Mardi 21 décembre 2010 2 21 /12 /Déc /2010 04:43

Dans un hôpital de Phnom Penh, c’est un peu comme à la Samaritaine, il se passe toujours quelque chose. Je devrais dire que plus rien ne me surprend ou presque. En fait, ce n’est pas tout à fait vrai. Depuis plus de dix ans que je pousse la porte des hôpitaux de la ville, je peux m’attendre à tout.


Récit d’une journée pas comme les autres…


Nous sommes un jeudi, une journée presque ordinaire. La matinée se déroule sans encombre : avec Sam Ol nous rencontrons quelques enfants ayant déserté provisoirement et sans raison les bancs de l’école, puis une mise à jour de quelques dossiers médicaux, et pour finir une heure de calcul mental avec une poignée de gamins à qui il m’amuse de vérifier leur rapidité de calcul surtout concernant la table de multiplication. Le but du jeu : qu’ils puissent, par exemple, répondre à 8 fois 7 aussi rapidement qu’ils peuvent énoncer leur prénom.


A 12h55, c’est l’heure du rassemblement pour le groupe d’enfants qui étudie au Centre Taramana. Fait exceptionnel ce jour là, Vanny, sœur d’une des enfants parrainés qui veut apprendre le français, est à l’heure, en rang comme tout le monde. Je le fais remarquer et cette distinction inopinée lui vaut des applaudissements nourris, qui la gênent quelque peu.


A 15h15, Sam Ol m’invite à aller voir dans le quartier une dame apparemment « pas très bien ». C’est la tante d’une des filleules de Taramana. J’arrête mon activité sur ordinateur pour me rendre à son chevet. Je sais que Sam Ol ne me dérange jamais pour aller voir un petit rhume ou un problème mineur de santé. J’arrive en fait dans la cahute précaire de notre cuisinière au Centre dans laquelle avait pris place la malade. Au premier coup d’œil, je me doute que la partie va être serrée. Son visage est marqué, déshydraté, les yeux creusés et gris, elle peut à peine parler et se mouvoir. Elle git là, à même le sol, entourée par deux grand-mères en à peine meilleure forme, qui tentent de lui faire des massages et de faire fuir mouches et moustiques. J’apprends que cette jeune maman ne mange plus depuis plusieurs jours, boit à peine et se plaint douloureusement du ventre. Un rapide examen clinique me conduit à décider de l’hospitaliser séance tenante. Bien entendu, la décision est sous-tendue par le fait que l’association va prendre en charge tous les frais. A commencer par le transport en ambulance.


Un accord est trouvé avec un hôpital public où elle avait été vue en consultation quelques jours auparavant. Des jolies pilules bleues et vertes avaient été gentiment prescrites en guise de traitement. Avec moins de 7 de tension artérielle, il va falloir autre chose à cette dame que des… Smarties !


Premier épisode délirant : l’arrivée de l’ambulance à l’hôpital. La malade est brancardée et transportée à l’admission pour les papiers administratifs. Et pour une raison que je ne m’explique guère, il a fallu patienter vingt bonnes minutes pour ensuite remettre la patiente dans l’ambulance et faire le tour de l’hôpital pour l’emmener aux Urgences. Je sentais bien que le « bon sens » était parmi nous ce soir et qu’il n’allait pas nous quitter de sitôt. Arrivée du côté hospitalisation, décision est prise de la mettre dans une chambre simple. Pourquoi aller aux Urgences, de toute façon il n’y a plus de place. En France on l’aurait directement envoyée aux soins intensifs en réanimation mais ici … J’avais vu sur le papier d’admission le diagnostic « Cirrhose + Hypertension ». Cirrhose je veux bien mais HTA certainement pas. La pauvre femme accuse presque un choc avec une tension dans les chaussettes. Ne seraient-ils pas capables de la mettre sous médicaments antihypertenseurs en se fiant aux simples données de ce papier ridicule ? Mon souci : la réhydrater et la transfuser sans tarder.


Ma présence semble faire réagir le staff infirmier et médical. On installe la malade sur un lit sans drap et la retrouve quinze minutes plus tard par terre parce que c’est plus frais m’assure t-on. La situation clinique n’est pas folichonne. Je m’empresse de faire un résumé de la situation au médecin de garde qui comprend mais ne parle pas bien le français. Plutôt que de se rendre au chevet de la malade, il fait le tour des quelques éléments du dossier et fait l’état de la poche de médicaments qu’on avait emmené. Au bout de quinze secondes, il me dit sans sourciller : « On ne peut pas faire grand chose de plus pour cette dame ». Incroyable mais vrai. Je crois vaciller en arrière.  Il n’a même pas vu la patiente et il claironne qu’on ne peut rien faire de plus. Encore un de ces champions du monde qui a trouvé son diplôme de médecin dans un paquet Bonux. J’ai deux solutions : je lui vole dans les plumes et je lui fais manger les Smarties avec le plastique ou je la joue subtil et diplomate comme il faudrait toujours l’être au Cambodge. Je n’avais pas très faim, malgré l’heure déjà avancée de la soirée. Il faut dire qu’on avait été nourri de petits poissons fumés offerts de bon cœur par une employée de l’accueil. Je ne sais pas si c’étaient les poissons ou tout ce que je vivais depuis l’après-midi, mais j’avais des relans nauséeux.


Surarmé de patience et de magnanimité, je propose au médecin que l’on discute de ce que l’on peut faire de plus. Et si on la réhydratait ? Et si on la perfusait ? Et si on lui donnait des médicaments contre la douleur ? Et si on lui faisait un vrai bilan ? Et si on lui prévoyait une échographie abdominale pour demain ? Et si on lui transfusait quatre culots globulaires ? C’était mon nouveau jeu : « Et si…? » Apparemment tout redevenait possible alors que tout avait été soi-disant fait. Je faisais en sorte d’enrober mes propositions avec beaucoup de précaution histoire de lui montrer que le chef était toujours le monsieur en blouse bleue qui se tenait devant moi avec son magnifique badge où on pouvait lire : « docteur ». Ce dernier me montre le bilan sanguin qu’il désirait lui prescrire.  « Et vous pensez qu’on pourrait rajouter une CRP, un bilan hépatique, une créatininémie et deux ou trois sérologies ? Ce serait formidable ! » ajoutais-je sans oublier de préciser que nous paierions cash tous les examens prescrits. De toute façon, aucun tube n’est envoyé au laboratoire sans être accompagné du duplicata de la facture réglée.


J’ai l’impression que notre malade a repris quelques couleurs après une heure de perfusion. Cela doit être surtout parce qu’elle arrive à me décrocher un sourire de remerciement. Il faut ponctionner son ventre pour la soulager. Son foie est dans un triste état comme la majorité de ses organes vitaux. Le pronostic est sombre certes mais ce n’est pas une raison pour baisser les bras et la renvoyer chez elle, avec en guise de consolation, des petits bonbons multicolores.


