cérémonial bon enfant.


J’ai été agréablement surpris et ému de remettre le premier prix de français au petit Dina dont l’histoire est à l’origine d’un des films de sensibilisation de l’association « Dina, 11 ans, chef de famille ». C’est une véritable fierté de voir ce gamin qui ne va plus ramasser les déchets dans la rue pour consacrer davantage de temps à ses études et à l’apprentissage d’une langue comme le français. Il serait présomptueux pour autant de penser que tout est gagné. Si on le préfère fréquenter les bancs de l’école, il n’en reste pas moins qu’il devra se surpasser pour rattraper son retard et décrocher à terme, un diplôme ou une formation professionnelle adaptée à ses envies et à ses compétences. S’il parvient à maitriser le français et l’anglais en plus de sa langue natale, je parie fort qu’il aura de bonnes chances de trouver un travail bien rémunéré au Cambodge.

Gageons que cette remise des prix stimulera autant que possible nos élèves dans la maitrise des langues et de l’informatique.


J.D
 

Par Taramana
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Jeudi 19 mars 2009

ll est 8h15 quand les deux autobus finissent par montrer le bout de leur nez au grand soulagement des enfants, intenables devant la porte du Centre Taramana.

Avec une partie du staff et quelques parents accompagnateurs, après avoir vérifié et revérifié minutieusement la liste des inscrits, ce sont pas moins de 114 paires de jambes qui accaparent les sièges des bus.


La sortie d'aujourd'hui est une occasion d'aller visiter 2 sites prisés des cambodgiens: le temple d'Oudong et celui de Phnom Praset, situés à une bonne quarantaine de kilomètres au Nord Est de Phnom Penh sur la route de Battambang.


Pas de question de pouvoir dormir dans le bus, les enfants sont trop excités. Ça braille, ça crie, ça chante, ça rit tant et plus. C'est vrai qu'ils n'ont pas l'occasion de sortir de leur bidonville tous les jours. Pour certains, c'est la première fois qu'ils montent dans un bus. Des petites poches en plastique sont distribuées à chacun...juste au cas où. En à peine une heure de trajet, nous voilà rendus sur place au pied du temple d'Oudong, un des rares temples du Cambodge où reposerait une relique du Bouddha.


La sortie au zoo de Takmao ne m'avait pas suffi l'an passé. J'avais souffert toute la journée à compter et recompter les 20 bambins sélectionnés, accessoirement à faire en sorte qu'ils ne finissent dans la gamelle du lion ou de l'ours. Car ces petits intrépides n'ont pas le sens du danger et les normes de sécurité que l'on connait en France ne sont pas tout à fait les mêmes au royaume khmer. Disons que les cages des fauves permettent aux visiteurs d'être un peu plus au contact direct avec la bête. Un peu trop à mon goût si je me souviens bien...


Ce n'est pas 20 mais presque une centaine d'enfants à surveiller et à compter cette fois-ci. Le danger est un peu moins présent qu'au zoo certes et nous sommes suffisamment nombreux pour encadrer la « horde » sauvage.

Les arrêts photos pleuvent, moi qui croyais qu'il n'y avait que les japonais pour aimer mitrailler à tout va, je me rends compte que les cambodgiens concurrencent outrageusement leurs lointains voisins asiatiques. Nous devons déplorer en l'espace de dix minutes la disparition de deux appareils photos. Le soleil est au rendez-vous, les pickpockets aussi!


Au sommet du temple, les enfants vont prier tour à tour à l'intérieur de la pagode où se trouvent les ossements du Bouddha. Rituel oblige, il est demandé de se déchausser et de ne pas faire de bruit par respect pour ce lieu sacré et pour les gens venus prier en silence. Chose à peine croyable, je n'ai pas eu besoin d'élever la voix une seule fois pour rappeler un enfant à l'ordre sur sa conduite dans l'enceinte du temple. La discipline, la politesse et le respect des autres sont des qualités naturelles pour la plupart de ces enfants, pourtant tous issus de milieux défavorisés.

Ça doit être pour ça que je m'y sens bien. Quand vous n'êtes entourés autour de vous que par des gens souriants, respectueux et ne râlant jamais, vous êtes moins enclin à vous plaindre et à vous créer des ulcères.


Après un sympathique pique nique (riz-poulet grillé/fruits) au pied du temple d'Oudong et qu'il ne manquait personne à l'appel de la montée dans les bus, nous voici repartis direction le magnifique temple Phnom Praset. Merveille pré-angkorienne du 8è siècle, ce monument sacré en impose par sa beauté et sa majesté alors qu'il se trouve perdu au milieu de nulle part dans la campagne reculée du district de Kompong Speu. Les enfants sont ravis et ne manquent pas d'aller prier une nouvelle fois en allumant de l'encens et en faisant une modeste offrande à leur Dieu. Bien entendu, le crépitement des flashs se fait entendre à nouveau et sans ménagement pour leur plus grand bonheur.


La journée est vite passée. Pensant que tout ce petit monde serait exténué d'avoir gravi les centaines de marches de ces deux temples, j'espérais pouvoir sommeiller peu ou prou au retour dans le bus. J'ai bien vite déchanté: les enfants n'ont pas arrêté de chanter. Ils étaient heureux! Quoi de plus satisfaisant au fond pour moi, que de leur avoir fait quitté quelques heures leur univers de poussière pour se retrouver à découvrir ensemble, deux joyaux architecturaux sacrés de leur pays.


Prochaine étape:les temples d'Angkor. Encore une autre histoire...

J.D




Par Taramana
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