En attendant la mise en place de tout le traitement et des premiers examens, nous nous retrouvons Sam Ol et moi dans la salle des ambulanciers. Ils nous racontent fièrement la compétition entre les ambulances du public et du privé. C’est hallucinant. Les policiers alertent en premier lieu les ambulances du privé car ils auront une meilleure commission de la part de la clinique privée qui va accueillir les patients. Le paroxysme du sordide me saisit lorsque j’apprends que les policiers confisquent eux-mêmes biens et bijoux des blessés (inanimés ou pas encore) en leur promettant de les rendre ... dans une autre vie. Ce qui est fou c’est que tout le monde s’amuse de la situation sauf moi qui n’en reviens  toujours pas. Et ces mêmes ambulanciers de nous montrer fièrement, photos à l’appui, leurs exploits de ramasser des accidentés de la route avec le ventre ouvert, la tête explosée ; il est temps pour moi de sortir de la pièce.


Finalement, après les premiers soins mis en place, le goutte à goutte opérationnel, nous quittons l’hôpital de fortune. En sortant, j’entends le bip d’un monitoring cardiaque qui n’augure rien de bon. Je veux alerter le médecin de garde mais il semble être parti se reposer. Je suis sidéré de constater la famille autour du malade ne savant pas quoi faire, ne bronchant pas. J’ai insisté pour qu’on dérange à nouveau le médecin car on pouvait craindre d’entendre un bip continu dans quelques minutes si rien n’est fait. J’avais pour ma part largement outrepassé mes fonctions ce soir. Il n’est pas imaginable un seul instant une chose pareille dans un hôpital français.


Il sera malheureusement difficile d’envisager une issue favorable pour cette maman de 28 ans, deux enfants en bas âge dont la dernière a tout juste 7 mois.


Nous quittons l’hôpital vers 23h15. Malgré la fatigue de la journée, le sommeil ne viendra pas vite…


J.D

Par Taramana
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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 18:13

P1020792.JPGIl était une fois un petit bébé qui dormait au fond de son hamac…

Cela pourrait commencer comme un conte de fée comme savait si bien les imaginer Perrault ou les frères Grimm.

En fait, c’est l’histoire d’un nourrisson âgé d’à peine quelques mois que l’on a découvert presque fortuitement agonisant dans un hamac au-devant d’une des maisons où Taramana soutient une famille. Alors que nous effectuions une enquête sociale de quartier, une de nos bénévoles les plus alertes, Luedwine avait découvert un bébé grisâtre, abattu, apparemment complètement déshydraté, gisant au creux d’une couverture et balancé dans un hamac en bien piteux état. A quelques pas de là, affairé auprès d’une autre famille que Taramana soutient également, je suis donc interpelé par Luedwine qui semble en panique devant la situation de l’enfant moribond. Effectivement, le nourrisson paraît mal en point. Il semble chaud et ne pas trop réagir aux différents stimuli que je lui prodigue. Le biberon situé à quelques centimètres de sa bouche est vide et je suis persuadé qu’il n’a déjà plus la force de téter. Il faut agir vite si on veut le garder en vie. Branle-bas de combat à PRO-THY 0599l’association. Décision est prise de le prendre en charge immédiatement avec achat de biberons plus adaptés, eau en bouteilles et lait maternisé. Moi qui revendique à qui veut l’entendre qu’à Taramana nous ne sauvons personne mais apportons juste notre modeste aide, il s’agit pour le coup de faire son possible en un temps record pour éviter un drame dans cette famille apparemment complètement démunie. Un rendez-vous en consultation pédiatrique avec notre  amie, le Docteur Isabelle Mouzard est pris en urgence.

Je suis effaré quand je découvre la mixture préparée et donnée au bébé en guise de lait de croissance : une infâme soupe de riz infestée de fourmis. Pas étonnant que l’enfant se retrouve déshydraté. Combien de jours ou même d’heures aurait-ilPRO-THY 0598 encore tenu avec cette soupe ? C’est là où je prends conscience des difficultés de prise en charge des familles les plus démunies pour faire face à une situation aussi dramatique. C’est la grand-mère qui est en charge du nourrisson. Son fils est mendiant et aveugle, ce qui ne l’a pas empêché paradoxalement d’avoir 5 enfants, apparemment avec plusieurs femmes. La consultation avec Isabelle est rassurante. Il est affaibli et déshydraté mais tous nos efforts pour le réhydrater se sont avérés payants.

PRO-THY 0631-copie-1Nous apprenons quelques jours après que la mère voulait vendre le bébé pour 300$ TTC (soit 230 euros). Elle a quitté le foyer je ne sais pour quelle raison mais le chef du village nous a assuré qu’il fallait que le bébé soit gardé par la grand-mère et le papa. Après une semaine de réhydratation intensive, le nourrisson a repris toutes ses couleurs de bébé comme on les aime. Je remarque qu’il a un regard vif et il semble très éveillé pour son âge : 3 mois. Fait troublant, c’est un bébé qui ne pleure jamais. Ou alors je ne suis pas là pour le voir ou l’entendre. Quand je vais lui rendre visite avec Sam Ol, le manager général qui s’occupe de l’approvisionnement régulier en boîtes de lait en poudre, eau, c’est une véritable troupe d’enfants du centre qui nous emboîte le pas et vient vérifier que tout va bien. Le marmot est devenu malgré lui l’attractionSAM 1440 du quartier. La grand-mère est aux anges. Elle sait que son petit fils a une chance de s’en sortir avec notre intervention. C’est alors que se produit un moment très émouvant pour moi : la vieille dame dans un khmer que je ne comprends pas tout de suite me montre du doigt et fait dire à Sam Ol qu’elle veut bien me le confier mais uniquement à moi. Je suis touché du geste de confiance mais me voilà bien embarrassé pour décliner l’offre. Après un moment de doute où je m’imaginais avoir la charge de l’enfant et devoir quelque peu réorganiser ma vie, je retrouve vite mes esprits et assure la grand-mère que je préfère largement que l’enfant reste dans sa famille et que nous ferons tout notre possible à Taramana pour assurer le bien-être du bébé.

 SAM 1424-copie-2Sur ces paroles, nous décidons ensemble du prénom de l’enfant : il s’appellera Pro Thy. Cela sonne bien : le petit Pro Thy. J’en deviens le parrain d’honneur, rôle qui me convient beaucoup mieux en la circonstance. Il est décidé d’acheter un nouveau hamac, de nouveaux vêtements, un stérilisateur de biberons, des tétines et autres petits accessoires utiles pour l’enfant. On poussera la folie à lui acheter une petite charrette un peu trop grande encore pour lui, mais je sens bien qu’il va vite grandir le bougre.

Je m’inquiète des conditions de vie de l’enfant. La maison n’est pas très sécurisée comme la grande majorité en fait des maisons du bidonville. Les trous entre les planches en bois du plancher me font peur. Cela craque un peu trop àSAM 1434 mon goût quand on y marche à plusieurs. Au fond de la maison, il y a certes une magnifique vue sur le champ de liserons d’eau mais c’est en fait en dessous de la verdure un ignoble cloaque de boue et de déchets nauséabonds. Je me mets alors à donner des conseils de sécurité via Sam Ol pour me tranquilliser. Et la grand-mère de me regarder comme si je la prenais pour une demeurée après tous les enfants et petits-enfants qu’elle a déjà élevés.

Trois mois ont passé durant l’été où je me trouvais en France. Je suis tout heureux de retrouver le petit Pro Thy en pleine forme fin septembre, pas potelé comme les bambins de chez nous, P1040447-copie-1mais certainement dans la norme locale. Il est mignon comme tout avec plus de cheveux qu’avant. Par contre, il a appris à pleurer, le galopin. Il ne tient pas plus que ça à rester dans mes bras ne réclamant apparemment que ceux de sa grand-mère. Il me fait toutefois des sourires et a toujours son air éveillé. Il aura un an le mois prochain ou dans deux mois, personne ne sachant vraiment sa date de naissance. Comme plus de 90% des enfants de Taramana d’ailleurs. Allez, on va faire en sorte que le petit Pro Thy devienne grand et s’épanouisse du mieux possible au sein de la famille élargie de Taramana.

Normalement, on ne commence pas le parrainage d’un enfant avant l’âge de 5 ans. Ne faut-il pas faire une exception pour confirmer la règle ? Voilà chose faite et j’en suis un parrain fort heureux.

 

J.D

P1040449

Par Taramana
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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 17:33

SAM_1796.JPGC’est sans conteste un des espoirs véritables de l’association. Ce gamin est un modèle de gentillesse, d’humilité et de sérieux. Au Centre Taramana, il fait l’unanimité auprès de ses professeurs de langues et d’informatique. Toujours discret, il participe activement aux cours n’hésitant pas à commettre des erreurs pour en faire moins la fois suivante. Il est premier quasiment partout au Centre. A l’école publique de Russey Keo, s’il n’est pas en haut du classement, c’est parce qu’il ne participe pas aux cours privés donnés par les mêmes professeurs du public plus soucieux de grappiller quelques dollars supplémentaires que d’instruire leurs élèves.

Force est de constater que Vuthny est un excellent élément qui force l’admiration de tous. Tout P1110921le monde l’adore d’ailleurs. Poli et respectueux en toutes circonstances, il affiche un sourire spontané qui le rend d’emblée sympathique. J’aurais tendance à dire qu’il en est presque agaçant tant Il est difficile de lui trouver un défaut même en y réfléchissant bien. Il réussit tout ce qu’il entreprend. Non content d’être doué à l’école, il est également un petit génie artistique. En quelques mois, il a appris à manier les bolas, sortes de boules en cuir accrochées au bout de 2 chaînes en ferraille que l’on fait tournoyer autour de soi sur des musiques endiablées. C’estvuthny 0355 Romain Beugnot, le fils de l’actuel directeur de l’AFD (Agence Française de Développement) qui l’avait initié à la pratique de cette jonglerie. En à peine deux mois, l’élève avait dépassé le maître. Vuthny est tout simplement impressionnant. A l’occasion de plusieurs spectacles donnés dans de grands restaurants de Phnom Penh il y a quelques mois, Vuthny a fait un véritable buzz. Les ambassadeurs de France et du Japon en redemandaient. Il faut dire qu’on avait mis le paquet. J’étais allé avec Vuthny dans un  marché au Sud de la ville lui chercher une tenue de scène avec chemise de star, pantalon flashy et ceinture blanche qui s’harmonisaient parfaitement avec la lumière noire des vuthny 8596projecteurs. Cinq minutes de folie, c’est la durée du spectacle d’un Vuthny maître de lui et de son art sur une musique électro de Jean-Michel Jarre. Autant dire que l’exercice est physique et périlleux. L’adolescent sort épuisé et essoufflé de ses prestations, expérimentant à chaque fois l’apnée. C’est donc sans peine qu’il avale deux grands verres d’eau pour récupérer de ses efforts.

En juin dernier, en première partie de la TaramanAcademy 2, Vuthny a pu démontrer tous ses talents aux yeux de toute sa famille et des centaines de villageois réunis pour l’occasion, heureux de pouvoir profiter d’un spectacle inédit dans le bidonville.

Malgré cela, Vuthny garde la tête froide. Il habite avec ses parents et son petit frère dans une petite cahute en bois sans prétention le long de la voie ferrée. Son papa est conducteur de tuk tuk et sa maman vendeuse de légumes dans le marché local. La bonté et la gentillesse doivent être héréditaires lorsque l’on connaît ses parents. Le petit Simanith, sonvuthny 8755 frère cadet suit les traces de son aîné. Tous deux  se rendent serviables et participent avec joie aux tâches ménagères de la maison. Vous ne serez pas étonnés d’apprendre qu’ils ne ratent aucun cours et ne sont quasiment jamais en retard à l’école. J’avais remarqué que Vuthny avait fait de sacrés progrès en français comprenant beaucoup mieux ce que je lui disais en dépit de ma diction pas toujours très claire. Le nouveau professeur de français, Monsieur Pheak doit y être pour quelque chose aussi.

P1110787Vuthny veut être docteur comme beaucoup d’autres enfants à qui on a posé la question au cours des enquêtes sociales réalisées en début d’année. Avec l’aide de l’association, il est fort à parier que son rêve devienne réalité.

Notre mission première est de permettre à ces jeunes comme Vuthny d’être l’avenir de ce pays, un pays marqué par le terrible génocide khmer rouge qui a vu l’élite intellectuelle du Cambodge réduite à néant.

Nous sommes parfaitement conscients que la grande majorité des enfants du bidonville P1120391n’atteindront jamais le niveau baccalauréat. Comment le pourraient-ils d’ailleurs quand pour certains leur parrainage a démarré alors qu’ils étaient en niveau 3 (CE2) à 14 ans ? Cela ne veut pas dire pour autant qu’ils ne possèdent pas tous les atouts pour réussir. S’ils sortent des études avec la possibilité d’écrire, lire et compter et qu’ils se débrouillent en français et/ou en anglais en plus de leur langue maternelle, rien ne lesSAM 1507 empêchera de devenir, par exemple,  de bons électriciens ou des ouvriers du bâtiment qualifiés et gagner un honnête salaire. Quand on sait que seuls 10% des bacheliers trouveront un travail, on serait tenté de les orienter plutôt sur une formation professionnelle touchant aux métiers du tourisme en vogue dans le pays. Si en plus, durant leur cursus au Centre Taramana, 2010 04180577ils ont appris tout un tas d’activités ludiques et artistiques, qu’ils ont participé à des spectacles originaux et ont pu découvrir les merveilleux sites de leur pays, alors on pourra dire que l’épopée Taramana aura servi à quelque chose.

Bref, nous ne pouvons et n’envisageons pas de cloner Vuthny parce que si ce gamin reste unique et fabuleux, les autres le sont aussi et méritent tout autant notre soutien et nos encouragements.

 

J.D

Par Taramana
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Samedi 30 octobre 2010 6 30 /10 /Oct /2010 17:01

ENQUETES 3371L’organisation des enquêtes sociales se déroulait selon un schéma bien établi : le matin était consacré aux visites des familles, l’après midi à la rédaction des documents PEF et LAP sur ordinateur qui prenait autant de temps sinon plus que la visite elle-même.

 

Je suis particulièrement volontaire pour aller au cœur des familles et refaire le point avec elles. Cela me permet de mieux les connaître et d’évaluer au plus juste leurs besoins. Je suis toutefois gêné de devoir recourir à un une batterie de questions plus ou moins indiscrètes sur leur mode de vie. Je ne suis pas le seul d’ailleurs car je dois obligatoirement passer par un traducteur khmer. Je me demande toujours si mes questions sont retranscrites fidèlement ou bien si l’intermédiaire bilingue ne prend pas le soin de mettre les formes. C’est d’autant plus ENQUETES 4106probable que la scène se déroule le plus souvent dehors, à la vue de tous les voisins qui ne manifestent aucune gêne à venir partager les réponses. Personne ne semble s’en offusquer outre mesure mais jusqu’à quel point. Je suis toutefois surpris que les mamans ou les grands mères prennent les devants en évoquant sans la moindre gêne leurs problèmes médicaux ou leur endettement. Tout le monde a bien compris que nous n’étions pas là poussés par une malsaine curiosité ou pour faire je ne sais quelles statistiques mais pour bel et bien apporter une aide conséquente aux enfants et à leurs familles.

 

Certains jours sont plus difficiles que d’autres. Je suis parfois effaré de constater l’ampleur des problèmes que cumulent quelques familles. A croire que le sort a définitivement décidé de s’acharner contre eux.

Le plus saisissant à mon avis est de voir leur faculté apparente à surmonter les épreuves. C’est l’exemple d’une mère qui vit avec ses 3 enfants en bas âge sous la maison de la belle mère qui a ‘’généreusement’’ accepté de prêter un abri de fortune pour 4 personnes: il s’agit de quelques planches en bois sous une maison sur pilotis avec un espace de vie d’à peine 3 mètres carrés. Même l’ancien squat de Dina (cf http://taramana.over-blog.org/article-19344003.htm) paraissait ‘’plus spacieux et confortable’’ en comparaison avec ce cagibi où la ENQUETES-4129.JPGhauteur maximale ne dépasse pas le mètre. On ne peut imaginer des enfants de 2 – 3 ans à peine vivre dans des conditions aussi rudimentaires. J’apprends avec stupeur qu’à la saison des pluies, l’eau effleure le plancher du refuge de fortune. Seule la moustiquaire fait office de protection la nuit. Les voleurs auraient tôt fait de cambrioler la maison en deux temps trois mouvements puisqu’il n’y a rien à soutirer en dehors de quelques ustensiles de cuisine et quelques vieux habits suspendus. La maman affable nous raconte les difficultés qu’elle rencontre à soigner ses enfants quand ils tombent malades. Pas de quoi acheter le moindre médicament ou alors les petites gélules vertes ou bleues made in China dont on ne sait pas trop ce qu’il y a dedans si ce n’est de la poudre de perlimpinpin. La maman est contrainte de laisser ses enfants lorsqu’elle part au travail sous la surveillance approximative de ses voisins. Le salaire est maigre : l’équivalent de 40 euros par mois en travaillant 50 h par semaine voire davantage selon les envies du patron chinois qui exploitent ses employées de façon éhontée. Bien entendu, aucune banque ne veut prêter de l’argent à cette mère pas plus qu’au trois quart de la population de Boeng Salang. Elle me confie qu’elle n’a ENQUETES 4306d’autre recours que d’emprunter de l’argent à un usurier du coin, un de ces policiers véreux ou un haut militaire gradé qui roule en Lexus rutilante à 100 000 euros l’unité. Je suis littéralement outré lorsque j’entends que cette maman ayant à peine de quoi nourrir ses enfants doit débourser 20$ par mois pour une dette de 100$, soit 20% d’intérêt mensuel, ce qui représente quasiment la moitié de son salaire. Et le montant de la dette peut rester ainsi pendant des années. C’est affligeant de voir que les plus nantis profitent de la vulnérabilité des plus déshérités sans aucun scrupule, sans la moindre honte.

 

Et malgré tout, en dépit de ce gouffre de misère sans fin, cette mère garde toujours le sourire aux lèvres. Ce n’est qu’un leurre en réalité, je l’ai croisé quelques fois en train de pleurer quand ENQUETES 4310trop c’est trop. D’où vient la force qu’elle droit trouver pour surmonter les problèmes du quotidien ? Combien de familles vivent dans des conditions aussi précaires ? Quelles solutions durables peut on apporter à ces familles si vulnérables dont on voudrait tellement effacer toutes leurs dettes ? En avons-nous les moyens ?

Bien entendu, notre passage auprès de ces familles se concrétise par une aide d’urgence quand il s’agit de les reloger ou de les soigner pour des situations qui semblent prioritaires. C’est ainsi le cas de cette dame qui s’est vue reloger quelques temps après notre venue dans une maison de 25 mètres carrés avec 4 murs, un toit et une porte qui ferme. La ration de riz a été augmentée sensiblement ainsi que l’enveloppe mensuelle destinée encourager l’enfant parrainé à être assidue à l’école publique puisque cette dernière n’est pas gratuite.

Côtoyer toutes ses familles en difficulté me permet de relativiser les petits soucis de la vie ENQUETES 4282quotidienne. Cela ne m’empêche pas de râler pour des broutilles ou pour des frustrations minimes liées à mon tempérament bien connu d’eternel insatisfait et de fonceur. Il y a toutefois une petite sonnerie qui retentit dans ma tête pour me rappeler que je devrais avoir honte de me plaindre quand je repense à ce que je vis aux cotés de ses familles. On n’en fera jamais assez et on  fait déjà ce que l’on peut pour tous ces enfants. Leur bonne humeur et leur joie de vivre quasi permanentes me dopent pour vouloir en faire toujours davantage.

C’est le but que je me suis donné en France : montrer par l’image et le son les conditions de ces vies des enfants cambodgiens qui ont précocement compris qu’on ne peut s’en sortir qu’en étudiant et en donnant le meilleur de soi même. Les études ne sont pas gratuites, le docteur, l’hôpital, les médicaments se paient cash sinon on souffre en silence en espérant que cela passe tout seul. Rien n’est gratuit en fait et le gouvernement ne dispense pratiquement aucune aide sociale, aucune assurance chômage, vieillesse,…Je rêve de m’arroger le pouvoir de faire une grande braderie de toutes ces voitures de luxe avec des plaques STATE et  RCAF qui encombrent les artères de Phnom Penh et financer un programme d’action sociale avec. J’ai bien peur qu’on me dise que je suis tombé dans le grand chaudron de l’utopie…

Si on ne veut pas finir chiffonnier, mendiant ou dans les bars sordides à la proie de touristes pervers, une seule issue possible : étudier.

Encourager et valoriser ces enfants est donc notre unique souci pour augmenter leurs chances d’obtenir un métier convenable et d’avoir en tout cas un avenir un peu meilleur. Apparemment, ils l’ont bien tous compris et c’est là l’essentiel.

L’aventure continue…

 

J.D

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Taramana
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 14:58

ENQUETES-SOCIALES 3382Comme cela avait été annoncé à la dernière assemblée générale de l’association en fin d’année 2009 au Casino Miami d’Andernos, l’année 2010 doit être l’occasion de renforcer la correspondance entre les filleuls de Boeng Salang et les parrains et marraines de France. Il nous avait été reproché, à juste titre d’ailleurs, un manque de communication et d’information sur le devenir des enfants parrainés au sein du bidonville.

Des réunions de travail ont ainsi vu le jour dès le mois de décembre pour savoir comment pallier au moins nos lacunes dans ce domaine. Il est capital que les personnes qui s’investissent sur le long terme pour soutenir leur filleul obtiennent satisfaction en constatant son évolution. Rien de plus naturel au fond qu’ils reçoivent nouvelles, courriers, bulletins scolaires plusieurs fois par an.

ENQUETES-SOCIALES 4049On blâme tant d’associations dites humanitaires de ne pas être claires quant au devenir des fonds collectés. A Taramana, on a choisi de jouer la carte de la transparence la plus totale. Non seulement vous avez le droit de savoir ce ENQUETES-SOCIALES 4056que devient l’argent (c’est un pilier fondamental de notre Charte consultable sur le site www.taramana.org rubrique « Notre Charte  ») mais on se doit de vous tenir informé du devenir des enfants que vous soutenez. Bien entendu, on ne peut garantir que l’enfant parrainé deviendra avocat ou médecin. Par contre, tout est fait  pour qu’il soit mieux nourri, mieux soigné et qu’il accède à une meilleure éducation.

A titre personnel, j’aurais envie de dire que je suis plus que ENQUETES-SOCIALES 4059satisfait des progrès réalisés par la plupart des enfants pris en charge par l’association depuis 4 ans que Taramana a lancé son programme de parrainage individuel. Je m’empresse d’ajouter qu’on doit rester humble malgré tout. Pas question pour moi d’utiliser les mots ‘’sauver’’ ou ‘’indispensable  ‘’, cela reste toujours une aide limitée. Car on ne peut prétendre changer la vie d’un enfant ou d’une famille  de 12 personnes ou plus avec 20 ou 40 euros par mois.

Quoi qu’il en soit, le sourire et la lueur d’espoir affiché dans les yeux des enfants me donnent envie de continuer, d’aller plus loin avec l’aide de tous.

Il reste tant à faire pour améliorer un tant soit peu la vie de ses enfants.

Les quelques réunions de travail de fin d’année aboutissent à la volonté de renforcer notre communication avec l’aide de plusieurs outils :

-          la PEF : Présentation Enfants Famille. C’est l’occasion de refaire une enquête sociale complète auprès des familles avec un dossier beaucoup plus clair et précis.

-          la LAP : La lettre aux parrains. Rédiger une à deux lettres par an aux parrains en questionnant le filleul sur un thème précis. La première LAP envoyée concerne la journée type de l’enfant du lever au coucher.

-          Les bulletins scolaires (BS) de l’enfant communiqués aux parrains 2 à 3 fois par an.

-          Un bulletin d’information semestriel destiné à tous les contacts de Taramana : le numéro 1 du TaramaNews est sorti fin juin.

-          Une correspondance plus suivie entre parrains et filleuls concernant les courriers personnalisés transitant par l’email parrainage@taramana.org.

    ENQUETES-SOCIALES 4112 Il faut savoir que tout ce travail est assuré par une équipe de bénévoles français qui consacrent des heures entières pour ne pas dire des journées tous les mois afin de respecter la parole promise. Telle est notre volonté, celle de composer uniquement avec des bénévoles motivés dont le leitmotiv inébranlable est le suivant : ‘’assurer un travail sérieux sans se prendre au sérieux’’.

 

 

Les 6 premiers mois de cette année 2010 sont donc consacrés à la réalisation de nouvelles enquêtes sociales indispensables à la rédaction des PEF et LAP. C’est un véritable branle bas de combat à Taramana. Annoncer des choses ambitieuses, c’est bien, les concrétiser sur le terrain, c’est une autre histoire. Il nous faut du monde pour assurer lesENQUETES-SOCIALES 4275 enquêtes sociales auprès des 130 familles du quartier, prendre des notes, des photos, les trier, les classer et les numériser sur des fichiers refaits à neuf. C’est un travail énorme avec en parallèle la rédaction des lettres aux parrains. Heureusement Taramana peut envoyer une véritable ‘’armada’’ de bénévoles sur le terrain qui vont assurer 6 mois durant le travail à effectuer.  Plus de 15 bénévoles français vont venir renforcer l’équipe sociale cambodgienne pour aller visiter les familles et questionner tous les enfants. Certains vont même venir au Cambodge 2 fois en 6 mois pour finir le travail. Et tout ceci à leurs frais exclusifs.

A suivre…

 

J.D

Par Taramana
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Dimanche 29 août 2010 7 29 /08 /Août /2010 12:37

nicolas-le-conteur 4141C’est un peu comme à la dernière séance d’antan. Il semblerait qu’il y ait un rendez-vous à ne pas manquer au Centre Taramana en ce vendredi un peu particulier.

Les cours du matin  et de l’après midi  ont été annulés à la demande de Sam Ol, le manager général. Visiblement, il se prépare quelque chose, quelque chose d’exceptionnel. Les enfants le savent, leur excitation ne laisse aucune place au doute. Le brouhaha ambiant qui règne parfois au rez-de-chaussée est amplifié par l’annonce de la venue d’un personnage un peu énigmatique : Nicolas le conteur. Ce quinquagénaire, que l’on pourrait prendre pour le sosie de Gérard Klein, a une passion : celle de raconter des histoires extraordinaires aux petits comme aux grands. Deux séances d’une heure sont donc prévues aujourd’hui au Centre Taramana pour le plus grand plaisir des enfants, vite résolus à abandonner les tabourets de leur cours de français ou d’anglais pour venir profiter de ce spectacle inédit, assis par terre sur des nattes installées sur la grande terrasse du bâtiment.

nicolas-le-conteur 4133Nicolas n’est pas venu tout seul. Si certains enfants ont fait d’énormes progrès en français, ils n’en sont pas encore à suivre une histoire narrée dans la langue de Molière. Même après quelques mois passés au Cambodge, Nicolas ne maîtrise pas non plus suffisamment le khmer pour interpréter ses contes dans la langue locale. Mais il a eu par contre l’ingénieuse idée de recruter unnicolas-le-conteur 4144 fort sympathique étudiant en médecine cambodgien pour assurer la traduction en khmer. Polen s’est rapidement familiarisé avec les expressions de son maître conteur et connaît désormais quasiment toutes les histoires par cœur pour les avoir déjà répétées maintes et maintes fois auprès d’autres structures associatives de Phnom-Penh. Le binôme fonctionne à merveille. A peine le premier conte entamé, un silence implacable a envahi la terrasse du centre, nicolas-le-conteur 4153uniquement perturbé par les voix du duo narrateur. C’est amusant de voir la traduction simultanée assurée par Polen qui met tout son cœur à interpréter les histoires féériques avec énergie et passion. Les mimiques sont là, le geste est précis et le regard vif et brillant. L’étudiant jubile à se mettre en spectacle, ce qui est paradoxalement assez inhabituel chez les jeunesnicolas-le-conteur 4149 cambodgiens plutôt réservés et effacés en public. On se demande parfois si la traduction n’est pas un peu fantasque ou arrondie sur les angles à en croire  le texte qui paraît  beaucoup plus long que l’initial. Toujours est-il que les enfants sont captivés, certains bouche bée. Ils ne veulent pas en perdre une miette. Et oui, dans les contes de Nicolas, la fourmi a plus de poids qu’un éléphant, les animaux chantent et parlent entre eux, les oiseaux sortent des boîtes comme par magie pour y revenir le temps d’un vol d’espoir et de liberté.

nicolas-le-conteur 4166Les enfants sont également invités à participer aux bruits de la jungle et à crier plus fort pour donner vie et forme aux personnages. Comme pour mieux captiver l’attention des enfants, chaque histoire estnicolas-le-conteur 4174 ponctuée par une musique produite par Nicolas, manipulant des instruments insolites venus d’un autre temps. Le son produit ajoute à l’ambiance féérique qui s’est installée en dépit de la chaleur étouffante qui règne en ce mois de mai.

 

Pour finir, Polen, Nicolas et sa femme Isabelle ont offert aux enfants la possibilité de jouer de ces instruments originaux. Tout d’abord timides et observateurs incrédules face aux objets faiseurs de sons nicolas-le-conteur 4175ensorcelants, les bambins se sont mis à les toucher puis ànicolas-le-conteur 4180 tenter d’en sortir des mélodies. Chacun semblait heureux de composer quelque chose plus ou moins mélodieux. Les rires fusaient de toutes parts et les deux compères avaient réussi, une fois encore, leur pari : transporter, ne serait-ce qu’une heure, les enfants dans un autre monde, celui du rêve magique.

 

Pari réussi. Bravo messieurs!

  J.D

Par Taramana
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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 14:46

DSC02211Ça y est, c’est parti mon kiki ! Pas moins de 30 enfants ont été sélectionnés pour aller découvrir les joies de la mer dans la station balnéaire de Kep dans le Sud du pays. Priorité a été donnée aux enfants habitant loin du quartier Boeng Salang et n’ayant pas souvent l’occasion de profiter des manifestations festives qui se déroulent au village. Autres critères retenus pour DSCF0687emmener les enfants : assiduité et comportement exemplaire au centre Taramana. Bien entendu, tous les enfants partiront patauger à tour de rôle dans les eaux tropicales chaudes du Golf de Thaïlande.

Pour ces vacances du Nouvel an Khmer où le centre est fermé pour 2 semaines, ce sont donc 3 groupes d’enfants qui sont partis, encadrés par le manager général, Sam Ol, quelques employés cambodgiens et des bénévoles français.2010 04180639 Le minibus de 15 places acheté il y a quelques mois était le moyen de transport idéal pour nous emmener un peu partout autour de Kep.

Deux grands moments s’avéraient incontournables pour chaque groupe. Tout d’abord, la sortie à l’île aux lapins, petite bande de terre au large de Kep, réputée pour ses jolies plages à l’ombre des cocotiers et des paillotes qui longent la côte.

Pour les enfants dont la plupart franchissent à peine le périmètre du bidonville, tout n’était qu’émerveillement. Prendre un bateau à moteur pour rejoindre l’île, aller pique niquer sur la plage et profiter de la journée entière pour jouer et nager, quoi de plus excitant pour des gamins qui ne connaissent que les rues poussiéreuses de Boeng Salang. Malgré la chaleur écrasante du mois d’avril et le soleil qui brûle littéralement aux alentours de midi, les enfants rechignaient à 2010 04180824quitter l’eau. J’avais du mal à jouer les rabat-joies en leur demandant de venir quelques instants à l’ombre, boire une boisson fraîche et mettre pour les peaux les plus claires un peu de crème solaire. A peine avais-je le dos tourné, que les diablotins, tels les bébés tortues fraichement sorties de leur coquilles,  retournaient nager, patauger, jouer au ballon. On avait en plus emmené deux gros bateaux gonflables qui se sont avérés de véritables instruments de joie de vivre pour tous ces enfants qui n’en demandaient pas autant.

2010 04180666C’était vraiment émouvant de les voir s’amuser autant, loin, si loin de leurs soucis du quotidien. En plus, cerise sur le gâteau, les repas étaient bons et équilibrés : du poisson ou de la viande, des légumes sautés, l’inévitable riz et des fruits frais. Pour certains enfants dont on se doute qu’ils ne mangent pas à leur faim tous les jours, ce mini séjour de 3 jours avait un petit goût de paradis.

2010 04180659Un autre grand moment de bonheur a été la sortie au marché aux crabes de Kep, passage obligé dans cette bourgade quand on est amateur de crustacés frais. Il fallait voir comment les enfants ont véritablement englouti les mollusques cuits devant leurs yeux. Autant dire qu’il ne restait pas grand chose des pattes et duSAM 0935 corps de la bête. Moi qui ne mange que les grosses pinces, eux se sont occupés du reste sans faire la fine bouche.

Le soir avant le diner où l’on se retrouvait tous ensemble, les enfants ont tenu à écrire à leurs parrains/marraines pour leur SAM 0615raconter leurs péripéties à la mer. Certains d’entre eux ont surtout tenu à préciser qu’ils étaient trop contents de bénéficier de 3 repas par jour.

Au delà du plaisir de voir les enfants s’éclater au milieu des vagues et profiter de quelques jours de vacances comme ils n’en ont sans doute jamais connus, j’ai été agréablement surpris de la parfaite entente qui a régné entre eux tout au long 2010 04180883des 8 jours passés à Kep. C’est à peine croyable de constater que les enfants, quels que soient leur âge, n’ont manifesté aucun signe d’agacement ou de jalousie. Mieux, ils ont affiché une bonne humeur constante avec la volonté inébranlable de toujours rendre service en toutes occasions.2010 04180810

 

Sur l’île aux lapins, s’il n’y a pas de lapin, il y a tout ce qu’il faut pour redonner l’envie aux enfants d’y revenir.

Un peu plus longtemps s’il vous plaît ?

 

 

J.D

 

 

 

Par Taramana
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Samedi 3 juillet 2010 6 03 /07 /Juil /2010 13:01

P1020300Il y a des bénévoles qui passent à Phnom Penh et qui ne laissent pas grande trace de leur passage au Centre Taramana. Il  y en a d’autres par contre qu’on ne risque pas d’oublier.  C’est le cas de cette jeune grande fille brune, élancée au regard perçant qu’on pourrait facilement confondre avec une de ces princesses sorties d’un conte de fée.

Un ultime stage validant un Master d’une grande école privée de Lyon l’a poussé à venir passer 8 mois parmi nous dans le bidonville de Boeng Salang. Loin, bien loin de ces filles qui comptent sur leurs mamans au moindre petit tracas, Mika comme elle aime se faire prénommer, affiche une aisance en toutes circonstances qu’elle aime faire rimer avec indépendance et clairvoyance. Car la bougresse, du haut de ses 23 ans, ne s’en laisse pas compter : elle a déjà trainé ses basques au Sénégal ou en Inde pour donner déjà de son temps et de son énergie au service des plus démunis.

michaela 4348Sa mission à Taramana  n’est pas des plus faciles : elle  porte sur le développement de partenariat avec les organismes de formation professionnelle et les universités de Phnom Penh pour faciliter l’orientation future des jeunes de Taramana . En plus de ça, elle est en charge de répertorier et visiter la plupart des centres médicaux et des ONG médicales pour que l’association puisse envoyer les enfants dans les meilleures structures sanitaires du pays à moindre coût. Ce n’est pas une mince histoire : il faut pour cela honorer moult rendez-vous à droite et à gauche pour obtenir le plus d’informations possibles utiles.

 Il fallait la voir enfourcher sa moto, une 125, et démarrer l’engin à la force du mollet. Casque vissé sur la tête, sac à dos bien calé et lunettes noires acérées, son départ en trombe à chacune de ses sorties ne laissait aucune place au doute :P1020290 ‘’la Mika’’est une fonceuse. Il faut croire que c’est dans les gènes de la famille quand on connaît les autres membres. J’admire ceux et celles qui joignent le geste à la parole en opposition avec les personnes qui ‘’blablatent’’ longtemps pour un résultat qui oscille entre le vide et le courant d’air.

Non contente d’avoir transformé sa mission avec succès, Princesse Mika s’est offert le luxe d’en faire plus : elle a lancé bon nombre d’activités artistiques et sportives  pour le plus grand bonheur des enfants du quartier.  C’est ainsi que près de P102008540 enfants suivent des cours de danse traditionnelle khmère à Apsara Arts Association. De même, plus d’une trentaine se rendent tous les mercredis après midis pour suivre des cours de hip hop avec l’ ONG Tiny Toones située dans le Sud de la ville.

Partageant l’appartement des volontaires qui compte six chambres, j’avais vite compris comment dompter ‘’l’animal’’ qui en occupait une… : il m’arrivait parfois, par bonté d’âme, de lui préparer un petit café bien chaud parce que j’avais remarqué que ‘’la bête’’ restait muette tant qu’elle n’avait pas reçu sa dose de caféine matinale. Un verre de rouge sur un bout de camembert et un carré de chocolat ramenés de France suffisaient à son bonheur pour qu’elle se surpasse au travail. Tant et si bien que j’ai étéSSA40715 surpris de sa participation active à toutes les manifestations festives qui ponctuent l’agenda Taramana : à chaque évènement important, on pouvait compter sur son aide dynamique. Sortie environnementale, présélection de la TaramanAcademy, fêtes multiples au village, Mika est là et met la main à la pâte. Pas besoin de préciser qu’elle prend un réel plaisir à se rendre utile, que ce soit pour encadrer les enfants dans les sorties extérieures comme pour distribuer sandwichs et boissons aux enfants au détour d’une fête au village.

Pour finir en beauté, Mika s’est investie à corps perdu dans P1020873l’organisation d’un grand évènementiel dans deux des plus beaux restaurants de Phnom Penh : Le Liban et le Duo. C’est ainsi que les 13 et 14 février derniers, 30 de nos enfants se sont produits devant une foule venue nombreuse pour les soutenir au cours d’une soirée caritative au profit de l’association. Deux ambassadeurs s’étaient déplacés pour l’occasion donnant dumichaela 3093 baume au cœur pour les enfants dans leurs prestations de danse, hip hop et jonglerie. Je dois personnellement saluer le travail énorme effectué de façon remarquable pour un résultat plus que satisfaisant : plus de 1400 dollars de recettes et surtout et avant tout un grand moment d’émotion pour ces enfants si fiers d’être sous les projecteurs le temps d’un soir.

Bref, vous l’aurez compris, Mika a bien mérité son surnom de Princesse. Quand je vous aurais dit qu’elle a gagné le concours de robe la plus sexy de l’année et qu’elle fait un inimitable fruit shake mangue-banane-fruit de la passion à vous faire tomber de l’arbre, vous saurez tout ou presque de cette aventurière qui n’a franchement pas froid aux yeux.  Moi non plus d’ailleurs mais ce serait plutôt parce que je vis l’hiver sous les Tropiques…enfin n’en disons pas plus !

 

J.D

 

 

Par Taramana
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 20:07

Le petit Seng Hay n’en revient toujours pas. Ses yeux ne quittent plus l’écran de l’ordinateur ultraportable qu’il a devant lui. Preuve que l’outil informatique ne lui pas est totalement familier, ses deux index tapotent une à une les touches du clavier avec un bonheur qui se lit sur son visage d’être l’auteur d’un texte qu’il vient d’écrire en anglais.


A cote de lui, Leakhéna puis Srey Pov en font de même. Elles ne semblent pas à leur premier coup d’essai question dactylographie sur ordinateur. Elles manient assez bien les logiciels du pack Office puisque je peux admirer le diaporama Powerpoint qu’elles viennent de finir ensemble sur leur présentation générale. C’est du joli travail, peut être un peu trop de couleurs et d’animations à mon gout. Affalé sur la table, les yeux ne décollant pas des moniteurs, le jeune Kakada s’émerveille à son tour des prouesses réalisées par ses ainés. Il voudrait pouvoir aussi pianoter sur le clavier et créer tourtes sortes d’animations mais il est bien évident qu’il n’y connait pas grand chose. On peut supposer sans risquer de se tromper qu’il va très vite gouter aux joies de la découverte informatique et rattrapera en deux temps trois mouvements les plus qualifiés.


Le Centre Taramana a été élu parmi les écoles triées sur le volet pour participer à un programme de l’association Connected Schools soutenue et démarrée avec des fonds européens. C’est en fait une rencontre fortuite avec Pascal Mabille, le Président de cette association que Taramana a pu bénéficier de cette aubaine. Avec quelques amis ingénieurs télécoms, Pascal a mis en place un projet pilote au Cambodge pour tenter de permettre à quelques écoles de villages reculés du pays d’avoir un accès à divers cours (langues, informatique, apprentissage de formation professionnelle) qui seraient donnés sur Phnom Penh via un réseau internet installé par l’équipe khméro française des techniciens de l’association.


Le Centre Taramana est ainsi pourvu d’un relais internet et semble être bien le seul dans tout le bidonville. Les enfants se sont vus offrir 4 ordinateurs ultraportables en plus d’un vidéoprojecteur et prochainement d’un tableau dit intelligent qui va remplacer les tableaux traditionnels blancs. Chaque classe de français et d'anglais devrait a terme bénéficier d'un vidéoprojecteur afin que les enfants puissent étudier parfois leur langue favorite par le biais de sites d’apprentissages remarquables. De plus, Connected Schools met à disposition de nos petits protégés une base de données remarquable pour apprendre en tout s'amusant. A ce rythme, il va falloir envisager sérieusement de laisser ouvert le centre au delà de 17h au vu de la demande d’apprentissage par le biais de ces nouveaux jeux informatiques. De nombreux bénévoles venus de France et d’ailleurs sont attendus pour assurer des cours extra scolaires pour permettre aux enfants de faire leurs devoirs dans un lieu calme, sécurisé et adapté. A l’instar de ce qui se fait au CCF (Centre Culturel Français), nos jeunes francophones vont pouvoir suivre les programmes de TV5 Monde projeté sur grand écran.

 

 

Pour autant, tous ces instruments issus de la technologie moderne - certes fort utiles - ne doivent pas relayer bien au contraire les outils pédagogiques classiques. La craie et le stylo Velleda de nos professeurs actuels ont encore de beaux jours devant eux…

Par Taramana
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Mardi 24 novembre 2009 2 24 /11 /Nov /2009 09:23

Soursaday!

 

Nous sommes 3 étudiantes en 3éme année de médecine à l'université de Genève. Pour notre stage de fin d'année, nous avons choisi de partir au Cambodge dans une association humanitaire. Nous avons réussi avec succès les sélections pour rentrer à Taramana, qui trie ses volontaires sur le volet.

 

A notre arrivée au centre, nos premières exclamations "oh! ils sont trop chou ces enfants" sont rapidement remplacés par des "aie! mais arrête de me tirer les poils des bras!" Notre stage était basé sur un projet de prévention sur le thème de la santé. Nous avons donc préparé pour les plus jeunes, des diaporamas concernant l'hygiène et l'alimentation. Les plus grands ont pu en plus bénéficier d'un cours sur les premiers secours, pendant lequel ils devaient s'occuper d'Aline, qui faisait la morte sous le regard incrédule du staff et les éclats de rire des enfants.

Nous avons eu également eu l'occasion de remplacer le professeur de français. Nous avons été surprises par le niveau de langue et par leur motivations aux études. Nous sortions des cours à moitié sourdes à cause de leurs hurlements "Moi! Moi! Mademoiselle!Moi" pour être les premiers à répondre!

 

Lors de notre stage, nous avons également pu développer nos compétences médicales, et nous avons ainsi mis au point une nouvelle spécialité : "l'onglologie". En effet, les enfants jouant pieds nus, nous avons du faire face à un nombre incalculable d'ongles retournés, nous permettant ainsi d'améliorer nos aptitudes en pédicure!

 

Pour fêter notre départ et celui de Jocelyn, nous avons décidé de marquer les esprits en organisant un grand karaoké où tous les enfants du bidonville pourraient participer. Vu l'enthousiasme général dans tout le village, nous avons dû mettre en place une présélection.
Nous avons passé une matinée à auditionner les volontaires, venus nombreux. Finalement, le jury, très exigeant, a retenu 15 groupes (en fait, 16 groupes car les chouchous de Jocelyn, les 2 K, Darith et Mister Meng ,des vrais casseroles, ont été repêchés malgré leur piètre performance!).



Le grand soir arrive, nos stars en herbes se sont données à fond : maquillage, robe de princesse, chorégraphie... rien ne manque pour le show! Les enfants défilent sous les yeux d'un jury de qualité et d'un public déchaîné! Pour le dernier numéro, nous leur avions réservé une surprise : une chanson de Claude François (Alexandrie Alexandra, avec le « Tara » de Taramana dans le rôle de Cloclo et nous 3 dans le rôle des Claudettes), suivie de « Dosa », une chanson khmère très populaire. Nous tenons à préciser qu'une grande partie de nos soirées ont été consacrées à l'apprentissage de cette chanson. Dur dur d'apprendre une suite de syllabes inarticulables et sans signification! Le résultat n'était pas très glorieux mais le public a été indulgent et nous a encouragé tout au long de notre performance!

Finalement, après délibération du jury, le groupe des casseroles a gagné! Comme quoi Jocelyn a su mieux que nous, déceler le talent caché de ces petits chanteurs!



 

Pour conclure, ce stage a été pour nous, une expérience inoubliable, qui nous a permis de découvrir un peuple et une culture complètement différente et de participer à la vie de tous les jours du centre Taramana. Travailler avec ces enfants a été une expérience formidable et, bien que ce stage ait été probablement plus enrichissant pour nous que pour les petits Taramaniens, nous espérons tout de même leur avoir apporté un petit quelque chose, ne serait-ce que quelques éclats de rire lors de notre piètre interprétation de Dosa!

 


Un immense merci à Jocelyn qui nous a permis de réaliser ce projet!

 

 

Les 3 suisses, Justine, Aline et Laure.

 

Par Taramana
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